Revue de presse: Élections québécoises, élections canadiennes

Le déclenchement des élections au Québec n'est pas passé inaperçu dans le reste du pays. Contrairement aux autres scrutins provinciaux, ceux du Québec ramènent toujours à l'avant-scène la question de l'avenir du Canada. Le vote du 26 mars prochain n'y fait pas exception. «Le pays est aux aguets», écrivait d'ailleurs Andrew Cohen dans l'Ottawa Citizen.

Selon Cohen, les élections québécoises sont des élections «nationales». Nationales pour les Québécois, qui se perçoivent comme une nation dont la préservation repose sur les épaules du gouvernement provincial. Nationales pour les Canadiens, car le sort du pays peut en être affecté. C'est pour cette raison que l'équipe éditoriale du Toronto Star donne son appui à Jean Charest, «le meilleur choix pour le Québec et pour le Canada». Le Star note que Jean Charest n'est pas le plus populaire, qu'il traîne la patte auprès de l'électorat francophone mais qu'il a le mérite d'envisager sans complexe l'avenir de la nation québécoise dans un contexte canadien. Le Globe and Mail, lui aussi, fait de l'unité canadienne l'enjeu de cette campagne. Malgré ses points faibles, Jean Charest a la faveur de ce quotidien, tant pour son attachement au fédéralisme que pour la maturité qu'il a acquise à la tête d'un gouvernement que le Globe juge de façon positive.

Mais l'affaire n'est pas dans le sac pour Jean Charest, prévient Chantal Hébert dans le Toronto Star. Les tensions au sein du PQ, il y a quelques semaines, ont nourri la confiance de Charest et alimenté l'impression qu'il se dirigeait vers une victoire. Le premier sondage de la campagne lui a cependant servi une douche froide en montrant que l'ADQ était le parti en croissance, souligne Chantal Hébert. Le maigre auditoire qui est allé entendre Jean Charest au premier soir de la campagne a ajouté au malaise, surtout qu'André Boisclair a su attirer plus de militants. Mme Hébert rappelle que Bob Rae avait profité de conditions similaires pour prendre le pouvoir en 1990, à savoir un premier ministre sortant dont la performance inspirait peu d'enthousiasme et un chef de l'opposition perçu comme étant encore trop vert pour gouverner. La campagne est jeune mais elle s'annonce imprévisible. Ceci la mène à se demander comment Stephen Harper ou Stéphane Dion transigeraient avec un chef comme Mario Dumont, qui n'est pas un fédéraliste ou un souverainiste convaincu mais un autonomiste affiché.

Dans une autre chronique, Chantal Hébert souligne que le choix des Québécois aura une influence sur l'avenir de Stephen Harper car le reste du pays y lira un jugement de son approche du fédéralisme, qui comprend une fédération moins centralisée et la reconnaissance du caractère national du Québec. «D'une façon ou d'une autre, ce vote québécois va de façon à peu près certaine lancer un chaud débat sur le fédéralisme», prédit-elle. Et ce, même si Charest l'emporte, car sa vision et celle de Harper d'un gouvernement fédéral moins interventionniste effraient certains Canadiens davantage que l'éventualité de la séparation, affirme-t-elle.

La face cachée de Harper

Le premier ministre Harper s'est par ailleurs attiré les foudres du Star et du Globe pour avoir insinué que l'opposition libérale à la reconduction des deux clauses de la loi antiterrorisme était motivée par le souhait de protéger le beau-père d'un député libéral. Les deux quotidiens estiment que Harper est tombé bien bas, préférant les coups sous la ceinture à un débat sur le fond. À leur avis, le premier ministre aurait dû présenter ses excuses au lieu de persister. Son refus relève de la mesquinerie, selon le Globe, ce qui n'est pas sans rappeler son refus de s'excuser, en 2004, pour un communiqué de son parti qui accusait Paul Martin d'approuver la pornographie infantile. Pour le Star, ceci démontre que Harper est prêt à tout pour gagner, une façon d'agir en politique qui mine la confiance des citoyens dans ce processus.

Deux sondages récents tendent pourtant à montrer que le premier ministre fait meilleure impression auprès des Canadiens que le chef libéral Stéphane Dion. Lawrence Martin, du Globe and Mail, en convient, mais il s'insurge contre la façon dont les médias ont rapporté ces chiffres et contre les manchettes qui les présentaient. Selon lui, les conservateurs devaient être bien contents, car les mêmes sondages montrent aussi que le PC obtient toujours moins d'appuis qu'il y a un an et que le seul parti en croissance est le Parti vert. Dans un autre contexte, les titres auraient évoqué l'incapacité de Harper à faire décoller son parti. Mais parce que Dion connaît quelques difficultés, on a mis l'accent sur l'évaluation des chefs, des données généralement jugées secondaires. Lawrence Martin rappelle que Stéphane Dion est encore méconnu, qu'il a été la cible d'une campagne de publicité négative et qu'il vient tout juste de prendre la direction de son parti. La vraie nouvelle, selon lui, reste la résurgence des verts qui, dans deux sondages, ont passé la barre des 10 % d'appuis.

De choses et d'autres

Stephen Harper a eu beau se défendre de se mêler des élections québécoises en annonçant sa fiducie environnementale de 1,5 milliard de dollars, dont 350 millions sont destinés au Québec, les autres provinces ne s'y sont pas trompées. La Canadian Press nous apprenait cette semaine qu'aucune d'elles ne sait encore combien elle recevra et que plusieurs n'ont même jamais été consultées à ce sujet.

Social-démocrate, le Bloc québécois? Beaucoup se sont mis à en douter cette semaine quand les bloquistes ont contribué à défaire une motion néo-démocrate demandant de hausser le salaire minimum fédéral à 10 $ l'heure et invitant Ottawa à travailler avec les provinces pour élaborer une stratégie de lutte contre la pauvreté. Le Toronto Star, qui milite en faveur d'une telle hausse, rapporte que les bloquistes craignaient que l'adoption de cette motion mène à des intrusions fédérales dans les plates-bandes provinciales.

mcornellier@ledevoir.com

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