Boisclair prend la défense de la footballeuse au hijab

Une footballeuse de l’équipe nationale de soccer palestinienne à l’entraînement, à Bethléem, le 21 février dernier. La fédération internationale, à laquelle appartient l’équipe, autorise le port du hijab.
Photo: Agence Reuters Une footballeuse de l’équipe nationale de soccer palestinienne à l’entraînement, à Bethléem, le 21 février dernier. La fédération internationale, à laquelle appartient l’équipe, autorise le port du hijab.

Saguenay — Le chef du Parti québécois, André Boisclair, s'est porté à la défense de la jeune fille musulmane qui s'est vu interdire de jouer au soccer coiffée du hijab. Il a accusé le chef libéral, Jean Charest, de faire «ses choux gras» avec un litige privé.

«Pourquoi cette jeune fille-là peut jouer partout dans le monde et ne pourrait pas jouer chez nous avec le hijab?», s'est demandé André Boisclair dans une entrevue accordée hier matin à la station radiophonique CKRS de Saguenay (Chicoutimi).

Samedi dernier à Laval, une jeune fille de 11 ans de confession musulmane, Asmahan Mansour, a été expulsée d'un match, dans un tournoi de soccer, par un arbitre, musulman lui aussi, après avoir refusé de retirer le foulard islamique qui lui recouvrait les cheveux. Jean Charest s'est empressé de se montrer favorable à cette interdiction, que la Fédération québécoise de soccer et l'Association régionale de soccer de Laval ont justifiée par des impératifs de sécurité, invoquant les règlements de la Fédération internationale de football association (FIFA). Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a lui aussi approuvé cette expulsion.

Or l'Association canadienne de soccer donne une tout autre interprétation des règlements de la FIFA, a rapporté La Presse. Il y a des femmes qui portent le hijab dans des matchs internationaux de soccer, tout comme il y a des sikhs qui portent le turban, a souligné une porte-parole. Dans le cas de la jeune Mansour, deux autres arbitres lui avaient permis de participer aux matchs du tournoi avant qu'elle n'en soit expulsée. «La réalité, c'est que l'argument de la sécurité ne tient pas», estime M. Boisclair.

Mais ce n'est pas une raison pour que l'État intervienne. Le chef péquiste a donné l'exemple des vitres givrées du YMCA, ou encore celui de la jeune fille musulmane. «C'est une question privée», a-t-il tranché. C'est à l'association sportive de faire ses propres règlements. «Ce qui compte dans le dossier de l'accommodement raisonnable, c'est comment le gouvernement se comporte dans l'offre de services publics», a-t-il dit. Il a accusé Jean Charest «de cacher sa propre négligence» en prenant position sur le cas de la jeune fille. Le premier ministre devrait plutôt donner des directives claires à l'administration publique, et ce, bien avant de recevoir le rapport de la Commission sur les accommodements raisonnables créée récemment, une initiative à laquelle le chef péquiste souscrit, par ailleurs.

André Boisclair a aussi déploré que le chef libéral, en appuyant la décision de l'arbitre, ait «fait pencher un côté de la balance d'un bord» alors que la jeune fille dispose de possibilités de recours devant la Commission des droits de la personne et de la jeunesse.

«Je me tiens loin de la démagogie, a affirmé M. Boisclair en visant tout particulièrement Mario Dumont. Ceux qui veulent embarquer sur ce terrain-là, qu'ils nous disent s'ils veulent utiliser les pouvoirs du gouvernement et de l'Assemblée nationale pour légiférer sur la tenue vestimentaire des gens qui font du sport, a-t-il lancé. Est-ce que, par exemple, l'État va légiférer pour réglementer la prière des joueurs de baseball avant le match?»

«Ce n'est pas à l'État de légiférer dans ce genre de choses», estime-t-il. «Je suis de pensée libérale» dans le sens propre du terme, a-t-il ajouté. Le chef péquiste a rappelé que les accommodements raisonnables sont accordés à des individus au cas par cas; il ne s'agit pas d'un droit collectif.

À sa sortie de l'hôtel où il a livré son allocution, alors qu'il s'apprêtait à monter dans l'autobus de campagne, le chef péquiste s'est fait interpeller par un citoyen, manifestement intéressé par cette question d'accommodements raisonnables, qui lui a suggéré d'imposer un moratoire de trois ans sur toute immigration au Québec. «Impossible», a répliqué M. Boisclair.

De son côté, Jean Charest a souligné que c'est à la Fédération de soccer d'appliquer ses règlements relativement à la sécurité. «Il me semble que c'est normal, dans le cadre de la pratique d'un sport, qu'on ait ces règlements-là, a-t-il réitéré. On ne cherche pas, nous autres, à aller gérer chaque match de soccer.»

De passage en fin d'après-midi à Repentigny, dans la circonscription de L'Assomption, Mario Dumont a répété qu'il s'agit de règles dans la pratique d'un sport et non pas d'un dossier relevant des accommodements raisonnables. Il a toutefois réagi à l'attitude d'André Boisclair, rappelant que ce dernier «n'avait rien eu de constructif à dire» quand des cas réels dans les services publics avaient été rendus publics. «Ce n'est pas très sérieux comme position. Ça démontre encore une fois que, quand il est question de bon jugement, il n'est jamais vraiment sur la coche», s'est borné à commenter M. Dumont.

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Avec la collaboration de Kathleen Lévesque et d'Antoine Robitaille

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