ADQ: un fruit difficile à cueillir

En pleine montée dans les sondages, l'Action démocratique du Québec entreprend sa quatrième campagne électorale avec une organisation modeste, une cagnotte peu garnie et une très courte liste de candidats de prestige. Arrivera-t-elle à récolter les fruits de la faveur qu'elle s'attire dans plusieurs comtés ruraux et dans la capitale nationale?

La situation au fil de départ tranche avec celle de 2003. Après avoir été propulsée en tête des sondages pendant quelques mois, l'ADQ avait amorcé la campagne électorale en chute libre, pour terminer avec 18 % du vote et cinq députés. Au lendemain des élections, plusieurs analystes prédisaient le déclin de la jeune formation politique.

Cette fois-ci, la progression est plus constante, l'ADQ étant passée de 11 à 21 % des intentions de vote au cours de la dernière année. À la faveur du débat sur les accommodements raisonnables, le chef de l'ADQ a joui d'une visibilité médiatique importante contribuant à accentuer la montée du parti. «On préfère de beaucoup la situation dans laquelle on se trouve aujourd'hui. [...] Quand on se retrouve au sommet comme en 2003, il n'y a qu'un endroit où on peut aller, c'est vers le bas», observe un des responsables des communications de l'ADQ, Guy Leroux.

Cela dit, la petite équipe adéquiste, en pleine crise de croissance, devra mettre les bouchées doubles pour assumer son rôle d'acteur majeur de la campagne. Les moyens dont elle dispose seront beaucoup plus modestes qu'en 2003: on prévoit faire campagne avec un budget d'environ 1,5 million (le maximum autorisé est de 3,8 millions). «Cela va affecter en premier lieu la publicité. Sur le plan du poids publicitaire, les libéraux, c'est certain, et les péquistes, dans une moindre mesure, vont avoir un avantage clair sur nous», poursuit M. Leroux.

La brochette de candidats connus est aussi beaucoup plus maigre qu'en 2003, alors que les Pierre Bourque, Diane Bellemare et Guy Laforest étaient sur les rangs. Un seul candidat d'envergure nationale a répondu à l'appel cette fois-ci: l'ancien président du Conseil du patronat du Québec Gilles Taillon, qui se présentera dans Chauveau à Québec.

À l'ADQ, on balaie cette faiblesse du revers de la main, rappelant les anciennes vedettes libérales aujourd'hui disparues de l'écran radar que sont Marc Bellemare, Yves Séguin et Sam Hamad. «On en est venus à croire qu'un parti politique doit créer ses propres vedettes. Nos candidats sont des adéquistes de longue date», fait valoir M. Leroux.

Québec et sa zone d'influence

Les organisateurs adéquistes ont les yeux rivés sur Québec et la Beauce. L'ADQ y a fait élire quatre de ses cinq députés en 2003 et est arrivée bonne deuxième dans huit autres circonscriptions, sur un total de 19. Dans Rivière-du-Loup, le chef de l'ADQ aura quant à lui un adversaire un peu plus sérieux que d'habitude: le maire de Rivière-du-Loup, Jean D'Amour.

Le bassin de clientèle «aux valeurs plus conservatrices, terriennes», s'étendrait, selon les stratèges adéquistes, du côté du Bas-Saint-Laurent, du Centre-du-Québec, de Lanaudière et des Laurentides, ainsi qu'en Mauricie, qui abrite la désormais célèbre municipalité d'Hérouxville.

Si Mario Dumont a déjà annoncé qu'il ne fera pas d'escale dans cette petite municipalité, il ne se privera pas pour autant de parler des accommodements raisonnables, un thème avec lequel il a fait ses choux gras ces dernières semaines. Il a commencé dès le déclenchement de la campagne en promettant de ne pas tabletter le rapport de la commission d'enquête spéciale sur les accommodements raisonnables et d'enchâsser les valeurs fondamentales des Québécois dans une constitution.

Pour le reste, l'ADQ se positionne comme un parti de centre-droite, résolument en faveur d'un système de santé mixte où le recours au privé serait facilité.

La famille figurera également au coeur de la campagne adéquiste, le chef ayant déjà promis une allocation de 100 $ par semaine pour les enfants qui ne fréquentent pas le réseau des garderies subventionnées. La promesse a d'ailleurs déjà soulevé l'ire des autres partis, accusant Mario Dumont de la financer sur le dos des pauvres.

Sur le plan de la question nationale, l'ADQ a remisé sa position de moratoire pour adopter le qualificatif «autonomiste». Le terme se résume en une de ces phrases-chocs dont Mario Dumont a le secret: «s'affirmer sans se séparer».

Parions que ces expressions clés se multiplieront dans la bouche de Mario Dumont, résolu à mieux contrôler son message et à ne pas laisser les adversaires le dépeindre en épouvantail comme en 2003.

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