Les verts en campagne pour gagner...des billets verts

Il est vert écolo et, en plus, il est lucide. Au départ de la course électorale, Scott McKay, chef du Parti vert du Québec (PVQ), ne se fait pas trop d'illusions à propos de ses chances de faire élire un de ses candidats dans une des circonscriptions que lui et sa formation politique convoitent.

Mais il part tout de même en guerre, avec détermination et conviction. Et, en trame de fond, deux objectifs: non seulement contaminer le reste de la classe politique avec ses idées démocratiques et vertes mais aussi faire le plein d'électeurs pour mettre la main «sur du financement public», avoue-t-il à l'autre bout du fil.

«Notre but pour ce scrutin est clair: nous voulons assurer la progression du vote vert au Québec, et ce, en permettant aux électeurs d'exprimer leur appui à notre parti dans toutes les circonscriptions», a dit M. McKay.

Les verts partent de loin. En avril 2004, aux dernières élections provinciales, le parti était arrivé en sixième place avec... 0,44 % des suffrages exprimés, soit l'appui de 16 975 électeurs. À l'époque, c'était moins que le Bloc Pot (0,60 %) et que l'Union des forces progressistes (UFP), qui avait reçu 1,06 % d'appuis.

Petit et pauvre

Ce portrait électoral ne tranche d'ailleurs pas beaucoup avec les finances du PVQ qui, en 2005, a convaincu seulement 59 citoyens de délier les cordons de leur bourse pour offrir un petit soutien. Contributions totales: 8200 $, sur un budget de fonctionnement d'environ 30 000 $, selon les derniers chiffres disponibles auprès du Directeur général des élections du Québec.

La cagnotte, bien que modeste, pourrait facilement grossir au cours des prochains mois, croit McKay, en raison du vent écologiste qui souffle de plus en plus sur le Québec. «Il y a un intérêt marqué de la population pour les questions environnementales», résume le chef, qui a décidé de se présenter dans le comté de Bourget, à Montréal, contre la députée péquiste Diane Lemieux. «Il y a aussi une certaine lassitude de l'électorat par rapport aux deux principaux partis, qui parlent beaucoup d'environnement mais qui, finalement, en font très peu.»

Les conditions seraient gagnantes, estime le PVQ, qui souligne que ses résultats de 2004 ont reposé sur la présence d'à peine 36 candidats. «Cette année, c'est 125 candidats que nous voulons présenter [il y en a 80 en lice à l'heure actuelle], dit M. McKay. Nous allons être dans toutes les régions du Québec» pour tenter de «mettre la main sur les 9 % de suffrages que plusieurs sondages nous donnent», poursuit-il. On espère pouvoir ainsi remplir les coffres du parti avec les 50 ¢ par électeur que l'État verse chaque année aux partis politiques.

Des idées et des hommes

L'argent, bien qu'important pour le PVQ, n'est bien sûr pas la seule priorité de cette campagne, dans laquelle la formation politique souhaite avancer lentement mais sûrement pour faire progresser ses idées de démocratie participative et de décentralisation, dit M. McKay.

Ainsi, au cours des prochaines semaines, il sera question, assure-t-il, d'efficacité énergétique, de transport électrique, de tramways, de développement du secteur éolien sous forme de coopérative et, bien sûr, de lutte contre les changements climatiques.

La table est mise. Elle devrait aussi être pliée sous peu pour voyager sur le toit d'une voiture hybride qui transportera le chef un peu partout au Québec. «Nous n'avons pas les moyens d'avoir un autobus», dit-il.

Original, le mode de transport choisi témoigne de l'imagination, faute de ressources, qui anime les membres du PVQ, qui comptent sur un mode de financement hors norme pour cette campagne: des obligations vertes!

L'idée a été lancée officiellement au début du mois. Il s'agit de vendre aux fidèles du parti des titres d'emprunt dont le taux d'intérêt a été fixé à 8 %. «C'est plus que ce que les banques offrent», dit M. McKay, qui reconnaît toutefois que le remboursement est conditionnel à une chose: la présence dans les urnes de 1 % des suffrages pour le Parti vert. Ce pourcentage des voix doit permettre à la formation, comme le stipule la loi, de se faire rembourser 50 % de ses dépenses électorales par l'État.

Avec une «participation souhaitée» au prochain débat des chefs et une «meilleure couverture médiatique», espère le chef, la chose n'est pas foncièrement impossible. «Nos idées sont bonnes et nous savons aussi qu'elles sont en mesure d'améliorer la situation environnementale au Québec pour que nous soyons en meilleure posture dans 20 ans», ajoute-t-il. «D'ailleurs, comme nous ne pensons pas prendre le pouvoir, si les autres partis veulent s'en inspirer, tant mieux. Ça nous fait plaisir. Nous sommes après tout un parti d'influence.»

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