Rapport confidentiel du Bloc sur le «mystère» de Québec - La souveraineté a perdu de son attrait pour les électeurs

Québec — Un rapport confidentiel du Bloc indiquerait que beaucoup d'électeurs de la Vieille Capitale ne croient plus à «l'urgence de la souveraineté» et sont fatigués des «batailles sur l'intangible». Cette étude du prétendu «mystère de Québec», dont des éléments ont filtré hier dans Le Journal de Québec, a été commandée par le Bloc québécois après la dégelée subie dans la région de Québec à l'élection de janvier 2006. Selon ce que rapporte Le Journal de Québec, le rapport, produit en partie à partir de groupes de discussion, contribue à expliquer les difficultés non seulement des bloquistes, mais aussi des péquistes, dans la Capitale nationale. En creux, on peut y déceler les raisons de la montée de l'ADQ, ont noté des observateurs.

Le recul de l'option souverainiste, qui s'accompagne d'un rejet de la «montréalisation» des médias, serait manifeste chez les jeunes adultes de Québec. Alors que les plus vieux souhaiteraient «garder l'option en réserve», les électeurs âgés de 25 à 35 ans ont quitté le Bloc «pour de bon», souligne le rapport. Ils auraient été, entre autres, heurtés par la décision des députés bloquistes de n'avoir pas «défendu» la station de radio CHOI — où travaillait alors Jeff Fillion — aux prises avec le CRTC en 2004. Parmi les plus âgés, si l'ouverture à la souveraineté est plus grande, on en retrouve plusieurs qui sont rebutés par la notion d'un «référendum le plus vite possible», idée pourtant défendue par les chefs bloquiste et péquiste. L'appui à la souveraineté à Québec serait «conditionnelle à la présence de leaders de confiance» comme René Lévesque et Lucien Bouchard. Le rapport souligne aussi que Québec est jumelée à Calgary depuis 1956 (notamment le Carnaval et le Stampede) et que cela aurait contribué à saper à Québec l'argument du Bloc selon lequel «Harper, l'Albertain, est dangereux». Au contraire, les gens consultés applaudissent les efforts du chef conservateur Stephen Harper pour parler français.

Aucun élu bloquiste ou péquiste n'a rappelé Le Devoir hier pour commenter le rapport. L'attachée de presse Catherine Bourgault, à Ottawa, a cependant souligné que l'étude avait permis d'établir un «plan d'action» qui a été largement mis en oeuvre: cela impliquait notamment la tenue d'un conseil général à l'automne et l'ouverture d'un bureau du Bloc à Québec. Aussi, on a «intensifié» la présence du chef à Québec et on est à préparer une «nouvelle équipe de candidats». Parmi celle-ci, la candidature de l'humoriste et animateur Guy Richer, dans Louis-Hébert, a été accueillie dans certains médias de Québec comme un «parachutage» de Montréal, contraire au «nouveau discours» de la formation politique. Au Bloc, l'argument irrite. Mme Bourgault répond que M. Richer a «remporté démocratiquement» son investiture, qui était contestée. Elle s'étonne qu'on ne condamne pas de la même manière le parachutage de l'adéquiste Gilles Taillon dans Chauveau. «Au moins, Guy Richer, il a étudié à Québec, lui.»

Au Parti québécois, dans l'entourage du chef, on ne se disait nullement inquiet de ce rapport, hier. «M. Boisclair a toujours dit qu'à son avis il n'y a pas de mystère à Québec. Que Québec l'inspirait.» Cependant, on a reconnu qu'il faudra travailler fort dans la capitale, compte tenu de la mauvaise performance de 2003. «On va faire les choses différemment en 2007», a-t-on souligné, en particulier quand au «contenu de la plateforme», mais aussi dans «l'âge, le style et la provenance des candidats». Il est acquis qu'au moins deux bloquistes porteront les couleurs du Parti québécois dans la région de Québec: Richard Marceau, dans Charlesbourg (défait en janvier 2006), et le député bloquiste Yvan Loubier, dans Chutes-de-la-Chaudière, actuellement représentée par l'adéquiste Marc Picard. Selon nos informations, l'entourage de M. Boisclair n'était pas très enthousiaste à l'idée d'accueillir tous les infortunés du Bloc. C'est pourquoi il a tenté d'empêcher l'ancien député Christian Simard (frère de Sylvain Simard) de devenir candidat. Mais ce dernier a confirmé hier qu'il briguera l'investiture dans Jean-Lesage lors de l'assemblée qui doit se tenir le 20 février.

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1 commentaire
  • Betty Cohen - Inscrit 7 février 2007 08 h 17

    Au secours!

    Si la souveraineté du Québec tient au Stampede de Calgary ou à Jeff Filion, il y a de quoi s'inquiéter. où sont les arguments purs et durs comme la fiscalité, l'économie, etc. Ce sont ces arguments là qui devraient déterminer si oui ou non la souveraineté est une option viable, pas des futilités. Nous savons que la souveraineté est en partie un vote de coeur, mais tout de même. Un peu de sérieux! C'est des générations à venir qu'il s'agit. Désolant!