L'ADQ abolirait les commissions scolaires

Saint-Nazaire — Des écoles autonomes avec des ressources plus importantes à consacrer à l'enseignement, sans le carcan administratif des commissions scolaires et débarrassées des contraintes d'un système politique boudé de toute façon. C'est ce qu'a proposé hier le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont qui faisait campagne au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Cette transformation de fond en comble du système d'éducation primaire et secondaire permettrait de dégager des économies annuelles de quelque 150 millions, estime M. Dumont. Pour y parvenir, un gouvernement adéquiste abolirait les commissions scolaires comme cela fut résolu par le parti en décembre dernier. La gérance des bâtiments et le transport des écoliers échoiraient aux municipalités.

Pour faire face à ces nouvelles responsabilités, les municipalités verraient leur champ de taxation étendu à celui occupé par la taxe scolaire qui n'existerait donc plus dans sa forme actuelle. Du coup, les municipalités auraient la possibilité de financer ces services. «On élimine le dédoublement. Il y a des économies certaines dans le champ de la taxe scolaire. Je ne veux pas faire miroiter aux contribuables des économies spectaculaires, mais il y a des gains à faire», a assuré Mario Dumont qui a rappelé que le monde municipal a déjà les structures administratives, le personnel et l'équipement pour assumer ce rôle.

L'ADQ veut aussi abolir les élections scolaires, un système qui n'est intéressant qu'en théorie, selon son chef. Si ce dernier ne veut pas faire «le procès brutal» des élections scolaires, il dit toutefois constater que les Québécois ont déjà signifié à quel point le système politique scolaire ne leur tenait pas à coeur en ne participant que très peu aux élections (8 % lors du scrutin de 2003). Les assises démocratiques du monde municipal sont nettement plus intéressantes, a souligné M. Dumont.

En éliminant une partie des coûts liés aux structures administratives et politiques, l'ADQ estime pouvoir mettre davantage de ressources entre les mains des directions d'école afin d'assurer la réussite scolaire des enfants. La vision autonomiste de l'ADQ ouvre la porte à de meilleurs ratios élèves-enseignants et ainsi à la création de véritables équipes d'enseignants qui soient mobilisées. «Nos enseignants se sentent abandonnés. Le gouvernement leur a passé la réforme sur le dos. Le gouvernement ne leur donne jamais les ressources. Ils sont laissés seuls sur le terrain avec des problèmes complexes dans les classes», a fait valoir le chef adéquiste.

Ce dernier a présenté cet élément de sa plateforme électorale à l'école Notre-Dame-de-Lorette de Saint-Nazaire en compagnie entre autres du candidat dans Lac-Saint-Jean et maire de Saint-Nazaire, Éric Girard. La construction du gymnase et la bibliothèque de cette école a été réalisée grâce à la collaboration financière de la municipalité avec le milieu scolaire.

Réaction

La Fédération des commissions scolaires du Québec a vertement dénoncé hier la proposition de l'ADQ d'abolir les commissions, l'accusant de vouloir créer le «chaos en éducation». «En plus de priver les citoyens d'un palier démocratique entièrement dédié à l'éducation, le fait de laisser aux écoles les responsabilités assumées actuellement par les commissions scolaires amènerait la création de 3000 petites commissions scolaires. Qui coordonnerait alors tout cela?», a questionné la vice-présidente de la Fédération, Josée Bouchard.

De plus, elle a fait valoir que la présence des commissions scolaires était en soi un modèle économiquement viable. «Les commissions scolaires gèrent, entre autres, l'engagement des psychologues, des orthophonistes, des psychoéducateurs, des techniciens spécialisés, des conseillers pédagogiques et des équipes d'entretien. Les commissions scolaires veillent à la répartition équitable de ces ressources dans les écoles et centres selon les besoins respectifs des clientèles scolaires. Les écoles bénéficient donc de services spécialisés à moindre coût. Il y a ainsi une économie d'échelle et une gestion efficace des ressources», a-t-elle soutenu.
3 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 27 février 2007 09 h 31

    Très bonne idée mais...

    si on transfère la responsabilité du transport des élèves et de l'administration des écoles aux municipalités, combien ça va couter si on se retrouve avec des cols bleus comme chauffeurs d'autobus jaunes?

  • Mira Elvera - Inscrite 27 février 2007 10 h 09

    La Fédération des C.S. se donne des lauriers qu'elle ne gagne pas

    Très intéressant le point de vue de monsieur Dumont; la fédération prétend gérer l'engagement des psychologues, orthophonistes, psychoéducateurs et j'en passe mais je suis sur le terrain et je vois les directrices engager et passer tout ce beau monde au peigne fin en entrevue.

    Les C.S. sont bonnes pour créer de nouveaux postes à grand coup de 80,000$ qui ne servent à personne qui travaille de près avec les élèves. De plus, les conseillers pédagogiques n'apportent pas grand chose de concret même s'ils ont été déplacés dans les écoles et cela se fait d'une manière autonome. Rien n'est géré pareil d'une commission scolaire à l'autre; autre exemple, le transport scolaire. Certaines CS privilégient d'autres services au détriment de l'heure à laquelle les adolescents se lèvent.

    L'argent que les stagiaires universitaires rapportent ne revient pas également qu'aux écoles. Une partie de ces montants (environ 300$ par étudiant) va directement dans le budget de la C.S. Combien d'argent a-t-on besoin pour gérer ce dossier? 300$ par étudiant, ce serait plus qu'utile dans les écoles qui se donnent la peine de reçevoir des stagiaires.

    Le service de paie est même géré par les administrateurs d'école. Ils envoient toutes leurs données via internet à la C.S. qui signe les chèques.

    Les C.S. affichent des surplus qui peuvent dépasser les millions, comment expliquer cela quand les classes débordent d'élèves? J'ai souvent vu des classes de 37 adolescents, dont 15 en difficulté d'apprentissage ou de comportement. Qu'est-ce que l'enseignant-e peut faire pour donner un cours normal? On parle souvent des élèves démunis mais que fait-on des élèves qui n'ont pas de problèmes? Ils attendent patiemment que les carencés comprennent un jour et en attendant, ils perdent plusieurs cours précieux, voire mois. Ils décrochent tranquillement. C'est comme le cas du petit garçon au primaire qui avait été mis en isolement; a-t-on questionné le sort des 30 autres élèves qui voulaient apprendre en paix? Non. On questionne LE seul cas qui dérange constamment. Depuis 18 ans, j'ai vu les groupes régresser d'année en année. C'est assez décourageant lorsque l'enseignement nous tient à coeur.

    Le plus frustrant de la chose, c'est que les directeurs d'école sont élus par des commissaires qui n'ont souvent pas de diplôme en pédagogie ou en éducation. Les enseignants se croisent les doigts chaque fois qu'un nouveau directeur entre dans une école pour venir gérer leur vie scolaire. C'est comme la roulette russe. Si tu es chanceux, tu auras quelqu'un d'intègre qui sait aussi bien gérer le côté humain que le côté administratif.

    Dernier point concernant les C.S. En abolissant les C.S., l'argent servirait à engager d'autres directeurs adjoints qui n'arrivent pas à tout faire dans une journée, parce qu'ils sont occupés à "éteindre des feux" toute la journée, comme on dit dans les écoles. Ils gèrent les dossiers, les élèves, les profs, les parents qui se plaignent et doivent terminer une maîtrise en administration scolaire en même temps, et ce, sans compter toutes les réunions de gestion. La discipline des élèves en trouble de comportement se fait quand le reste est sous contrôle, à moins que l'élève n'ait mis le feu lui-même. Si l'argent revenait dans les écoles, on pourrait bénéficier de directeurs qui pourraient gérér les cas de discipline uniquement. (Je ne parle même pas de drogue, ce serait un autre long chapitre)

    Il s'agit de regarder comment d'autres pays comme le Danemark (environ le même nombre d'habitants qu'au Québec) gère ses écoles et nous comprendrions qu'il y a un sérieux ménage à faire dans notre ministère de l'éducation, du loisir et du sport. D'ailleurs, ce dernier titre que nos représentants au ministère ont trouvé illustre bien comment l'éducation n'est pas prise très au sérieux.

    Merci de m'avoir permis de m'exprimer.

    Une enseignante qui voudrait améliorer ce système trop lourd.

  • Philippe Champagne - Inscrit 27 février 2007 21 h 50

    PETITES QUESTIONS TRISTES

    Pour favoriser à tête froide un éclairage nouveau sur l'abolition ou non des commissions scolaires, je pose certaines questions tristes aux é-lecteurs du Devoir électronique à ce sujet.

    Je veux bien qu'on abolisse les commissions scolaires...Mais je voudrais savoir si la grande gueule à Gilles Proulx qui le demande depuis 10 ans est responsable de cette prise de position adéquiste?

    Une autre. Si on abolit les commissions scolaires pour les refiler aux municipalités, même s'il reste quelque millier de villes, la commission scolaire telle qu'on la conçoit encore, avait quand même l'avantage de la régionalisation.

    Je ne suis pas sûr que des fonctionnaires municipaux soient compétents pour gérer le monde scolaire; au point de vue de superstructures peut-être, mais leur idéologie est loin de me convaincre qu'il faille nous priver des multiples compétences en instruction disponibles au Québec.

    S'il ne reste plus par exemple que 1 721 municipalités au Québec, il serait peut-être plus judicieux de refiler aux MRC cette tâche pour mériter les inconvenants salaires qu'on leur paie actuellement en région. Et ce même si le maire Gendron qui prêche aussi pour sa paroisse en ce domaine, a peut-être un agenda caché; qui nous dit que les maires et conseils municipaux mettraient l'argent préposé avant au scolaire à la bonne place?

    Je pense ainsi à un gros éléphant gris comme Montréal, aux prises avec 400 millions de déficit; ne trouverait-elle pas, dans les mains de gestionnaires néolibéralistes comme Gérald Tremblay, une occasion en or (c'est le cas de le dire) de juguler ses déficiences budgétaires par cet argent neuf qu'un rêveur en mal de plaire, Mario Dumont, veut leur donner pour gagner des votes en métropole.

    Si par le passé, se sont avérées des cliques dans les différentes commissions scolaires, ne risquerions-nous pas en acceptant la motion adéquiste en ce sens, de pelleter les problèmes scolaires dans un monde qui n'en a cure?