L'épreuve des faits: Avec ou sans?

Faut-il abolir les commissions scolaires au Québec et mettre la gestion du réseau de l'éducation dans les mains des villes pour plus d'efficacité?

Sous la houlette de l'Action démocratique du Québec (ADQ), la question a une fois de plus été posée hier avec, dans la ligne de mire du parti de Mario Dumont, la Finlande comme exemple à suivre pour une éventuelle réforme.

Le modèle «fonctionne effectivement bien», confirme le consultant indépendant Réginald Grégoire, un spécialiste dans l'étude des systèmes d'éducation d'Amérique du nord et d'Europe. Et tout comme les pratiques norvégiennes, suédoises, anglaises, mais aussi les réseaux d'écoles de Boston, Chicago et même New York, il mérite que l'on s'y intéresse... pour alimenter une réflexion sur «la structure que devrait se donner le Québec pour assurer la construction d'une véritable société de la connaissance», dit-il.

«L'abolition des commissions scolaires est un sujet très discuté aux États-Unis actuellement où des gens crédibles prennent des positions fermes en ce sens», dit M. Grégoire. «Le ronron de ces institutions ou la mise en lumière de scandales [dépenses exagérées des commissaires par exemple] animent les débats. Mais avec des commissions scolaires ou pas, l'efficacité des systèmes d'éducation d'un pays à l'autre et d'un modèle à l'autre est loin d'être constante.»

Au jeu de la performance, la ville de Boston semble toutefois bien tirer son épingle du jeu. Berceau des «véritables commissions scolaires» à une autre époque, indique M. Grégoire, la ville a depuis 15 ans fait disparaître cette structure pour s'occuper elle-même de ses écoles. Un conseil d'éducation, relevant du conseil municipal, gère ce réseau qui se caractérise par une très grande autonomie des établissements scolaires.

«Depuis, les écoles ne sont pas moins efficaces qu'avant, dit le consultant qui a travaillé par exemple pour le ministère de l'Éducation ou la Fédération des commissions scolaires du Québec. Elles le seraient même un peu plus, mais en grande partie en raison du travail du directeur général des écoles de Boston», un dénommé Thomas W. Payzant qui vient d'ailleurs de prendre sa retraite.

Structure allégée

L'homme est sans doute pour beaucoup dans la réforme visiblement réussie du système d'éducation de Boston. Mais la nouvelle structure n'est pas à négliger non plus, pense M. Grégoire. «En abolissant les commissions scolaires, on ne fait pas forcément disparaître un palier administratif, dit-il. Mais ce palier prend une nouvelle forme, moins lourde.»

La Scandinavie est d'ailleurs logée à cette enseigne où ville (jusqu'à la 10e année), comtés (les trois dernières années du secondaire) et directeurs des écoles relevant du conseil municipal gèrent des infrastructures et un réseau où les écoles jouissent d'une autonomie qui leur permet par exemple d'embaucher eux-mêmes leurs professeurs.

Là-bas, les élections scolaires — qui au Québec en 2003 ont attiré... 8,4 % des électeurs! — n'existent pas. La question de l'éducation fait toutefois partie intégrante des programmes des partis politiques municipaux.

«Cela donne le système le plus performant au monde, dit M. Grégoire. Mais aussi l'un des plus équilibrés qui forme des proportions satisfaisantes d'élèves dans plusieurs champs de l'éducation [général, technique, continue, aux adultes, etc.]»

Révolution payante

Avec un modèle hybride, l'Angleterre pourrait aussi donner quelques pistes de réflexion au Québec, croit le consultant. Ainsi, au pays de sa Majesté, le réseau d'éducation relève là aussi des villes. Mais il repose également sur des Local Education Authority (LEA) qui, elles, répondent à l'administration municipale «tout en étant très autonomes», dit-il.

Décentralisation des embauches au profit des établissements, décentralisation aussi de la gestion des budgets de fonctionnement, l'Angleterre s'expose depuis 15 ans à «un brassage continu et une réforme révolutionnaire» qui semble très bien lui aller, dit M. Grégoire. «Là-bas, tous ces changements ont eu pour effet de rendre les enseignants solidairement responsables de leur école.»

Avec à la clef, de meilleurs liens entre les parents et l'institution, mais aussi, avec la création de conseils d'éducation liés aux LEA, une plus grande complicité entre les écoles et les villes, les entreprises, les musées, les bibliothèques publiques...

«Ces liens sont primordiaux pour créer une société de la connaissance, ajoute-t-il. Et ils distinguent aussi les pays qui veulent mettre un accent fort sur l'éducation pour se développer.»

LE COURRIER DE LA COLLINE

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

1 commentaire
  • Frederic Paquette - Inscrit 28 février 2007 13 h 39

    Vive la vision d'ensemble

    Je suis content de finalement lire un article qui traite de ce sujet avec détachement et objectivité. Je ne suis pas un partisan que l'ADQ de M.Dumont mais force m'est de constater qu'il est le seul candidat des trois partis majeurs à proposer des pistes de changement pour notre sociétée, lui au moins semble prêt à déranger ces gros blocs érratiques de la sociétée Québécoise. Oui, les commissions scolaires sont des structures du passé, n'en déplaise à madame la vice-présidente qui défend sont petit empire mais qui se contente de regarder les choses de l'intérieur de son organisation. A-t-on pensé juste une minutes combien la tenue des élections scolaire coute? juste pour attirer 8% d'électeur?