En campagne à Lévis - Mario Dumont passe à l'offensive

Le chef de l’ADQ, Mario Dumont, a joué à fond la carte de l’affirmation du peuple québécois par la vision autonomiste, hier, à Lévis.
Photo: Agence Reuters Le chef de l’ADQ, Mario Dumont, a joué à fond la carte de l’affirmation du peuple québécois par la vision autonomiste, hier, à Lévis.

Lévis — Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, est tombé à bras raccourcis hier sur ses adversaires, remettant en question la fidélité au Québec de l'un et se moquant du manque d'étoffe de l'autre.

Devant plus de 300 partisans, dont plusieurs jeunes familles, rassemblés à Lévis, dans la circonscription de Chutes-de-la-Chaudière, Mario Dumont a joué à fond la carte de l'affirmation du peuple québécois par la vision autonomiste de sa formation politique. Du coup, il a forcé la comparaison avec Jean Charest et André Boisclair, les idées ouvrant ici la voie aux invectives.

Entouré de 27 candidats principalement de la grande région de Québec, il s'est d'abord dit fier de son équipe qui ne compte que des «gens qui ont des convictions pour rehausser notre collectivité plutôt que des ambitions pour rehausser leur personnalité». Puis il s'est payé la tête du chef du Parti québécois, André Boisclair, dont le leadership chancelle, croit-il, sous le poids de l'aile gauche du PQ représentée par le club politique SPQ-Libre et de son président, Marc Laviolette.

«Il y a un chef qui manipule le programme par en dessous et il y en a un autre qui fait la parade en avant. C'est un petit peu compliqué. Je me suis demandé comment j'allais vous expliquer qui est Marc Laviolette. Il y a une image qui m'est venue parce que ma plus jeune, Juliette, adore quand on va faire l'épicerie. Il y a des paniers d'épicerie avec des petites autos accrochées en avant avec un petit volant. C'est un peu ça la position où est André Boisclair. Lui, il est dans la petite auto et il tient le petit volant. Si tu le regardes, il a l'air de conduire, mais, en arrière, il y a Marc Laviolette et les vieux démons du PQ qui poussent le panier», a raconté Mario Dumont qui a déclenché les rires et les applaudissements.

Mais le chef adéquiste a poursuivi sa métaphore dans l'ambiguïté. «Ils poussent le panier et on a peur qu'ils finissent dans la section du congelé», a-t-il ajouté avant de reconnaître que l'image était méchante. S'agissait-il d'une allusion à la consommation passée de cocaïne d'André Boisclair? L'attaché de presse de M. Dumont a martelé que ce n'était pas l'objectif.

Le « charestisme »

Mario Dumont a également vilipendé le chef du Parti libéral du Québec, Jean Charest. Il a dit que le premier ministre défendait bien timidement les intérêts du Québec face à Ottawa parce qu'il avait des visées pour retourner sur la scène fédérale. «Les Québécois méritent mieux que ça. Ils méritent un premier ministre qui a une fidélité première et unique au peuple du Québec», a-t-il lancé. «Il s'est gardé toutes les portes ouvertes et, ça, c'est sans précédent. À mon avis, comme tous ses prédécesseurs, un premier ministre du Québec, à la fin d'un mandat, doit s'être vissé le coeur dans le fauteuil de premier ministre du Québec et ne pas avoir joué avec un double agenda en arrière de la tête», a soutenu Mario Dumont.

Si, en 2003, M. Charest a associé les idées de Mario Dumont à ce qu'il a qualifié de «dumontisme», c'était au tour hier de Mario Dumont de colorer l'image du chef libéral et parler du «charestisme». Pour M. Dumont, il s'agit en partie de l'absence de politique par rapport au gouvernement du Canada, d'une certaine nonchalance même. «Charestisme, c'est du nom d'un gouvernement qui accroche sa charrette à l'arrière de Stephen Harper pour se faire traîner, parce que, lui, il n'est pas capable de le faire tout seul», a expliqué Mario Dumont.

La rhétorique de M. Dumont l'a conduit à présenter ce que propose l'ADQ. «Être autonomiste, c'est se battre à accroître l'autonomie du Québec», a-t-il rappelé. Mais c'est aussi faire en sorte qu'il n'y ait qu'un seul rapport d'impôt fait au Québec et que le gouvernement provincial fasse les transferts au fédéral par la suite. Être autonomiste, c'est aussi restreindre le pouvoir fédéral de dépenser dans des champs de compétence provinciale et l'inscrire dans la Constitution canadienne. «On a beau dire qu'on n'aime pas les discussions constitutionnelles, mais c'est notre protection comme peuple», a-t-il rappelé.

L'improvisation du PQ

Pour Mario Dumont, la campagne électorale met en lumière le surplace des libéraux et le «cul-de-sac» que proposent les péquistes. Il n'est pas question de «laisser jouer André Boisclair à quitte ou double avec l'avenir du Québec», a affirmé Mario Dumont. Ce dernier estime que le programme électoral du PQ tient de l'improvisation et utilise un langage déroutant, ce qui lui a fait dire que cela ressemble à une «carte routière sans destination».

«Les gens qui ont essayé, sans réussir, de comprendre André Boisclair dans le dossier des accommodements raisonnables, quand ils vont lire son programme, ils vont continuer à penser qu'il n'a pas l'étoffe pour défendre avec force, avec fierté, l'identité et les espoirs de la population du Québec. Je pense qu'on est même rendus à craindre qu'il remplace la Charte de la langue française que René Lévesque nous a donnée par une charte de la langue de bois», a affirmé M. Dumont.

Comme l'a souligné le président de l'ADQ, Gilles Taillon, quelques minutes plus tôt, le programme de l'ADQ est «à la portée du monde». Pour le député conservateur de Lotbinière-Chutes-de-la-Chaudière, Jacques Gourde, un ancien organisateur de l'ADQ, la «campagne disciplinée» de Mario Dumont porte ses fruits. Tout sourire, il a expliqué que les pointages donnaient une avance à l'ADQ dans 15 circonscriptions et une deuxième place dans 15 autres. «Je souhaite l'opposition officielle. Je m'attends à ce que l'ADQ gagne entre 20 et 28 comtés: Québec, Chaudière-Appalaches en s'en allant vers le Bas-du-Fleuve, Mauricie et même Mirabel», a déclaré M. Gourde.

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