Le PLQ annule son congrès de mars

Québec — Un autre signe est venu renforcer la rumeur selon laquelle le Québec pourrait se retrouver en élections plus tôt qu’on ne le croyait. L’exécutif du Parti libéral du Québec s’est réuni hier et a décidé de reporter son congrès prévu pour la fin mars, un important rassemblement prévu depuis plus d’un an. La formation politique a toutefois choisi de se réunir le 17 février en «conseil général élargi», qui planchera sur des orientations électorales.

Ce bouleversement de l’horaire «élargit au maximum la marge de manoeuvre» du premier ministre Jean Charest pour qu’il puisse déclencher les élections lorsqu’il le jugera nécessaire, ont expliqué des sources dans son entourage. Si bien que les élections pourraient être déclenchées dès après le conseil général et se tenir le lundi 26 mars. «Mais cela ne signifie pas nécessairement que l’on va y aller à coup sûr à la fin mars», a-t-on précisé au PLQ. «M. Charest n’a pas encore pris sa décision. Il n’est même pas certain que ce soit cet hiver ou ce printemps, nous avons jusqu’en 2008.»

Il reste que, depuis quelques jours, les déclarations de M. Charest laissent croire qu’il souhaite tenir des élections au plus tôt. Lors d’une interview à RDI samedi, en direct de Paris, il n’avait pas écarté la possibilité d’un scrutin avant le prochain budget fédéral. Cela tranchait avec ce qu’il avait affirmé à la mi-janvier à la suite de son caucus préélectoral. D’une part, il avait certifié que le congrès du PLQ aurait lieu à la fin mars. D’autre part, il avait affirmé qu’il ne se présenterait devant l’électorat qu’avec un budget en bonne et due forme, déposé après le budget fédéral, dans lequel il compte obtenir un règlement — au moins partiel — du déséquilibre fiscal.

Samedi, après une semaine de sondages favorables et de crise au Parti québécois, il nuançait cependant: «J’ai toujours voulu qu’on ait une idée, au moins, de ce qui se passera du côté fédéral.» Et hier, le congrès était «reporté». Le premier ministre, qui est rentré hier de la capitale française où il avait participé à une conférence sur les changements climatiques organisée par le président Jacques Chirac, rencontrera les organisateurs libéraux aujourd’hui. La présidente de la campagne libérale, la ministre de la Culture Line Beauchamp, a pris la parole samedi devant 200 militants de la Commission jeunesse libérale et leur a dit que «le rendez-vous électoral se rapproche».

Un congrès du PLQ réunit habituellement environ 2000 personnes, soit 16 membres par association de circonscription (8 hommes et 8 femmes, dont un quota de jeunes). Les délégués pour le congrès prévu les 23, 24 et 25 mars au Centre des congrès de Québec avaient déjà été élus. La plupart d’entre eux seront au «conseil général élargi» du 17 février, a-t-on appris, qui se tiendra aussi au Centre des congrès de Québec et qui réunira donc le même nombre de militants qu’un congrès traditionnel. Le président de l’exécutif du PLQ, Marc-André Blanchard a expliqué au Devoir qu’une «résolution cadre» contenant les principales «orientations» du PLQ pour l’élection sera alors présentée aux militants. La plateforme électorale en bonne et due forme serait toutefois présentée dans les semaines qui suivraient. Au PLQ, les congrès se tiennent de manière irrégulière. Le dernier a eu lieu en 2004.

Plusieurs raisons amènent le chef libéral à vouloir hâter la tenue des élections. D’abord, les derniers sondages, dont le Léger-Marketing-Le Devoir (30 janvier), ont indiqué que les appuis au PLQ ont tendance à croître alors que ceux du PQ baissent. Aussi, la vigoureuse remontée de l’ADQ, surtout en région et dans la capitale, pousse le chef libéral à vouloir aller aux urnes au plus vite. Sur le plan de l’organisation électorale, le PLQ a aussi une longueur d’avance sur ses rivaux. L’annonce d’un scrutin le 26 mars obligerait le Parti québécois à précipiter des assemblées d’investiture un peu partout au Québec. Quelque cinquante candidats ont été désignés, un peu plus de 45 assemblées d’investiture sont prévues d’ici le 1er avril. Mais dans environ 30 autres circonscriptions, les organisations locales sont divisées. Or, il est moins difficile pour le chef péquiste que pour Jean Charest d’imposer ses choix de candidat. Enfin, avec des élections de fin d’hiver, il prendrait de vitesse le juge Bernard Grenier, qui est à terminer son rapport sur Option Canada. Le 23 janvier, le Directeur général des élections s’est engagé à publier dès qu’il le recevra — donc peut-être en campagne électorale — ce document qui pourrait faire du tort aux libéraux.

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3 commentaires
  • Rolande Alain - Inscrite 4 février 2007 23 h 46

    Elections hâtives....

    Il est probable que M. Charest voudra déclencher les élections avant le dépôt du rapport du DGE sur les magouilles des fédéralistes lors du dernier référendum. Ainsi il aura la voie libre pour faire sa campagne électorale contre le projet de souveraineté du PQ et cela sera le nerf de toute la campagne. Il répétera continuellement sa liste argumentaire contre la souveraineté, évitant ainsi de répondre aux questions soulevées par le PQ sur sa piètre performance depuis 2003.
    Gabriel Alain (gabymorne@gmail.com)

  • Jacques Nadeau - Inscrit 5 février 2007 12 h 35

    Elections trop hâtives

    Je me permets de jouer au pronostics et d'avancer les dates du 16 ou du 23 avril comme date idéal d'élection. Avril, c'est le printemps au Québec. Pâques est passé, les sucres sont finis et les champs ne sont pas encore prêt. Les snow-birds sont de retour et les gens sont optimistes. De plus, en mars il risque de passer pour un opportuniste.
    Habituellement, nous assistons a des annonces de retraites de certains vétérans. Il n'y a encore rien de cela.
    C'est mon idée.

  • renaud Ledoux - Inscrit 5 février 2007 22 h 31

    Au printemps de passé

    Charmant co-lecteur de l'actualité politique, il ne faut surtout pas oublier ce fameux printemps 2003 où ti-Jean fut élu par les québécois (14 avril 2003). Même si certains désiraient rester fort, le combat fut de taille, la hauteur incertaine, l'Homme servit par l'Histoire.

    La marche d'un peuple se fait difficilement et les élections doivent demeurer les balises de la médiocrité. Comment ne pas réagir devant toutes ses promesses qui font le seuil du sourire angélique de notre PM libéral...Il est grand temps que les élections viennent, mais à condition que les débats soient de taille, on ne parle plus de souveraineté, les syndicats se font oubliés, les étudiants encore sous le choc du 103 millions partiellement retrouvé mais grandit de l'expérience... Tant de forces en sommeil qui doivent se mobiliser en marge des élections et ce que l'on soit pour ou contre Charest.

    J'espère que nous aurons droit pour une fois à une réelle lutte démocratique non déterminée par un débat télévisée (Landry l'a payé cher), car quel coup fumant réserve Charest? ah oui, tient peut-être une histoire de drogue à venir....