L'ONU ferme la porte à un groupe québécois de défense des gais

Le Comité des organisations non gouvernementales des Nations unies a refusé la semaine dernière, par huit voix contre six, de recommander que la Coalition gaie et lesbienne du Québec (CGLQ) obtienne le statut d'observateur, en raison du vote défavorable de certains pays où l'homosexualité est toujours très mal perçue, voire criminalisée.

Même s'il ne fait pas partie de ce Comité, le Canada s'est dit consterné de constater que la demande de cette ONG était rejetée sans explication. «Nous estimons que la résolution 9631 de l'ECOSOC est très claire et qu'elle indique notamment que les ONG doivent représenter la diversité de la société civile. Elle a demandé au Comité de revenir sur sa position en ce qui concerne les ONG qui défendent une orientation sexuelle différente», a fait savoir Nell Stewart, membre de la mission canadienne, aux 19 pays membres de ce Comité, qui est en fait une section du Conseil économique et social de l'ONU.

Déplorant le résultat du vote, le porte-parole de la Coalition, Yvan Lapointe, a toutefois donné quelques exemples des commentaires qu'il a reçus de la part de délégués présents qui n'ont pas appuyé la recommandation. «Le délégué égyptien m'a dit que son pays n'avait pas de problème avec les gais parce qu'il n'y a pas de gais en Égypte, a-t-il expliqué au National Post. Un délégué de l'Angola a été surpris d'apprendre la position du Canada sur les questions de l'adoption pour les couples gais, mais aussi sur la lutte contre le VIH/sida et le droit au mariage pour les homosexuels», a-t-il ajouté. La Coalition gaie et lesbienne du Québec n'a pas répondu aux nombreux appels du Devoir, pas plus que le ministère des Affaires étrangères.

M. Lapointe a d'ailleurs rappelé que la CGLQ souhaitait, en obtenant un statut d'observateur, pouvoir aider les homosexuels qui vivent dans des pays où ils sont encore marginalisés et persécutés. La plupart des pays qui ont voté contre la demande de la Coalition font partie de cette longue liste. Ainsi, le Burundi, la Chine, l'Égypte, la Russie, la Guinée, le Pakistan, le Qatar et le Soudan se sont opposés à cette reconnaissance. La Colombie, les États-Unis, Israël, le Pérou, la Roumanie et le Royaume-Uni ont en revanche voté en sa faveur. Trois pays se sont abstenus.

Appui britannique

Avant le vote, le Royaume-Uni a soutenu la demande de la CGLQ, se disant convaincu que toute ONG qui était conforme aux critères établis par le Conseil économique et social de l'ONU était admissible pour le statut d'observateur. «On vient de recommander l'octroi du statut consultatif pour plus d'une centaine d'ONG, malgré les divergences de vues, a également souligné Tom Woodroffe, un représentant du Royaume-Uni. Jusqu'à présent, le Comité n'a rejeté que les demandes d'organisations qui menaient des activités terroristes

ou qui avaient des activités dirigées contre des gouvernements.»

Les délégués britanniques ont estimé que l'on ne pouvait invoquer aucune raison pour refuser le statut consultatif à cette ONG, au risque de commettre une discrimination. Après le vote, ils ont déploré ce refus, considérant que la confiance à l'égard du Comité était en conséquence altérée. Le Conseil économique et social, qui reçoit les recommandations, a lui-même déjà indiqué que les groupes de défense des droits des homosexuels devaient avoir le droit de prendre part à ses discussions. Le Conseil a pour mission de promouvoir les enjeux de développement et les enjeux culturels à l'échelle internationale.

En fait, sur les 140 demandes de statut d'observateur qui lui ont été présentées cette semaine par des ONG, le Comité des ONG a recommandé au Conseil économique et social d'en attribuer 92. Il a uniquement rejeté les demandes présentées par deux ONG, dont la Coalition gaie et lesbienne du Québec. Il a par ailleurs reporté un total 42 demandes. Il n'a jamais accordé de statut d'observateur à une organisation de défense des homosexuels.

La même journée où il rejetait la demande de la CGLQ, le comité onusien a recommandé d'accorder le statut d'observateur à l'American Conservative Union. Basée aux États-Unis, cette organisation «cherche à communiquer les objectifs et principes du conservatisme, en soutenant notamment le capitalisme et la doctrine des rédacteurs de la Constitution», selon les informations publiées par les Nations unies.

La CGLQ est déjà présente sur la scène internationale. Elle est membre de l'International Lesbian and Gay Association et d'Amnistie Internationale et est fondatrice de l'Espace francophone des gais et lesbiennes.

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4 commentaires
  • Benoît Foulon - Inscrit 5 février 2007 11 h 36

    Bien fait de la part de l'ONU!

    Pas d'autre commentaire

  • Bernard JIOTSOP - Inscrit 5 février 2007 13 h 44

    ma reaction

    Quoi de plus surprenant du comite des ONG de l'ONU? Au nom de la mondialisation,les occidentaux ne peuvent pas imposer aux autres peuples de la terre leurs perversions les plus sauvages.Comment comprendre que les hommes doivent se marier entre eux et les femmes entre elles? Le plus surprenant,c'est que ces hommes et ces femmes s'associent pour defendre leurs "droits",faire compagnonage ensemble sauf l'essentiel de ce que homme et femme peuvent faire ensemble:l'amour.C'est bien bizarre.Une seule remarque:La plupart des pays qui se sont opposes a l'appui de la revendication des gais et lesbiennes du Quebec sont non occidentaux ou du sud...

  • Stéphane Laporte - Abonné 5 février 2007 18 h 06

    bizzard

    Pourquoi les deux seuls commentaires en réaction à cet article sont-ils homophobes? Est-ce que derrière cette homophobie se cacheraient des homosexuels refoulés? Que ce soit le cas ou non, il est clair qu'il y a encore beaucoup de travail d'éducation à faire.

  • Philippe Champagne - Inscrit 6 février 2007 01 h 38

    DOMMAGE!

    Lorsque je lis des réactions comme celles majoritairement en faveur de la décision de l'Organisation des nations unies de ne pas donner le statut d'observateur à la Coalition gaie et lesbienne du Québec (CGLQ)ci-après, je ne peux m'empêcher de pousser un vaste soupir de découragement.

    Ces étroits d'esprit qui argumentent après moi contre un statut d'observateur à la Coalition, ne voient guère plus loin que le bout de leur clavier.

    Ce sont ces mêmes enfoirés qui reprochent à André Boisclair de postuler le poste de premier ministre alors que même le chef d'opposition tory britannique est gay.

    Quel monde d'échevelés que celui de ces plébéiens issus du Québec profond.

    Et je ne serais pas surpris d'y retrouver un paquet de fédérastes qui refusent de s'assumer comme individus du grand tout québécois.

    ÉTROITESSE

    L'étroitesse nous plonge dans une somnolence permanente. C. Wilson

    Honte sur vous corbeaux et grenouilles de bénitier...Vous faites pitié...Quand on pense que même le Christ se tenait avec des prostitués et des gens de mauvaise vie, je ne peux que leur asséner le coup de fouet évangélique:

    Matthieu 21:31 ...les prostituées vous devancent dans le royaume de Dieu.

    Quant à l'ONU, ils ne font que renforcer le scepticisme de plusieurs à leur sujet. Il suffit de leur rappeler leur propre Déclaration universelle des droits de l'homme:

    Article 7

    Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination.

    L'homme apprend peu de ses erreurs, même quand il se coiffe bêtement d'un chapeau planétaire sans s'être plié auparavant au choix des démocraties qui les dépêchent.

    Je pense que finalement, même si on accuse un réchauffement climatique mondial, il serait plus prudent de constater plutôt le refroidissement.