Le PQ annulerait la privatisation du mont Orford

En avril 2006, André Boisclair participait à une grande manifestation contre la privatisation d’une partie du mont Orford. Plusieurs s’attendaient alors à ce qu’il annonce qu’un éventuel gouvernement du Parti québécois ne donne pas suite au
Photo: Jacques Nadeau En avril 2006, André Boisclair participait à une grande manifestation contre la privatisation d’une partie du mont Orford. Plusieurs s’attendaient alors à ce qu’il annonce qu’un éventuel gouvernement du Parti québécois ne donne pas suite au

Orford — Après avoir annulé la privatisation partielle du parc national du Mont-Orford, un gouvernement du Parti québécois accordera la priorité à un projet coopératif avec la participation du monde municipal advenant que l'actuel exploitant, André L'Espérance, abandonne son bail.

C'est l'engagement qu'a pris hier le chef du PQ, André Boisclair, qui était accompagné de membres de la Coalition S.O.S. Orford, dont Pierre Rodier, maire de la municipalité du canton d'Orford, Stéphane Bergeron, critique en matière de parcs et député de Verchères, Claude Boucher, député de Johnson, et Pierre Curzi, candidat de Borduas.

«Si M. L'Espérance ne sent pas qu'il est apte ou qu'il a les ressources pour gérer le centre de ski, nous sommes prêts à examiner une proposition qui viendrait du milieu et qui mettrait en priorité les compétences et les savoir-faire du monde municipal», a déclaré M. Boisclair au cours d'un point de presse.

Dès son arrivée au pouvoir, un gouvernement péquiste abrogerait la loi 23, adoptée par les libéraux en décembre dernier, qui permet de céder la montagne à des intérêts privés par la voie d'un appel d'offres. André L'Espérance, qui a l'intention de construire des condos au pied du mont Orford dans les limites du parc actuel, a déjà menacé de remettre les clés du centre de ski si on l'empêchait de mener son projet à bien. «Nous ne toucherons pas à l'intégrité du parc», a indiqué le chef péquiste.

Lancé en décembre dernier, l'appel d'offres prendra fin le 15 mai prochain. Aux lendemain des élections, il sera donc encore temps de stopper la privatisation orchestrée par les libéraux, a souligné M. Boisclair.

Un gouvernement péquiste a également l'intention d'agrandir le parc du Mont-Orford mais pas d'en doubler la superficie, comme le projettent les libéraux, a précisé Stéphane Bergeron. La valeur écologique d'une partie des terres que le gouvernement Charest veut intégrer au parc est discutable. «Ce sera un parc digne de ce nom», a dit M. Boisclair.

C'était un «artifice» que de prétendre, à l'instar du ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Claude Béchard, que la loi 23 était nécessaire pour agrandir le parc national du Mont-Orford; la Loi sur les parcs suffit, a précisé M. Boisclair.

Le gouvernement péquiste devra y mettre le prix s'il décide d'agrandir le parc, mais il s'agit d'un actif dont le coût sera compensé par l'activité économique générée par le parc agrandi, a expliqué M. Bergeron au Devoir.

Hier, Jean Charest a eu tôt fait de décrier l'engagement de son adversaire. «Ça crée de l'incertitude et ce n'est pas responsable de la part de quelqu'un qui aspire à gouverner le Québec», a-t-il dit. M. Boisclair «dit aux gens de la région: "Tassez-vous, c'est le Parti québécois qui a les réponses à tout ça, je mets en péril 1000 emplois. Je m'en fous, ça va être la solution du PQ"».

André Boisclair s'est moqué de cette prétention au consensus du chef libéral. «Quand même! Le consensus, il est de notre côté. Les chicanes, la division sont du côté du Parti libéral. M. Charest n'a même pas réussi à convaincre les membres de son propre parti de l'appuyer», a avancé le chef péquiste, rappelant que la question de la privatisation du parc du Mont-Orford avait mené à l'éviction de Thomas Mulcair de son poste de ministre de l'Environnement.

Pour sa part, le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, a d'abord souligné à quel point M. Boisclair n'était pas constant et que sa volte-face avait des allures électoralistes. Il a aussi souligné qu'un gouvernement adéquiste prônerait l'autonomie des régions dans un dossier comme celui-là. «Je pense que c'est un dossier où ce sont les instances régionales qui devraient avoir les mains sur le volant.»

M. Dumont ne s'est pas montré réfractaire à annuler la vente d'Orford, d'autant plus que «c'est la machine libérale avec ses gros sabots et son arrogance qui est entrée dans le dossier et a tout bousillé». «C'est une loi adoptée dans la honte, en pleine nuit, avec des empreintes digitales rouges partout sur le projet de loi. S'il faut revenir en arrière, on n'a pas de malaise.»

Le maire Pierre Rodier a indiqué au Devoir que le projet de coopérative conçu pour exploiter le centre de ski est bien avancé. La coopérative s'apprêtait à déposer une offre pour prendre le relais du promoteur André L'Espérance.

Claude Dallaire, de la Coalition S.O.S. Orford, s'est réjoui hier de l'engagement péquiste d'annuler la vente du mont Orford. «Je reprendrais les mots de l'ancien président du Conseil du patronat, Gilles Taillon, au moment de l'abolition de l'article 45 du Code du travail: "C'est de la musique à mes oreilles!"» Pour autant, M. Dallaire, aussi conseiller syndical à la CSN, a dit qu'il ne militera pas pour le PQ mais pour Québec solidaire, en raison des propos passés de M. Boisclair à propos des syndicats. Celui-ci avait en effet déploré le copinage des anciens chefs du PQ avec les syndicats.

Avec la collaboration d'Antoine Robitaille et de Kathleen Lévesque

Le Devoir

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