La défusion, bombe électorale sur la Rive-Sud

Boucherville — Sur la tribune, hier midi, lors d'un rassemblement du Parti libéral, le député de Marguerite-d'Youville Pierre Moreau a soutenu avec fierté que la ville de Boucherville avait été «reconstituée» et que la promesse libérale de 2003 avait par conséquent été respectée.

Mais tout le monde n'était pas d'accord. La responsable du Comité pour la défusion pleine et entière de Boucherville, Michèle Fiset, s'est présentée à l'événement. Pendant le discours de M. Moreau, elle a lancé aux médias que Boucherville n'était pas totalement redevenue Boucherville, comme l'avaient promis les libéraux (ce qui lui a valu des regards désapprobateurs dans la salle qui contenait environ 600 personnes). Le gouvernement Charest a livré une «nouvelle forme de fusions quelque peu altérée», a-t-elle soutenu. Elle a dit souhaiter que les libéraux respectent la «résolution numéro 10», adoptée lors d'un congrès du PLQ en 2000 et qui promettait «l'abolition des fusions».

D'ailleurs, le chef libéral Jean Charest, dans son discours, a admis qu'il avait été «impossible» de revenir complètement à la situation antérieure. Mme Fiset, qui dit avoir voté libéral en 2003, soutient que la promesse n'a pas été respectée et que la création des conseils d'agglomération n'a créé que des problèmes. Elle a récemment récolté 5800 signatures sur une pétition pour réclamer le respect de cette promesse et refuse de voter libéral de nouveau: «Je ne veux pas me faire tromper.» Elle n'a pas précisé qu'elle voterait pour l'ADQ, une formation politique qui a promis l'abolition des conseils d'agglomération, ce qui a d'ailleurs valu à Mario Dumont l'appui de maires de municipalités reconstituées l'Ouest de l'île de Montréal.

Le thème des défusions sera aussi, voire plus encore, important dans Chambly. Des citoyens de Saint-Bruno, Lucie et Marcel Boisvert, étaient présents, hier au rassemblement libéral, et ont intimé au candidat Marc Tanguay d'annuler réellement les fusions municipales: «On va voter libéral, mais c'est la dernière chance qu'on leur donne», a confié Mme Boisvert. D'ailleurs, le Front commun pour l'autonomie de Saint-Bruno a lancé en avril 2006 une campagne antilibérale dont le slogan est: «Je me souviendrai des défusions ratées.»

Dès la campagne référendaire pour les défusions, en 2004, plusieurs s'étaient dits très déçus des «défusions partielles» de Jean Charest. Ginette Durocher, militante pour la défusion de Saint-Bruno avait déclaré: «C'est comme si l'on se faisait violer dans l'ambulance par celui qui était venu nous sauver.» Ce mot, «je le laisse à Mme Durocher», a dit Mme Fiset, hier. «Mais c'est certain qu'il y a un sentiment de trahison, non seulement à l'égard des libéraux, mais à l'égard aussi de personnalités comme [la mairesse de Boucherville] Francine Gadbois, qui a accepté la moitié de défusion qu'on a eue.»

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