Le PQ défendra une plate-forme électorale de province

Le Parti québécois défendra une plate-forme électorale de province plutôt qu'un «projet de pays» comme le commandait le programme du parti adopté en 2005.

Ce pragmatisme électoral n'a cependant pas rebuté les militants péquistes, réunis en conseil national samedi, qui ont adopté à l'unanimité la plate-forme électorale du PQ, affublée du vocable de feuille de route. Le PQ fait maintenant ce qu'il a toujours fait lors des élections, proposer avant tout un bon gouvernement, «un gouvernement responsable», peut-on lire dans le document de 31 pages. Cet objectif et celui de la souveraineté «loin de se contredire, se complètent parfaitement», soutient-on.

Quant à la tenue du prochain référendum sur la souveraineté, ou de la consultation populaire — le chef du PQ, André Boisclair, emploie les deux termes indifféremment —, le gouvernement péquiste «est résolu» à le tenir «le plus tôt possible dans le premier mandat», peut-on lire dans cette feuille de route.

Au cours de la conférence de presse qui a suivi le discours qu'il prononcé devant les militants, André Boisclair a affirmé qu'il n'y avait «aucune ambiguïté»: «il y aura un référendum sur la souveraineté du Québec» dans le premier mandat. «Nous prenons un engagement, nous sommes résolus, nous avons la profonde conviction»: le chef péquiste a multiplié les expressions en réponse aux questions des journalistes. «Les Québécois savent qui nous sommes», a-t-il dit.

Alors que le programme du parti énonçait que les démarches préparatoires au référendum, dont la rédaction d'une constitution initiale du Québec, devaient se faire avant les élections, elles s'amorceront dans les mois qui suivent la prise du pouvoir du PQ, a expliqué M. Boisclair. La plate-forme prévoit aussi la création du «Forum du pays» avec des sections dans les 17 régions du Québec.

Au lendemain d'un référendum positif, l'Assemblée nationale ne sera pas appelée à adopter une motion proclamant l'indépendance du Québec, comme le prévoyait le programme du pays. L'Assemblée nationale adoptera plutôt une motion pour «reconnaître le résultat de la consultation populaire». La proclamation d'indépendance, unilatérale ou non, ne surviendra qu'au terme d'une négociation d'au plus un an avec le gouvernement canadien. Le PQ respecte ainsi le renvoi de la Cour suprême sur la sécession du Québec et se range aux arguments de Louis Bernard qui, lors de la course à la direction du parti, s'était élevé contre ces dispositions illégales du programme.

Cadre financier

André Boisclair a promis de tenir ses promesses. «Le Parti québécois est la meilleure garantie que nous allons respecter nos promesses», a-t-il dit. La feuille de route est d'ailleurs accompagnée d'un «journal de bord» qui servira à fournir «une reddition de comptes formelle» une fois l'an sur la réalisation des engagements électoraux et assurera en outre un suivi de «l'agenda référendaire», une disposition propre à embarrasser un jour le chef péquiste. «Nous nous donnons des outils pour rétablir la confiance envers les hommes et les femmes politiques», une confiance mise à mal par les libéraux, a avancé M. Boisclair.

François Legault, qui était un ardent promoteur de cette idée de présenter à l'électorat un programme d'un pays appuyé par un cadre financier en vertu duquel le Québec tablerait sur la totalité de ses impôts et taxes, était aux côtés de M. Boisclair hier: le député de Rousseau s'est manifestement soumis aux impératifs électoraux. Il a indiqué au Devoir qu'il lui était impossible de présenter les prévisions budgétaires d'un Québec souverain et les gains possibles sur une période de cinq ans. Il a soutenu qu'en raison du budget fédéral du 19 mars, qui pourrait réserver une somme importante et récurrente au Québec en guise de règlement du déséquilibre fiscal, il n'était pas en mesure de faire ses calculs.

Le PQ propose un cadre financier qui ajoute, en plus de la croissance ordinaire des coûts, 3,5 milliards en cinq ans aux dépenses de l'État pour le bénéfice de sept «grands chantiers»: l'éducation (la priorité du futur gouvernement), l'environnement, l'économie, la santé, les régions, la solidarité et la gestion rigoureuse de l'administration publique. Les dirigeants péquistes ont choisi cette période de cinq ans pour faciliter la comparaison avec le cadre financier des libéraux évalué à 4,5 milliards. On estime que le Parti libéral du Québec a sous-estimé de un milliard la croissance des coûts de système de l'État, ce qui conduirait à «des nouvelles promesses non tenues» de la part de Jean Charest, juge André Boisclair.

Un gouvernement péquiste consacrerait 1,1 milliard de plus à l'éducation, soit presque autant que les 1,2 milliard en nouvelles dépenses en santé. Il investirait 450 millions dans la réussite scolaire et 750 millions de plus dans l'entretien des écoles primaires et secondaires. Il étendra les heures d'ouverture des écoles jusqu'à 17h pour l'aide au devoir et les activités parascolaires. Il embauchera 1500 spécialistes pour aider les enfants qui éprouvent des difficultés d'apprentissage et 250 conseillers pédagogiques de plus. Enfin, il accordera 400 millions de plus aux cégeps et aux universités.

Pour les familles, on s'engage à maintenir à 7 $ le tarif quotidien des services de garde et à augmenter de 20 000 le nombre de places d'ici à 2010. Sans mentionner la semaine de quatre jours, comme en 2003, le PQ mettra sur pied un programme volontaire de conciliation travail-famille-études en partenariat avec le patronat.

En santé, c'est 450 millions qui seront consacrés aux soins à domicile et qui garantiront que toutes les chirurgies s'effectueront à l'intérieur des délais médicalement acceptables. En outre, il améliorera l'accès aux médecins de famille en multipliant les groupes de médecins de famille.

En matière d'environnement, un gouvernement du PQ fera une loi sur les changements climatiques et mettra sur pied une Commission sur l'indépendance face au pétrole, caressant l'objectif de 10 % en cinq ans et de 20 % en dix ans pour la consommation de produits pétroliers. Il favorisera l'établissement d'une Bourse du carbone à Montréal. Les véhicules électriques et hybrides seront exemptés de la taxe de vente du Québec (TVQ), et un crédit d'impôt remboursable sera offert pour les laissez-passer pour les transports en commun.

Il y aura des baisses d'impôt seulement si la croissance économique est forte — au-delà du seuil de 2,5 % de croissance du produit intérieur brut. Les revenus excédentaires seront partagés également entre les baisses d'impôt et le remboursement de la dette par l'entremise du fonds des générations. Contrairement aux libéraux, le PQ juge que l'économie du Québec «est en panne». Il souhaite stimuler la productivité, notamment en abolissant la taxe sur le capital.

Le club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ libre) est satisfait: un gouvernement péquiste abolira le chapitre 4 de la loi 142 qui interdit aux employés de l'État d'employer tout moyen de pression. Il entend aussi rétablir l'indexation des prestations d'aide sociale des bénéficiaires aptes au travail.

À voir en vidéo