Faire payer les pollueurs pour financer les verts

Puiser dans les poches des pollueurs pour financer et soutenir les citoyens verts: voilà en substance le projet économique que le Parti vert du Québec (PVQ) se prépare à défendre au cours des prochaines semaines devant les électeurs. Ce plan, composante du programme électoral du parti qui doit être dévoilé aujourd'hui à Montréal, vise par exemple à réduire le nombre de véhicules utilitaires sport (SUV) énergivores sur les routes, à lutter contre l'étalement urbain, à faire réapparaître les tramways dans les rues et à inciter les entreprises à abandonner le chauffage au gaz et au mazout pour l'électricité et la géothermie.

Le plan vert des verts, dont Le Devoir a pris connaissance, est une sorte de stratégie fiscale et économique pour «poser des gestes fermes et cohérents» contre les changements climatiques, indique le document. Ce que les partis traditionnels, qualifiés de «partis gris», ne font pas, dénonce la formation politique écolo.

Dans les grandes lignes, le PVQ propose donc de faire le ménage dans le secteur des transports, principale source au Québec d'émissions de gaz à effet de serre (GES), à l'origine du réchauffement de la planète. Ce ménage passerait par exemple par l'imposition d'une «taxe à double levier» sur les voitures énergivores (SUV, camionnettes et consorts) pour subventionner, avec l'argent ainsi récolté, les acheteurs de véhicules électriques, d'hybrides et autres modèles à faible consommation de carburant.

Toutefois, ces acheteurs, le PVQ ne les souhaite pas trop nombreux puisqu'il vise dans son plan vert à diminuer globalement le parc automobile du Québec. Dans cette optique, les transports collectifs électriques, tramways et trains, seront ainsi favorisés par l'équipe de Scott McKay, chef du Parti vert, qui, sans entrer dans le détail, songe à faire revivre des projets de transports en commun sur rail entre Montréal et les villes de banlieue. Et ce, pour «réduire le nombre de kilomètres parcourus par les automobiles», peut-on lire dans ce plan.

Cette réduction du kilométrage passe également, pour les verts, par la lutte contre l'étalement urbain. Aussi, pour mener à bien ce combat, le PVQ propose par exemple un équilibrage de la fiscalité non seulement entre l'île de Montréal et son 450 en particulier mais aussi entre les villes et leurs banlieues en général.

Cette mesure a pour but de contrer l'exode d'une certaine catégorie de contribuables qui, attirés par la fiscalité attrayante des couronnes urbaines, contribuent davantage à la production de GES avec leurs transports pendulaires. Elle s'accompagnerait aussi, avec un gouvernement formé par le Parti vert, de péages sur les ponts afin d'encourager le recours aux transports en commun, indique le document.

Développement économique durable

Avec, dans sa ligne de mire, l'investissement de

1 % du PIB du Québec pour lutter contre le réchauffement de la planète, soit 2,6 milliards de dollars par année, le PVQ doit présenter aujourd'hui un plan contenant des mesures écolo-fiscales touchant également le monde de l'industrie. Une des mesures les plus importantes concerne d'ailleurs l'efficacité énergétique des entreprises.

Les verts proposent de les aider à délaisser par exemple le chauffage au gaz et au mazout pour l'électricité, une source d'énergie plus verte au Québec en raison de la prédominance de l'hydroélectricité. L'abolition de l'utilisation du charbon, toujours en usage au Québec, est également au coeur du plan vert du PVQ.

Sur un autre thème, cette formation politique, qui arrive en quatrième position en ce début de campagne en matière d'intentions de vote des Québécois, donc devant Québec solidaire (QS), souhaite «intensifier» le développement de l'architecture verte au Québec avec des mesures fiscales et une nouvelle législation.

Pour parvenir à ses fins, le PVQ compte d'ailleurs proposer une «réforme du Code du bâtiment» afin d'imposer des normes de construction répondant à une logique de développement durable et d'utilisation responsable des ressources. Objectif? Rendre obligatoire par exemple l'exploitation de la géothermie, les toits verts, la récupération des eaux de pluie et les panneaux solaires, et ce, dans les constructions tant gouvernementales que privées.

Ce plan fiscal et économique contre les GES que le PVQ doit présenter ce matin va marquer le début du dévoilement du programme électoral de cette formation politique. Le parti a annoncé hier son intention de le diffuser tout au long de la campagne sous forme de «cinq défis» lancés au Québec, a annoncé hier Scott McKay, chef des verts, lors d'une conférence de presse pendant laquelle le parti a fait part de sa stratégie de communication pour les prochaines semaines. Outre l'environnement, la santé, l'éducation, l'économie, la culture et la réforme du système électoral vont se retrouver au coeur de sa plate-forme électorale.

Pour rejoindre l'électorat, le PVQ reconnaît avoir «des moyens modestes» qui ne lui permettront pas de rivaliser avec les «guéguerres de pancartes» que les partis traditionnels vont se livrer, a expliqué M. McKay tout en dévoilant les affiches vertes du PVQ, tout simplement marquées de la phrase «Je vote». «C'est simple et écrit en petits caractères pour obliger les gens à faire un effort», a-t-il dit.

«Les partis essaient de se vendre comme des lessives. Le PVQ dit non à ça. Pour nous, une campagne, c'est un moment privilégié pour s'informer. [...] Les électeurs informés prennent de meilleures décisions et notre campagne veut donc s'adresser à leur intelligence», a poursuivi M. McKay, visiblement réjoui par les résultats du récent sondage CROP-La Presse qui accorde à son parti 9 % des intentions de vote, contre 5 % pour Québec solidaire (QS), «le petit parti», a dit le chef des verts. Ce même sondage place également l'environnement au deuxième rang des enjeux de cette campagne, selon les électeurs, après la santé, certes, mais devant l'éducation, l'emploi et le déséquilibre fiscal.

Dans ce contexte, le chef des verts a invité hier les électeurs à voter pour les «vrais verts», a-t-il expliqué lorsqu'on l'a interrogé à propos des thèmes écolos qui semblent habiter les stratégies électorales des autres formations politiques. «Alors que les données de la science sur les changements climatiques sont connues depuis 20 ans, où étaient MM. Charest et Boisclair dans les dernières années? C'est ce que doivent se demander les électeurs.»

Conscient de ne pas pouvoir obtenir le pouvoir le 26 mars prochain, le PVQ souhaite toutefois que l'appui de ses électeurs soit assez fort pour «envoyer un message clair» aux partis traditionnels. «Tôt ou tard, le Québec va devoir prendre la voie environnementale pour faire face aux changements dans son développement. Et il vaut mieux que ce soit plus tôt que tard», a-t-il expliqué.

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