Montréal - L'avenue du Parc gardera son nom

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a annoncé à regret hier soir sa décision de renoncer à rebaptiser l’avenue du Parc du nom de Robert Bourassa.
Photo: Jacques Grenier Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a annoncé à regret hier soir sa décision de renoncer à rebaptiser l’avenue du Parc du nom de Robert Bourassa.

Une voix, celle de la famille de Robert Bourassa, qui s'est ajoutée à celle de milliers de Montréalais opposés au projet, a eu raison de la volonté, jusqu'ici inébranlable, du maire de Montréal de rebaptiser l'avenue du Parc pour honorer la mémoire de l'ancien premier ministre.

Le maire Gérald Tremblay a fait son acte de contrition hier en annonçant qu'il entendait demander au conseil municipal de retirer la motion sur le changement de nom de l'avenue du Parc, adoptée aux deux tiers des voix le 27 novembre dernier.

«J'ai appris que l'opinion des citoyens est importante, que tu peux faire de ton mieux, tu dois avoir l'appui de tous les Montréalais», a déclaré, l'air penaud, le maire Gérald Tremblay.

Il demandera plutôt au service de la mise en valeur du territoire et du patrimoine de la Ville de se pencher à nouveau sur le dossier pour formuler une proposition qui réunira un consensus. Cette dernière pourrait éventuellement faire l'objet d'une consultation publique.

Le maire Tremblay explique sa volte-face par le malaise de la famille de Robert Bourassa, qu'il a consultée en fin de semaine dernière. Dans le quotidien The Gazette de samedi, le fils de l'ancien premier ministre, François Bourassa, a expliqué que son père n'aurait pas aimé voir une telle controverse.

La Ville de Montréal était toujours dans l'attente de la décision de la Commission de toponymie du Québec pour officialiser le changement de dénomination. Cette dernière avait reporté sa décision le 17 janvier dernier, vu la division au sein des membres et le grand nombre de représentations effectuées par les Montréalais.

«La commission était mal à l'aise avec la décision [du conseil municipal]. On attend toujours son avis. Je ne connais pas sa décision, mais même si cela avait été positif, la controverse aurait perduré», a affirmé Gérald Tremblay.

Depuis plus de deux mois, les résidants et les commerçants de l'avenue du Parc mènent une campagne acharnée pour préserver le nom de l'artère. Quelque 42 000 signatures apposées sur des pétitions, des pressions intenses des conseillers municipaux, la menace de poursuites en cour, des manifestations, etc., n'ont pas réussi à ébranler la décision du maire Tremblay. Au début janvier, c'était au tour de groupes patrimoniaux, tels Héritage Montréal et les Amis de la montagne, d'ajouter leur voix, en pressant la Commission de toponymie du gouvernement du Québec de ne pas entériner la décision de la Ville de Montréal.

Mais c'est finalement le malaise de la famille de Robert Bourassa qui a fait fléchir le maire. «La famille avait un problème avec la controverse. M. Bourassa n'aurait pas apprécié la controverse», a poursuivi M. Tremblay.

Réactions

Le président du Comité des amis de Robert Bourassa, Me Jean Masson, qui avait jusqu'à maintenant salué la persévérance du maire de Montréal pour nommer l'avenue du Parc en l'honneur du seul premier ministre né à Montréal et élu dans des comtés montréalais, a opiné du bonnet hier devant sa volte-face. «À un moment donné, il faut se rendre à l'évidence. [...] On n'était pas à l'aise non plus avec la controverse», a reconnu Me Masson. L'organisateur politique, qui agira comme responsable de la tournée libérale lors de la campagne électorale, nie tout lien entre la décision du maire et l'imminence d'élections.

«Si le résultat ultime fait en sorte que Robert Bourassa reçoive à Montréal, la ville qui l'a vu naître et qu'il a représentée, une reconnaissance au moins équivalente à celle d'autres premiers ministres, notre but aura été atteint», a fait valoir Me Masson.

Il restera maintenant à trouver un nouveau lieu pour honorer la mémoire de l'ancien premier ministre. Plusieurs ont évoqué la possibilité d'aménager une place publique au milieu du nouvel échangeur Parc-des Pins. Le président du Comité des amis de Robert Bourassa rejette cependant cette hypothèse, estimant que cet endroit «au milieu de nulle part» et difficile d'accès pour les piétons ne conviendrait pas. Il suggère plutôt de regarder du côté de la Cité du Havre, qui devrait faire l'objet d'un important réaménagement au cours des prochaines années. «Il va falloir regarder dans du neuf. Les rues de Montréal, on les a regardées une par une, la seule qu'on voyait, c'est l'avenue du Parc», a indiqué Me Masson.

La volte-face du maire lui a valu les critiques de l'opposition officielle à l'hôtel de ville. «La famille de Robert Bourassa a fait le travail que le maire n'a pas fait. Il a mis la famille dans l'embarras», a déclaré la cheffe de l'opposition, Noushig Eloyan. Elle argue que, désormais, «personne ne va croire le maire de Montréal».

La directrice des Amis de la montagne, Sylvie Guilbault, était quant à elle soulagée de la décision du maire, mais elle ne poussait pas jusqu'à se dire satisfaite: «Est-ce qu'on peut être satisfaite de l'énergie que cela a pris?» Elle voit dans cette victoire le signe que les Montréalais sont prêts à se mobiliser lorsque quelque chose leur tient à coeur.

La Coalition Sauvons l'avenue du Parc s'est également réjouie du dénouement, alors que des avocats planchaient déjà sur d'éventuels recours juridiques. «Cela a pris deux mois, c'est nous autres qui avons porté cela à bout de bras. On est encore frustrés contre les politiciens», a déclaré un des commerçants de l'avenue du Parc, Jimmy Zoubris.

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9 commentaires
  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 7 février 2007 07 h 37

    Avenue du Parc

    Les libéraux souffrent d`idolâtrie. Ils en ont que pour Robert Bourassa. Un barrage, une statue, un hopîtal, une bibliothèque, des rues. N`ont-ils pas d`autres têtes de turc à célébrer? Je suggère que le maire de Montréal se concentre sur l`histoire de quelques siècles. La rue Sherbrooke pourrait devenir l`Avenue de la Nouvelle France comme New York honnore The Avenue of The Americas et Parc Avenue bien sûre. Et toutes ces rues Victoria, Queen, King, Wellington, Nelson, Hutchison et autres rappels du passage d`envahisseurs! Enfin les rues City Counsellor et Mayor qui honnore la fierté de la race! Monsieur le maire a du travail devant lui n`est-ce pas?

  • ethan solal - Inscrit 7 février 2007 07 h 50

    Qui a envahi qui au juste?

    A Pierre-S Lefebvre,

    lorsque vous parlez d'envahisseurs, vous voulez parler des français qui ont colonisé le pays des Améridiens, c'est bien ça? J'ai dû mal comprendre, pardonnez moi... A bon entendeur.

  • Alain Senécal - Inscrit 7 février 2007 09 h 21

    Monsieur l'ex-ministre

    Le maire Gérald Tremblay renonce à contre-coeur à renommer l'avenue Du Parc en boulevard Robert-Bourassa. M. Tremblay disait hier : «J'ai appris que l'opinion des citoyens est importante...». Ah oui ? Depuis le temps qu'il est en politique il sait cela et s'il ne peut l'appliquer il n'a pas sa place en politique. Il a d'ailleurs été ministre dans le gouvernement Bourassa. Drôle de hasard...

  • Bernard Cloutier - Inscrit 7 février 2007 09 h 34

    Avenue du Parc

    Bravo pour le maintien de l'Avenue du Parc.

    Maintenant que la domination par les britaniques et par l'Église catholique sont choses du passé, il y aurait lieu de renommer plusieurs grandes et belles artères de Montréal dont les noms évoquent défaite, déchéance et soumission aveugle.

    Pourquoi pas commencer par Sherbrooke, gouverneur-général de 1816 à 1818 et symbole du jadis puissant Empire Britanique ou bien Pie IX, ce pape réactionnaire qui a inventé le dogme de l'immaculée conception, condamné les travaux de Charles Darwin et arraché au concile Vatican I la doctrine de son infaillibilité en 1870.

    Je trouve aberant de continuer à honorer ces deux individus, et bien d'autres, qui non seulement n'ont plus rien à voir avec la réalité québécoise mais qui symbolisent les aspects les plus sombres de notre histoire. Partout ailleurs la toponymie honore les héros du pays; pourquoi pas ici?

    Voila un excellent thème de sondage sur la fierté de notre histoire et plus encore, d'un référendum sur l'orientation que devrait prendre notre commission de la toponymie.

    Bernard Cloutier

  • Julien Lussier - Inscrit 7 février 2007 10 h 58

    Rue University

    J'ai de la difficulté à croire que l'avenue du Parc était la seule rue propice à un changement de nom. Sans compter l'horreur toponymique que constitue la rue Sherbrooke, la rue University/é me semble également tout indiquée pour un changement de nom. Bref, sans doute y a-t-il d'autres considérations que l'on ignore.