Charest exaspère ses adversaires

Jean Charest
Photo: Jean Charest

Québec —Totalement maître du jeu, Jean Charest a encore maintenu le suspense, hier, quant au déclenchement des élections. Mais la prérogative du premier ministre de choisir seul la date des élections, héritée du système britannique, exaspère comme jamais ses adversaires, surtout ceux des petits partis. Et ils réclament en choeur d’en finir avec cette mesure qu’ils estiment «archaïque». Comme l’ont fait récemment l’Ontario, la Colombie-Britannique et Terre-neuve.

L’annonce soudaine, dimanche, de l’annulation du congrès du PLQ, prévu pour la fin mars, et son remplacement par un «conseil général élargi» le 17 février, a stimulé les machines de toutes les formations politiques, qui se préparent désormais pour un scrutin le 26 mars ou le 2 avril. Mais le premier ministre, soufflant le chaud et le froid, s’est amusé hier à dire qu’il ne fallait pas sauter aux conclusions et qu’il pouvait encore étirer le plaisir en toute légitimité jusqu’en 2008. En après-midi hier, le site des nouvelles de Radio-Canada publiait un texte au titre éloquent «Le Sphinx Charest» et mettait en relief que le chef de gouvernement «multipliait avec un plaisir évident les commentaires énigmatiques sur la tenue éventuelle d’élections générales». Au Parti libéral même, la directrice des communications, Isabelle Melançon, ne cachait pas sa satisfaction de voir son parti contrôler la donne, hier: «Une chose est sûre, on ne “s’auto-surprendra” pas, parce que c’est nous qui pouvons déclencher! Quand je reçois des appels où l’on me demande: “quel est votre niveau de préparation?”, c’est ça que je réponds.»

Au Parti québécois, dont les anciens chefs ne se sont jamais privés d’exercer cette prérogative — en 1981, 1985, 1998 et 2003 — on estimait «tout de même», hier, que M. Charest en faisait trop et usait avec excès de la stratégie des «pistes contradictoires pour déjouer l’adversaire ou le prendre de vitesse», a-t-on soutenu dans l’entourage du chef, André Boisclair. D’ailleurs, le PQ promet dans son programme adopté en 2005 «d’instaurer des mandats gouvernementaux d’une durée fixe de quatre ans».
À l’ADQ, à Québec solidaire et au Parti Vert, les critiques furent plus virulentes encore, hier. Le chef de cabinet de Mario Dumont, Jean-Nicolas Gagné, condamnait ce «petit manège archaïque qu’aucune nouvelle démocratie ne tolérerait». En 2004, le chef adéquiste a d’ailleurs déposé en chambre un projet de loi privé qui aurait établi «une date fixe pour l’élection des membres de l’Assemblée nationale à la suite d’une élection générale tenue tous les quatre ans». Ce projet de loi (n° 191), toujours au feuilleton, mais «qui ne sera jamais adopté, évidemment», note M. Gagné, prévoyait d’ailleurs que la date du prochain scrutin serait le 16 avril 2007.

Porte-parole de Québec solidaire, Françoise David disait hier trouver insupportable et anti-démocratique cette espèce de «période mouvante» où le premier ministre hésite. Surtout pour les petits partis comme QS, puisque cela multiplie les «tracasseries pratico-pratiques». Par exemple, QS prévoyait tenir un conseil national pendant la troisième semaine de mars afin de discuter de la «plateforme chiffrée». Mais, depuis hier, la direction de QS hésite et annulera probablement ce rendez-vous: «On est en réflexion là-dessus.» La politicienne souligne que, lorsqu’elle était en dehors du jeu politique, tout cela ne lui était pas apparu aussi clairement. «Mais là, est-ce qu’on annule les réservations de salle, que peut-on prévoir clairement?» Selon elle, les partis d’opposition ne sont pas les seuls à en pâtir. Les mouvements sociaux, les groupes, l’administration publique, tous les autres acteurs de l’État et de la démocratie sont, pendant six ou sept mois, tétanisés, en attente «car plus rien ne se passe, plus personne n’ose bouger». Avec des élections à date fixe, un changement que QS réclame lui aussi dans sa plateforme, «il y aurait peut-être un mois ou deux de “no man’s land” de ce type-là, mais pas plus!». Au Parti Vert, on abondait dans ce sens hier, l’attaché de presse du chef Scott McKay, Hervé Jodoin, condamnant au nom de la formation «le caractère anti-démocratique et dépassé de la prérogative du premier ministre».

Trois provinces ont opté pour les élections à date fixe ces dernières années: la Colombie-Britannique, l’Ontario et Terre-Neuve. En mai 2006, le leader conservateur à Ottawa, Rob Nicholson, a présenté un projet de loi fixant la date des élections fédérales tous les quatre ans. Si ce projet de loi était adopté, le prochain scrutin aurait lieu le lundi 19 octobre 2009. Par la suite, les élections se tiendraient «le troisième lundi d’octobre de la quatrième année civile suivant la dernière élection». «La tenue d’élections à date fixe améliorera l’équité du système électoral du Canada en éliminant la possibilité pour les partis au pouvoir de manipuler le calendrier électoral pour servir des intérêts partisans», avait déclaré le ministre Nicholson.

«Nous sommes prêts»
Malgré tout, les partis prétendent pouvoir «être prêts» pour faire face à une campagne électorale hâtive au Québec. Mais le niveau de préparation varie d’une formation à l’autre.

Le Parti libéral, avec un trésor de campagne de quelque huit millions de dollars, est la formation la plus en phase avec son slogan de 2003, «nous sommes prêts». À la fin de la semaine, le PLQ devrait avoir choisi une centaine de ses candidats. Comme le Parti québécois, le PLQ a 94 assemblées d’investiture «faites ou appelées». Mais à la différence du PQ, le parti de Jean Charest a très peu de députés qui quittent la vie politique. Sur 72 circonscriptions libérales «avec député», 54 assemblées d’investiture sont «appelées». Les prochains jours seront consacrés à la préparation du conseil général élargi qui se tiendra à Québec au centre des congrès le 17 février. Pour déplacer l’événement initialement prévu à la fin mars, il n’en a pas coûté très cher au PLQ, a indiqué son président, Marc-André Blanchard, dimanche. Le contrat signé entre le parti et le Centre des congrès prévoyait un tel déplacement de l’événement, a-t-il indiqué.

Au Parti québécois, 50 candidats sont choisis et, au total, 95 assemblées d’investiture ont été «appelées ou complétées». D’ici au 28 février, 75 devraient être «complétées», a certifié la machine péquiste, hier. À l’ADQ, on s’est fait plus vague, indiquant seulement qu’une «soixantaine» de candidats avaient été choisis et qu’il en restait une «soixantaine» à choisir. L’ADQ, endettée, admet que son budget sera beaucoup moins important qu’en 2003, où elle avait dépensé près de 5 millions.

À Québec solidaire, on indique que 24 candidats ont été désignés et que 35 assemblées d’investiture se tiendront d’ici 15 jours. «À la fin février, on s’approchera de l’objectif d’en avoir partout. En tout cas, on fait l’impossible», lance Mme David. Au Parti vert, seuls deux candidats ont été consacrés jusqu’à maintenant, mais on soutient que 75 % des candidats ont été «repérés».

À Ottawa, les rumeurs d’élections hâtives au Québec ont fait réagir les différents acteurs. Le chef bloquiste Gilles Duceppe s’est surpris que le premier ministre du Québec ne fasse plus du dépôt du budget fédéral une condition sine qua non pour aller en élection: «Il serait prêt à aller en élection avant le budget. C’est plutôt bizarre, ça, parce qu’un des arguments, il est important, c’est de dire comment faire un budget à Québec sans connaître le budget fédéral. Est-ce qu’il a eu des informations d’initiés?», s’est-il questionné.
6 commentaires
  • Michelle Bergeron - Inscrit 6 février 2007 00 h 28

    Tout est exagération avec le PLQ

    Commem vous dites si bien c,est la différence entre l'honnêteté e la manipulation. Dans tous les dossiers le PLQ à fait des gestes peu recommendables mais dans le cas des libéraux multiplier par bien des fois. Dans le passé des emplois pour les femmes des députés étaient plutôt rare quelques cas isolés et avec le PLQ la multiplication, Les dépenses pour célébrer la victoire, avec le PLQ la multiplication, l'augmentation de l'électricité etc. Un manque de nuance et les clichés nous montrent qu'ils sont tous pareils ce qui est faux.

  • Hélène Perras - Abonnée 6 février 2007 09 h 44

    Les élections ont du jeu

    Le jeu des Libéraux,particulièrement celui de M. Charest, relève de celui du chat et de la souris. Ce manque de <serrage> leur permet en douce de passer des <épinettes> à la population et de déstabiliser les partis en présence. À lire, <Le Chat, la Belette et le petit Lapin>, de La Fontaine :Raminagrobis, le bon apôtre, mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre. Hélène Perras

  • Pierre-Yves Pau - Inscrit 6 février 2007 09 h 47

    Les conservateurs aussi

    Le gouvernement conservateur d'Ottawa est également en faveur d'élections à date fixe. Ce serait bien de le mentionner, Mr. Sansfaçon.

  • jacques noel - Inscrit 6 février 2007 10 h 32

    La liste de Schinder...

    Avez-vs regardé attentivement qui donne au Parti Libéral?

    Il serait intéressant de voir en quoi cette liste représente le Québec réel? Mais faut pas trop en demander à nos journalistes..

    http://www.electionsquebec.qc.ca/fr/resultats_dona

  • roger montreal - Inscrit 6 février 2007 11 h 24

    M.CHAREST

    Oui M. CHARESTs s amuse a toute sorte de phrases pour montrer que c est lui le patron,depuis le mois mai 2006. Comme losqu il a été élu il disait /nous avons étés élus pour cela./Jusque les gens lui renvoient la balle/nous avons pas votés pour cela. /Il dit M. BOICLAIR n est pas mature.je me demande lequel des deux est la plus mature.Il a un provèble /je juges les autres comme je suis moi meme/ ROGER DION MONTREAL rogerdion@hotmail.com