Québec solidaire - La lucidité des rêves

Plus de 200 personnes ont participé hier à l’assemblée organisée dans une école de Gouin pour le lancement officiel de la campagne de Françoise David, de Québec solidaire.
Photo: Pascal Ratthé Plus de 200 personnes ont participé hier à l’assemblée organisée dans une école de Gouin pour le lancement officiel de la campagne de Françoise David, de Québec solidaire.

Place aux chansonniers. Deux comédiens, un homme et une femme, ont placé le lancement officiel de la campagne électorale de Françoise David, hier midi, dans sa circonscription montréalaise, sous un florilège de figures tutélaires poétiques allant de Dédé Fortin, à Richard Desjardins ou Gilles Vigneault. Les extraits des chansons citées recomposaient une sorte d'ode à l'utopie et à la solidarité collectives. «Je vous entends rêver/Douce comme rivière...».

La porte-parole de Québec solidaire a ensuite voulu démontrer à ses partisans de Gouin le réalisme de sa propre utopie. «Soyons réaliste, demandons l'impossible», lançait un célèbre slogan guévariste de mai 68. «Soyons lucides, votons solidaires», reprend le slogan de la jeune formation.

«Je vais vous dire pourquoi vous avez raison d'avoir confiance en Québec solidaire, a attaqué Françoise David. Il s'agit de la seule formation politique en ce moment à offrir une vision lucide de ce qui arrive au Québec et dans le monde. QS est le seul qui n'a pas peur des mots. Oui, nous vivons dans un beau pays, certains diront une province. Il y a de la richesse [...] mais être lucide c'est convenir qu'il y a aussi des écarts de richesse qui vont en grandissant. C'est également admettre que, sur le plan de l'environnement, il y a des défis importants à relever, sinon nos enfants et nos petits-enfants risquent de vivre de grands problèmes. QS est le seul à dire ces choses et à avoir développé une plate-forme électorale où justice sociale et écologie vont de pair.»

Plus de 200 personnes ont participé à l'assemblée organisée dans une école du quartier. «C'était l'école de mon fils», a expliqué Mme David, qui habite la circonscription de Gouin depuis 1979. «J'ai mes réseaux et plein d'amis ici. Les organismes du milieu y travaillent fort.»

Les observateurs le répètent depuis quelques mois: Québec Solidaire draine sur la scène politique une faune peu habituée à s'investir sur ce terrain mais déjà extrêmement militante, un peuple de gauche alliant les travailleurs sociaux aux employés de coopératives, les anciens marxistes et les nouveaux écolos. Dans ce Québec d'en bas, pour parler comme les Français, Françoise David, l'ancienne présidente de la Fédération des femmes, demeure en grande odeur de sainteté. Elle a donc été reçue avec les acclamations et les ovations attendues dans les circonstances.

«C'est un lancement officiel, mais nous y travaillons depuis bien des semaines», a déclaré la candidate qui espère battre son adversaire péquiste Nicolas Girard au fil d'arrivée, fin mars. «Soyons honnête : la candidate libérale [Nathalie Rivard] n'a aucune chance», a claironné la candidate de gauche.

Développement durable

Le reste de la présentation a servi à développer le double thème du développement social et durable, en évoquant au passage les positions de la militante Laure Waridel et du journaliste-essayiste Hervé Kempf, du Monde (Comment les riches détruisent la planète). Mme David a donc parlé de la «vision globale» de sa formation «seule capable de parler de création de la richesse à partir de la création d'emplois», de s'intéresser «à l'égalité des hommes et des femmes» ou de proposer un plan pour lutter contre la pauvreté.

«Nous allons bientôt sortir notre cadre financier, a-t-elle promis. Vous allez voir que la colonne des revenus et celle des dépenses vont s'équilibrer.» Elle a d'ailleurs tenu à préciser que le budget de la première année d'opération de sa formation affichait un léger surplus, «preuve que nous sommes capables d'administrer raisonnablement». Au total, QS compte dépenser entre 200 000 et 300 000 $ pour sa campagne nationale, une petite cagnotte amassée par l'entremise de prêts consentis par des militants sollicités au cours des dernières semaines.

La cheffe sans le nom entend passer «une large part» de la campagne dans sa circonscription de Gouin, pour du travail de terrain traditionnel, allant du porte-à-porte aux assemblées de cuisine. Françoise David prévoit également aller «une à une journée et demie» en régions et consacrer d'autres plages horaires aux nécessaires activités d'envergure nationale (conférence de presse, etc). «Mais pour le reste, je me concentrerai sur Gouin, où, je le sais, la population vote pour le Parti québécois depuis les années 1970, mais dont beaucoup de gens sont déçus. [...] J'ai des chances d'être élue ici. Voter utile dans Gouin, c'est voter pour moi.»

Elle-même ne délire pas sur le risque de sa jeune formation de former le prochain gouvernement. Sur la ligne de départ, QS ne récoltait que 5 % des intentions de vote, ce qui fait tout de même cinq fois mieux que l'Union des forces progressistes en 2003. Le nouveau parti de gauche semble également avoir ses meilleures chances dans Mercier, où se présente son autre porte-parole, le Dr Amir Khadir, qui y avait terminé troisième en 2003 avec moins de 20 % des voix.

«Cette semaine, une journaliste a dit de moi que j'avais de la notoriété et un brin de naïveté, a terminé la rêveuse lucide. J'ai beaucoup réfléchi à ça. Si la naïveté, c'est de croire que l'on peut encore espérer, que l'on peut encore changer les choses et changer le monde, pour soi et ses enfants, oui, pourquoi pas, soyons naïfs!»

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