Conférence de Paris sur l'environnement - Jean Charest veut une ONU verte

Reçu à l’Élysée au début du week-end par le président français Jacques Chirac, le premier ministre Jean Charest a été un des rares chefs de gouvernement à participer à la Conférence sur l’environnement convoquée par M. Chirac.
Photo: Agence Reuters Reçu à l’Élysée au début du week-end par le président français Jacques Chirac, le premier ministre Jean Charest a été un des rares chefs de gouvernement à participer à la Conférence sur l’environnement convoquée par M. Chirac.

Paris — Refusant de commenter les rumeurs d'élections au Québec en mars, Jean Charest a quitté Paris hier en appuyant officiellement la création d'une ONU de l'environnement. Le premier ministre était l'un des rares chefs de gouvernements, avec celui du Gabon, à participer à la Conférence de Paris convoquée à l'initiative du président Jacques Chirac et qui réunissait surtout des spécialistes et des représentants d'ONG.

La conférence s'est achevée par un appel du président français soutenu par une quarantaine de pays. Tout en soulignant que l'humanité était parvenue «au seuil de l'irréversible», le président Jacques Chirac a appelé à transformer l'actuel Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) en une véritable Organisation des Nations unies pour l'environnement (ONUE) capable de donner un poids politique à l'action de la communauté internationale dans ce domaine.

Cette idée, déjà avancée en 1992, au sommet de Rio, permettrait, selon ses défenseurs, de mettre de l'ordre dans les quelque 500 accords multilatéraux et les 18 organisations et institutions financières internationales compétentes en la matière. Cette prolifération, disent-ils, nuit à l'efficacité et à la cohérence de l'action en faveur de l'environnement.

Certes, l'ONU a déjà le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), créé en 1978. Mais son budget est alimenté par des contributions volontaires. «Le PNUE ne dispose pas d'un pouvoir et d'un poids institutionnel suffisants», a déclaré Jacques Chirac qui a déjà rallié une quarantaine de pays autour de son projet, un des derniers de sa présidence. Parmi les opposants, on compte cependant des poids lourds comme les États-Unis, la Chine, le Brésil, la Russie et même la Grande-Bretagne

«Le Québec appuie l'appel formulé par le président Jacques Chirac à la suite de la conférence de Paris, a déclaré Jean Charest. Nous croyons également qu'il faut aller vers de nouvelles institutions sur le plan de la gouvernance. [...] de toute évidence, après 20 ans d'accords, de création d'institutions, il faut aller vers des institutions qui ont davantage de cohérence, de poids politique et de ressources financières.»

Aller de l'avant

Jean Charest a indiqué que le Québec, sinon lui-même, participerait à la prochaine réunion sur le même sujet qui se tiendra au Maroc. Les ministres français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, et de l'Environnement, Nelly Olin, ont en effet confirmé la création d'un Groupe des amis de l'ONUE.

Alors que le ministre canadien de l'Environnement, John Baird, qui participait à la conférence, s'est fait très discret, refusant de se prononcer en faveur d'un tel organisme, Jean Charest estime que le moment est venu d'aller de l'avant. Les conditions n'ont jamais été aussi bonnes pour faire avancer un tel projet, dit-il. «On assiste à une évolution fulgurante des opinions. Les rapports scientifiques ont fait avancer les choses, la réalité aussi. [...] On assiste à une accumulation des faits qui vont tous dans la même direction.»

Le premier ministre ne désespère pas non plus de voir les États-Unis changer d'opinion. «Ce qui se passe aux États-Unis me fait penser à ce que l'on a vécu dans le dossier des pluies acides, le SO2. C'est à peu près la même dynamique, un refus au départ de reconnaître le problème, une affirmation de la science et ensuite la reconnaissance de l'enjeu du problème et puis une volonté d'agir. [...] Je vois dans la campagne présidentielle des occasions pour faire avancer le dossier.»

Mais de nombreux observateurs estiment que cette nouvelle structure ne ferait qu'ajouter à la bureaucratie onusienne déjà importante. La «plupart des ONG estiment qu'une ONUE permettrait d'avoir plus de moyens et une autorité reconnue au service de l'environnement. Mais elles craignent l'inefficacité des Nations unies», a déclaré au quotidien Libération Sébastien Moncorps, du comité français de l'Union internationale de conservation de la nature (UICN).

Ces arguments ne font pas reculer le premier ministre. Selon lui, la nouvelle organisation n'ajoutera pas nécessairement à la lourdeur et à la bureaucratie onusiennes. «Les ingrédients pour permettre à cette nouvelle organisation de réussir sont: d'abord, une volonté politique de haut niveau, mais, ensuite, aussi une participation des États fédérés et des municipalités.»

Jean Charest se croit déjà en mesure de convaincre le gouvernement du Canada de lui réserver une place dans une éventuelle délégation canadienne à un tel organisme. Cela, dit-il, se réglera «à l'interne avec le gouvernement du Canada» comme dans le cas de l'UNESCO. Le silence du Canada à propos de l'ONUE ne le surprend pas outre mesure, car, dit-il, ces questions doivent être discutées au Canada. «Je vais les laisser s'expliquer eux-mêmes.»

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Correspondant du Devoir à Paris

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1 commentaire
  • Fernand Trudel - Inscrit 5 février 2007 10 h 44

    Quand tous les gouvernements du monde

    On a de la misère a faire dire la même chose au premier ministre provincial avec le premier ministre fédéral, imaginez 250 chefs d'état. J'ai hâte de voir cette symphonie sans fausse note.

    L'ONU a toujours rêvé d'être le gouvernement mondial. Est-ce que ces chefs d'état peuvent y transférer une partie de leur pouvoir dans la lutte au réchauffement ? Je suis toujours sceptique...

    Quand à Al Gore, c'est un tremplin dont il va se servir pour mousser sa campagne à la présidence des états unis.

    Moi je crois en une action concertée où chacun dira à l'autre comment il va nettoyer son perron et se fixera des délais pour l'atteindre. Le GIEC compilera les résultats.