Couillard accusé de négligence

Les 4671 enfants qui, hier à Montréal, attendaient une chirurgie sont une conséquence directe du pacte de santé proposé en 2003 mais non respecté depuis par Jean Charest, a soutenu Mario Dumont.
Photo: Jacques Nadeau Les 4671 enfants qui, hier à Montréal, attendaient une chirurgie sont une conséquence directe du pacte de santé proposé en 2003 mais non respecté depuis par Jean Charest, a soutenu Mario Dumont.

Ils ne se sont pas donné le mot, mais tant le Parti québécois que l'Action démocratique du Québec ont tiré à boulets rouges sur la gestion du gouvernement Charest en matière de santé.
Planté devant l'hôpital Sainte-Justine, le chef de l'ADQ, Mario Dumont, s'est attaqué au bilan en santé du gouvernement libéral, qu'il qualifie d'échec. Les 4671 enfants qui, hier à Montréal, attendaient pour une chirurgie sont une conséquence directe du pacte de santé proposé en 2003 mais non respecté depuis par Jean Charest, a-t-il soutenu. «C'est odieux de le voir jouer au gros "big shot" au-dessus de ses affaires, qui parade en début de campagne comme si tout était beau, pendant que les gens à qui il a promis de régler les problèmes en santé sont toujours en train d'attendre», a lancé M. Dumont.

Selon lui, Jean Charest doit expliquer aux parents des jeunes malades (près de la moitié des 4671 enfants sont sur des listes en dehors des délais médicalement acceptables) pourquoi il a «renoncé à son engagement d'éliminer l'attente hors délais alors qu'il avait invité les Québécois à le juger là-dessus». «Il a baissé les bras comme si l'attente faisait partie de la culture ou de l'identité québécoise et que c'était devenu un fait incontournable», s'est indigné M. Dumont.

De son côté, le chef du Parti québécois, André Boisclair, a accusé le gouvernement Charest de négligence pour n'avoir pas fait de l'infection au C. difficile une maladie à déclaration obligatoire.

André Boisclair s'était déplacé à Saint-Hyacinthe, où est situé le centre hospitalier Honoré-Mercier, l'hôpital où 16 patients sont décédés des suites d'une infection à la bactérie C. difficile à l'été et à l'automne 2006, et qui fait l'objet à l'heure actuelle d'une enquête du coroner.

«Je dénonce le fait que le ministre Couillard et le gouvernement libéral ont été négligents dans la gestion de la crise du C. difficile. Hélas, ça s'est traduit par des fatalités, par des mortalités que nous déplorons», a-t-il déclaré. Lors de son point de presse, M. Boisclair s'est défendu d'affirmer que Jean Charest et Philippe Couillard étaient responsables des milliers de morts causées par des infections nosocomiales. Ce serait avancer sur «un terrain miné», selon lui. Or, dans le communiqué diffusé par le PQ un peu plus tard, il déclare sans ambages: «Il aura fallu 4838 cas de C. difficile en 2004 pour que le gouvernement Charest adopte un plan d'action en juin 2006. Ce délai a été tragique pour des milliers de personnes qui sont décédées alors que plusieurs d'entre elles auraient pu survivre grâce à une politique énergique de prévention de l'infection.»

Accompagné de la critique en matière de santé Louise Harel, le chef péquiste a pris l'engagement, s'il prend le pouvoir, de faire de l'infection au C. difficile une maladie à déclaration obligatoire plutôt que de maintenir le système actuel de surveillance préconisé par la Direction de la santé publique du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Selon M. Boisclair, la déclaration obligatoire de l'infection par le C. difficile permettrait aux autorités d'être informées «en temps réel» de la situation dans les hôpitaux du Québec. De son côté, Louise Harel, qui réclame depuis 2004 cette déclaration obligatoire, a reproché à M. Couillard son «insensibilité technocratique».

La sortie du PQ s'appuyait sur une des recommandations, publiées en octobre dernier, d'un comité d'experts pancanadien. Ce comité, dans lequel figure la Dre Monique Douville-Fradet, de l'Institut national de santé publique du Québec, est d'avis que les provinces doivent inscrire le C. difficile sur la liste des maladies à déclaration obligatoire.

Or, selon le Dr Alain Poirier, le directeur national de la Santé publique du Québec (nommé sous un gouvernement péquiste), le système de surveillance appliqué au Québec est supérieur à la déclaration obligatoire. La Dre Douville-Fradet, qu'il a contactée, est du même avis, a soutenu le Dr Poirier. La recommandation s'applique aux autres provinces qui ne pratiquent pas de surveillance formalisée des cas de C. difficile, a-t-il expliqué au Devoir.

Toujours devant l'hôpital Sainte-Justine, Mario Dumont a dénoncé les nouvelles façons de compiler les statistiques concernant les délais d'attente et l'engorgement dans les urgences. Le gouvernement libéral a allongé les délais médicalement acceptables et a créé des unités de débordement qui n'entrent pas dans le calcul. «Alors qu'on devait changer la vie des gens, alors qu'on devait diminuer l'attente et rendre disponibles les soins, ce qu'on a changé, c'est les méthodes de calcul», a souligné le chef de l'ADQ, qui y voit du cynisme de la part de Jean Charest.

Pour l'occasion, M. Dumont était accompagné du candidat adéquiste dans Outremont, le Dr Pierre Harvey, un microbiologiste, spécialiste de la bactérie C. difficile. Selon le Dr Harvey, la solution au problème de l'attente passe par une garantie d'accès aux soins dans des délais médicalement acceptables. Si le Parti libéral propose la garantie d'accès aux chirurgies, l'ADQ va un cran plus loin en donnant l'assurance que cette garantie s'appliquerait à l'ensemble des soins. Un patient pourrait donc être dirigé vers un autre établissement aux frais de l'État. Cela pourrait être un hôpital public ou privé.

L'ADQ n'a toutefois pas établi le coût de cet engagement qui sera contenu dans le cadre financier dévoilé en cours de campagne.

Selon Mario Dumont, le Québec doit s'ouvrir à un système de santé mixte, ce qui n'a rien à voir avec la loi 33, qui permet entre autres la chirurgie du genou et de la hanche ainsi que pour les cataractes dans le secteur privé. Avec le gouvernement libéral, «il faut être sûr d'avoir mal à la bonne place», a dit le chef adéquiste. «Ils n'en ont pas fait assez pour soigner le monde, mais assez pour tourner en ridicule toutes les attaques et les campagnes de peur de Jean Charest lors de la campagne de 2003. Souvenez-vous qu'on avait vu les amygdales de M. Charest lorsqu'il avait crié qu'on allait remplacer la carte d'assurance maladie par la carte de crédit», a-t-il affirmé.

Le privé a une place dans le système de santé. D'ailleurs, M. Dumont a rappelé que les deux tiers des Québécois se disent prêts à payer pour se faire soigner, selon un sondage Léger Marketing mené en 2005. Le chef adéquiste favorise cette avenue plutôt que l'imposition d'un ticket modérateur, ce à quoi il ne s'oppose toutefois pas.

En soirée, à Québec, Jean Charest s’est dit outré des propos du chef péquiste: «M. Boisclair devrait avoir honte de lancer des accusations». M. Charest participait à la soirée de lancement de la campagne libérale de la région de Québec, dans la circonscription de Jean-Talon, où son ministre de la santé, Philippe Couillard, défendra les couleurs libérales. Selon ce dernier, les accusations de M. Boisclair au sujet du C-Difficile sont «inqualifiables» et «irresponsables». Le chef libéral et son ministre ont soutenu que M. Boisclair, par ces propos, a fait la démonstration «qu’il ne sait pas de quoi il parle» puisque «la santé publique opère à partir de recommandations d’experts et non pas d'instructions politiques». En somme, cela démontre «qu’on ne peut certainement pas lui faire confiance» pour gérer le système de santé, a dit M. Charest.

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