Crémazie - Quand Lisette s'ennuie de Québec...

Lisette Lapointe garde de bons souvenirs de Québec où elle a servi comme attachée de presse avant de devenir la première dame du Québec lorsque Jacques Parizeau a été élu premier ministre.
Photo: Jacques Grenier Lisette Lapointe garde de bons souvenirs de Québec où elle a servi comme attachée de presse avant de devenir la première dame du Québec lorsque Jacques Parizeau a été élu premier ministre.

Elle se fait appeler «Lisette», du moins sur son matériel promotionnel. Certains citoyens du comté de Crémazie, où elle tentera de déloger la députée libérale Michèle Lamquin-Éthier, l'appellent aussi Mme Parizeau. Ancienne attachée de presse dans le gouvernement Lévesque, ex-première dame et responsable du dossier de l'action communautaire lors du règne de Jacques Parizeau, Lisette Lapointe a de nouveau la piqûre de la politique active. Mais cette fois-ci, elle sera sur le devant de la scène.

Ironie du sort, son époux avait tenté en vain de se faire élire, en 1970 et en 1973, dans la même circonscription du nord de Montréal, qui comprend principalement le quartier Ahuntsic. Actuellement libéral, le comté de Crémazie est un des rares de l'île de Montréal à n'être un château fort pour aucun parti. Jadis représenté par le PQ avec de minces majorités, Crémazie a viré au rouge en 2003 lorsque Michèle Lamquin-Éthier l'a remporté, avec 1519 voix de majorité.

Jusqu'à maintenant, Mme Lapointe a pris garde de ne pas mêler les cartes, n'entraînant pas son illustre mari à sa suite dans ses activités partisanes. Maintenant que la campagne est bien lancée, on devrait cependant voir davantage Jacques Parizeau dans les parages. «Mon mari est à ma disposition. [...] Quand un député lui demande de venir prendre la parole dans une assemblée, il répond: "Je m'occupe de la campagne de ma femme. Si vous me dites que vous allez lui donner un coup de main, je vais y aller"», relate Mme Lapointe.

La notoriété de son époux ne semble pas l'agacer, au contraire: «Les gens savent que Lisette Lapointe a fait des choses par elle-même.» La candidate se lance alors dans une description nostalgique de l'époque où, jeune attachée de presse, elle travaillait à la mise en place de la Loi sur la protection de la jeunesse, celle sur la santé et la sécurité au travail ou encore celle sur les briseurs de grève. «Quand je parle de ces années, je deviens lyrique!», confie Mme Lapointe, qui a également mis sur pied un comité paritaire en santé et sécurité au travail.

Elle se présente comme une habituée des officines gouvernementales: «Mon expérience peut me permettre de pousser les dossiers prioritaires de Crémazie à Québec. Je sais comment faire cela.»

La situation financière de Montréal, les difficultés des aînés qui peinent à payer les taxes municipales, le sort des jeunes familles attirées comme des aimants par la banlieue et celui des immigrants de la troisième génération aux prises avec de hauts taux de chômage sont maintenant les défis auxquels elle veut s'attaquer.

Quand elle fait du porte à porte, elle tente de dégager l'image d'une aspirante députée à l'écoute des problèmes de tout un chacun. Résultat: elle passe près de 15 minutes avec le premier citoyen qui lui ouvre la porte, écoutant l'aîné — qui ne semble pas être un sympathisant péquiste — lui décrire en long et en large ses problèmes de santé. «Mme Lapointe, il va falloir que je sorte mon chronomètre», la prévient son accompagnateur en descendant les marches.

Une députée de comté

Sa principale adversaire, la députée libérale Michèle Lamquin-Éthier, est quant à elle résolument à l'écoute des citoyens qui viennent cogner à la porte de son bureau de circonscription. Elle résume le bilan de son dernier mandat en statistiques: «J'ai traité 900 demandes, effectué 384 représentations publiques et participé à 214 rencontres dans le comté.»

«Les citoyens, les organismes communautaires viennent nous voir, ils ont besoin d'aide, d'accompagnement; le défi est de se rendre disponible», explique Mme Lamquin-Éthier lorsqu'on lui demande quels sont les enjeux locaux dans la circonscription de Crémazie. Elle est peu loquace sur l'allure de la campagne nationale: «J'adhère à l'équipe et je crois en sa capacité de réussir le Québec», affirme simplement la députée.

Ancienne directrice du Comité provincial des malades et avocate de formation, Mme Lamquin-Éthier est leader adjointe du gouvernement et députée depuis 1997. Elle a représenté la circonscription de Bourassa de 1997 à 2003, avant de s'éclipser devant la candidate-vedette libérale Line Beauchamp. Mme Lamquin-Éthier a alors remporté la circonscription de Bourassa, qui avait fait l'objet d'un redécoupage électoral.

Visiblement très active sur le terrain, Mme Lamquin-Éthier est accueillie très chaleureusement au club de l'âge d'or Pompei, où une quarantaine d'hommes italiens jouent en début d'après-midi. Si l'appui à la libérale ne faisait pas de doute dans cette assemblée d'aînés, l'inquiétude est néanmoins palpable chez ses partisans. «Ça va être serré. Rien que le nom de Parizeau, cela joue. Dans le quartier ici, ce n'est pas un problème, mais dans le coin des Québécois canadiens-français, ça va être dur», explique le président du club, Mario Daddavio, qui aide le Parti libéral à toutes les élections, fédérales comme provinciales.

Du côté de l'Action démocratique du Québec, c'est une jeune entrepreneuse du nom de Geneviève Touzignant qui tentera de se faire élire dans Crémazie. Elle dirige une petite entreprise en gestion dans le domaine médical. L'ADQ avait récolté 12 % des voix en 2003, soit un des bons résultats de la région montréalaise. Le PLQ a terminé la dernière course avec 44 % des suffrages, contre 40 % pour le Parti québécois, représenté par le psychiatre Hugues Cormier. Ce dernier avait fait parler de lui lors de la course à la chefferie du PQ, alors qu'il avait fait signer son bulletin de mise en candidatures par certains de ses patients.

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