Syndicats et patrons sont déçus

Le dernier budget du ministre Audet n'a pas soulevé l'enthousiasme des représentants des entreprises, qui l'ont qualifié de rigoureux mais terne pour les uns, et de modeste pour les autres. Autant dire que les organisations patronales sont restées sur leur appétit hier. Les propos les plus enflammés sont venus des syndicats qui, dans leurs dénonciations, n'ont pas hésité à associer le discours budgétaire à un exercice électoraliste de mauvais goût.

«La maison brûle et on jase de la couleur des murs», a décrié Henri Massé. Le président de la FTQ voit dans le discours du budget «un bilan plutôt rose, à saveur fortement électoraliste, des quatre dernières années de règne libéral». M. Massé montre du doigt la majoration du taux de crédit de taxe sur le capital, seule véritable mesure pour les entreprises, mais appliquée sans discernement. Parlant d'un budget «aux allures de chapelet de petites mesures à saveur électorale», Henri Massé a fait ressortir l'impasse budgétaire de 1 milliard qui se profile, dès 2008-09, pour s'interroger sur l'à-propos de l'annonce de baisses d'impôts.

Pour la CSN, le budget «n'est pas à la hauteur des défis ni économiques, ni sociaux, ni environnementaux qui se présentent à notre société». Déplorant le déséquilibre des dépenses, l'essentiel allant à la santé et aux service sociaux, la présidente de la CNS, Claudette Carbonneau, a tout de même salué l'augmentation du crédit de taxe sur le capital. «Le gouvernement a ciblé un vrai problème. Souhaitons que cette fois-ci les entreprises répondent bien, ce qu'elles n'ont pas fait la première fois.»

Dans la foulée, Mme Carbonneau s'est moquée de la baisse de 53 cents d'impôt par contribuable par jour et a déploré la décision de déposer un budget au Québec avant l'adoption du budget fédéral, ce qui «banalise notamment toute la question du déséquilibre fiscal entre le Québec et le fédéral».

Le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) retient, pour sa part, que le budget «ne permet pas d'entrevoir la fin des compressions budgétaires qui se perpétuent depuis des années au sein de la fonction publique. En fait, les réseaux de la santé et de l'éducation mis à part, l'accroissement des budgets des ministères et des organismes de l'État se limitera à 1 %, ce qui est inférieur à l'inflation et représente une diminution des budgets en termes réels», selon le président, Michel Sawyer.

Côté patronal, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) parle d'«un budget rigoureux, mais [offrant] peu pour stimuler de façon durable». Le CPQ voit dans le discours du budget un exercice responsable dans un contexte préélectoral, tout en se disant «déçu des mesures visant à redresser la performance du Québec en matière d'investissements privés».

La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), a qualifié le budget de «modeste» pour les entreprises et a dû se rabattre sur la baisse des impôts des contribuables. «Nous sommes déçus du peu de mesures touchant l'ensemble des petites et moyennes entreprises», a renchéri Richard Fahey, vice-président, Québec, de la FCEI, tout en saluant la baisse du fardeau fiscal des particuliers de 464 millions. «Tout effort pour laisser davantage d'argent dans les poches des contribuables est méritoire, même si les Québécois sont toujours plus taxés que la moyenne canadienne.»

Pour la Fédération des chambres de commerce du Québec, le budget est clairement orienté vers le développement économique des régions. «Par ailleurs, bien que l'annulation totale de la taxe sur le capital aurait été préférable, la majoration des crédits d'impôts sur la taxe sur le capital accordée dans ce budget est de bon augure dans un contexte où la compétitivité du Québec repose sur les investissements des entreprises.»

Le Conseil de l'industrie forestière du Québec (CIFQ) poussait les hauts cris. «Nous nous attendions minimalement à une déclaration formelle sur la simplification administrative qui ne coûte rien à l'État, mais qui aurait pu avoir des effets très positifs sur les coûts d'approvisionnement et de production des entreprises. Nous osons croire qu'il s'agit simplement d'un oubli. Tant qu'à avoir fait du "copier-coller", on aurait pu tout au moins ajouter les objectifs du budget 2006-07 au complet. Nous aurions alors retrouvé la volonté d'aller de l'avant dans la simplification administrative», a déclaré le p.-d.g. du CIFQ, Guy Chevrette.

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