Consensus environnemental à Paris - Québec et Ottawa d'accord sur le constat...

Paris — Paris avait été repeint en vert. De chaque côté de la Seine, pas moins de deux conférences internationales accueillaient des délégués du monde entier pour dresser le bilan des dégradations de la planète. Mais, derrière le consensus sur la gravité du réchauffement planétaire, tous les gouvernements ne s'entendaient pas sur les moyens à prendre pour le ralentir.

Dans l'après-midi, le quatrième rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) est tombé comme un pavé dans la mare. «Tout converge pour montrer la part essentielle de l'homme dans le réchauffement du climat», a déclaré la présidente du groupe de travail scientifique, Susan Solomon.

Devant ce constat, le nouveau ministre canadien de l'Environnement, John Baird, a estimé que «désormais nous devons accepter ce que disent les experts». Selon le ministre, le rapport déposé hier à Paris par des scientifiques venus du monde entier fait autorité et ses conclusions ne peuvent plus être contestées. Avec l'enthousiasme d'un converti de fraîche date, le ministre dit avoir été frappé par deux conclusions. D'abord, dit-il, les scientifiques n'ont plus aucun doute sur le réchauffement planétaire. Ensuite, ils sont maintenant convaincus que ce réchauffement est dû à des causes humaines.

En entrevue à Radio-Canada, il a même avoué ainsi son étonnement: «Que la cause [du réchauffement] soit l'activité humaine, ça, c'est une surprise pour moi.»

«Les scientifiques ont fait leur travail, a-t-il poursuivi en conférence de presse. C'est maintenant aux gouvernements de prendre leurs responsabilités et aux Canadiens de consentir les efforts nécessaires.» Il ne saurait cependant être question d'imposer de nouvelles taxes sur les carburants, dit-il. Selon lui, la réduction des gaz à effet de serre doit principalement passer par une réglementation industrielle stricte. «Notre stratégie, c'est de réglementer l'industrie, pas d'imposer des taxes.»

Le ministre refuse de fixer des objectifs nationaux en cette matière. «Il y aura, dit-il, des objectifs par secteur industriel.» Objectifs qu'il entend d'ailleurs faire connaître d'ici quelques semaines. Mais pas question de reprendre les objectifs du protocole de Kyoto. «Avec Kyoto, nous sommes allés dans la mauvaise direction, dit-il, et nous avons perdu dix ans.»

D'Ottawa, le premier ministre Stephen Harper a répété que le protocole de Kyoto sur les changements climatiques était irréaliste et que le Canada préférait se fixer des objectifs réalistes. Il faut, a-t-il déclaré, créer un plan à long terme pour contrôler les émissions de gaz à effet de serre, tout en tenant compte du développement économique.

De l'autre côté de la Seine, le premier ministre québécois, Jean Charest, faisait les mêmes constats, mais il ne préconisait pas les mêmes solutions. Le rapport «confirme nos appréhensions, dit-il. Et pour le Québec et les zones nordiques en particulier, c'est très inquiétant». Selon lui, il y a maintenant davantage de certitudes sur le plan scientifique.

«Pour le Québec, les effets vont se faire sentir assez rapidement. Le rapport nous laisse entendre que, dans 100 ans, on pourrait voir dans l'Arctique québécois un réchauffement de dix degrés. [...] Cela veut dire une fonte du pergélisol, des hivers beaucoup plus courts, davantage de canicules.» Selon le premier ministre, ce réchauffement pourrait notamment faire augmenter la demande d'énergie pendant l'été (pour la climatisation) et réduire les ventes d'électricité québécoise aux États-Unis pendant cette période.

Selon Jean Charest, la réglementation industrielle proposée par le ministre fédéral John Baird ne suffit pas. Deux mesures s'imposent de toute urgence. «Le Québec a créé la première redevance sur le carbone en Amérique du Nord. On est un des premiers gouvernements à faire une redevance sur le carbone. C'est une mesure incontournable si on veut vraiment s'attaquer aux énergies fossiles.» La seconde mesure consiste à créer un marché du carbone «pour mettre en place un instrument efficace et souple qui permette de réduire les gaz à effets de serre». Le Québec, dit le premier ministre, serait prêt à recevoir ce marché du carbone.

De Montréal, le député du Bloc québécois Bernard Bigras estime que «tout plan sur les changements climatiques n'intégrant pas les objectifs de Kyoto sera considéré par le Bloc québécois comme une réponse inadéquate au quatrième rapport du GIEC sur les changements climatiques».

Jean Charest participait hier à une seconde conférence organisée par le président Jacques Chirac afin de susciter la création d'un nouvel organisme de l'ONU chargé de l'environnement. L'événement, organisé en marge de la conférence de l'IPCC, réunissait environ 200 scientifiques et responsables politiques venus d'une cinquantaine de pays, dont quelques rares chefs de gouvernement.

Jean Charest croit que le moment est venu de créer un tel organisme. Pour ne pas créer une nouvelle bureaucratie, cette institution devrait, dit-il, mettre à contribution «tous les niveaux de gouvernement», c'est-à-dire les pays, les provinces et les municipalités.

Dans la matinée, Jean Charest s'est entretenu avec le président Jacques Chirac. Celui-ci l'a encouragé à défendre son projet de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada. Jean Charest souhaite en particulier que le sujet soit mis à l'ordre du jour du prochain sommet Canada-Europe qui se tiendra le 6 juin. «M. Chirac m'a encouragé à poursuivre le travail.»

Plus tôt, le premier ministre avait abordé la question avec le principal candidat de la droite à l'élection présidentielle française, Nicolas Sarkozy, lors d'un déjeuner auquel participaient aussi les anciens premiers ministres français Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin. Interrogé sur le refus de la candidate socialiste, Ségolène Royal, de le rencontrer, Jean Charest a déclaré que l'incident était clos. La semaine dernière, la candidate avait reçu le chef de l'opposition André Boisclair, devant qui elle n'avait pas caché ses sympathies souverainistes. «Ma position sur la campagne présidentielle française, dit Jean Charest, c'est la non-ingérence et la non-indifférence.»

Correspondant du Devoir
4 commentaires
  • Fernand Trudel - Inscrit 3 février 2007 10 h 17

    Devons-nous nous excuser d'être là ?

    D'abord le rapport est en construction et les conclusions sont connues avant que les scientifiques aient eu le temps de s'asseoir ensemble pour se concerter. Les vrais études dont les conclusions sont connues avant ne seront disponibles qu'à l'automne et c'est là que l'analyse pourra nous indiquer quelle distorsion on a du faire pour arriver aux conclusions.

    Déjà un groupe sur les océans se fait tirer l'oreille pour changer leurs conclusions. Combien d'autres devront se prostituer intellectuellement pour donner raison aux mandarins qui contrôlent le GIEC pour les politiciens.

    Dans les médias aujourd'hui on fait état de deux scénarios et on illustre avec des graphiques les résultats en 2099. C'est frappant mais ce sont les conditions essentielles entre les deux situations qui m'inquiètent.

    Le scénario optimiste est conditionné à une baisse de la population mondiale et à l'utilisation de l'énergie propre.

    Le second plus catastrophique laisse l'augmentation de la population continuer de croître et ralenti la mise place des mesures appliquant les progrès technologiques utilisant de l'énergie propre.

    Quoi conclure de cette démonstration du GIEC ? Que nous devons nous excuser d'être vivant? Que la longévité accrue due aux progrès de la médecine nuit à la planète? Que nous devrions diminuer les naissances et valoriser l'euthanasie et la mort assistée ? Vraiment ca me fait frissonner de peur...

  • Fernand Trudel - Inscrit 3 février 2007 11 h 23

    Le concensus du GIEC: un mythe...

    Le Résumé pour décideurs est un texte politique. La démission de Richard Lindzen ou la mise en valeur infondée de la courbe en crosse de Hockey (dans le troisième rapport 2001) ont montré par le passé que ce Résumé déforme parfois le contenu réel de la partie scientifique. Or, si celle-ci n'est pas en ligne, les lecteurs ne peuvent comparer et doivent "croire" le seul Résumé.

    Le concensus du GIEC est-il un mythe ? Il semble que oui selon une étude sur les articles contenant les mots « global climate change » réalisée par Le Dr Benny Peiser, de la Faculté des Sciences de l'Université de Liverpool . Voici ses principales conclusions : 1117 articles correspondent à recherche répartis en six catégories : acceptant explicitement ou implicitement le consensus ; évaluation des impacts ; réductions ; propositions ; paléoclimat ; rejet du consensus.

    - 322 (29%) acceptent implicitement le "consensus" ;
    - 89 se concentrent sur les solutions ;
    - 67 s'intéressent aux aspects méthodologiques ;
    - 87 analysent les données paléoclimatiques sans référence au climat récent ;
    - 470 (42 %) ne font aucune allusion à des forçages anthropiques du climat ;
    - 44 se concentrent sur les forçages naturels du climat :
    - 34 émettent des doutes sur le fait que les activités humaines sont le principal facteur de modification du climat au cours des dernières décennies.

    Moins d'un tiers des papiers (424) entre dans les trois premières catégories.

    Quant à l'affirmation selon laquelle « aucun ne rejette le consensus », voici trois contre-exemples issus de la même base de données :

    Ad Hoc Committee on Global Climate Issues: Annual report
    Gerhard LC, Hanson BM

    «The earth's climate is constantly changing owing to natural variability in earth processes. Natural climate variability over recent geological time is greater than reasonable estimates of potential human-induced greenhouse gas changes. Because no tool is available to test the supposition of human-induced climate change and the range of natural variability is so great, there is no discernible human influence on global climate at this time.»


    The evolution of an energy contrarian
    Linden HR
    Annual Review of Energy and the Environment

    «Today, proponents of catastrophic anthropogenic climate change, again claiming scientific consensus, threaten to create even greater energy market distortions at large social and economic costs. The author traces his conversion to energy contrarian to the general failure of consensus and to his own misjudgments in these critical policy areas.»

    Review and Impacts of Climate-change Uncertainties
    Fernau ME, Makofske WJ, South DW

    «This article examines the status of the scientific uncertainties in predicting and verifying global climate change that hinder aggressive policy making. More and better measurements and statistical techniques are needed to detect and confirm the existence of greenhouse-gas-induced climate change, which currently cannot be distinguished from natural climate variability in the historical record. »


    Ces revues ne sont bien sûr pas aussi prestigieuses que les « locomotives » du débat climatique. Mais voici encore un autre exemple, extrait cette fois de Nature.

    Ce papier (publié dans la période concernée) ne rejette pas directement le consensus. Mais il propose un modèle climatique interprétant les évolutions récentes de l'Hémisphère Nord et montrant que le forçage anthropique (les émissions humaines de gaz à effet de serre) n'est pas nécessaire pour expliquer les tendances observées. Il n'est sans doute pas compté comme "hostile au consensus", mais il permet à l'évidence de douter du rôle primordial (et même du rôle tout court) de l'homme dans l'évolution récente du climat.

    Signature of recent climate change in frequencies of natural atmospheric circulation regimes
    S. CORTI, F. MOLTENI et T. N. PALMER

    «Here we use atmospheric circulation data from the Northern Hemisphere to show that recent climate change can be interpreted in terms of changes in the frequency of occurrence of natural atmospheric circulation regimes. We conclude that recent Northern Hemisphere warming may be more directly related to the thermal structure of these circulation regimes than to any anthropogenic forcing pattern itself.»

    Enfin, des démissions significatives.

    Le 17 janvier 2005, Chris Lansea a fait savoir par une lettre ouverte à la communauté scientifique qu'il renonce à participer aux travaux du futur 4e rapport du GIEC (2007). Ce spécialiste international des cyclones avait participé aux 2e et 3e rapport du GIEC. Voici un extrait :

    «Je ne peux personnellement et en toute bonne foi continuer à contribuer à un processus dont je considère qu'il est motivé par des objectifs préconçus et qu'il est scientifiquement non fondé.»

    Or, il a constaté que le futur auteur principal du chapitre concerné (Kevin Trenberth) s'est répandu dans la presse dès 2004 sur le lien probable existant entre le réchauffement du climat et la gravité des cyclones. Outre le devoir de réserve qui s'imposait à Trenberth, il se trouve que cette assertion est contredite par les faits et que la majorité des experts en ce domaine considère comme très improbable un effet significatif de la température sur la fréquence ou l'intensité des cyclones.

    Le cas Landsea n'est pas isolé. Richard Lidzen, titulaire de la chaire Alfred P. Sloan de météorologie au MIT, a démissionné avec fracas après la publication du troisième rapport de GIEC auquel il avait pourtant collaboré. "Le processus engagé par le GIEC relève de la politique et non pas de la science" a notamment déclaré le chercheur. Motif initial de sa colère : la manière dont le GIEC a résumé le chapitre 7 (où il collaborait) consacré aux processus physiques du climat et à leur modélisation - les fameux modèles qui permettent d'anticiper des hausses et d'en alerter les décideurs. Dans son contenu réel, le chapitre montre l'extrême pauvreté des modèles en ce qui concerne (entre autres) la prise en compte de la vapeur d'eau et des nuages. C'est un peu gênant car la vapeur d'eau est, de très loin, le principal gaz à effet de serre de la planète (au moins 60% de l'effet). Or, cet aveu objectif de grande incertitude est devenu dans le résumé pour les décideurs : "Les connaissances relatives à l'évolution du climat et leur incorporation dans les modèles climatiques se sont améliorées, notamment en ce qui concerne la vapeur d'eau, la dynamique des glaces de mer et le transport thermique océanique".

    La critique de Lindzen ne s'arrête pas là. "Le problème le plus épineux [dans le rapport du GIEC] est qu'il est présenté comme un consensus impliquant des centaines, peut-être des milliers de scientifiques... mais aucun d'entre eux ne s'est vu demander s'il acceptait quoi que ce soit dans l'ensemble du rapport, hormis deux ou trois pages sur lesquelles il travaillait". Lindzen n'est pas tendre pour l'esprit "moutonnier" qui préside à la fabrication du consensus : "quand des fonctionnaires chargés des relevés météo en Nouvelle-Zélande ou en Tanzanie se voient désignés comme 'des scientifiques du climat de renommée internationale', il n'est pas étonnant qu'ils en viennent à soutenir le processus".

    Troisième exemple : John Christy, l'un des rares experts internationaux dans l'interprétation des données satellitaires relatives au climat, responsable de la plus ancienne base de données en ce domaine (Université de l'Alabama, Huntsville). Christy n'a pas démissionné, contrairement à ses collègues, et s'est même dit favorablement impressionné par le sérieux du travail effectué dans son chapitre. Mais ses réserves sont bien réelles. Lui aussi a été irrité par le fameux « Résumé à l'intention des décideurs » - il est vrai le texte le plus important, puisque la totalité du rapport ne sera lu que par les experts eux-mêmes ou les rares passionnés du sujet.
    "Pourquoi, par exemple, une page entière est-elle consacrée à des graphiques d'évolution des températures de surface montrant un réchauffement considérable, avec une demi page supplémentaire de commentaires, alors que les changements dans l'ensemble de l'atmosphère, autrement plus important pour la physique des gaz à effet de serre, n'occupe que sept phrases ?" Ce choix n'est évidemment pas neutre et c'est l'un des nombreux "détails" qui font douter de l'objectivité du résumé.

    Trois auteurs du GIEC, trois chercheurs réputés, trois spécialités différentes, un seul et même constat : les travaux du GIEC sont orientés par des préjugés et leur formulation laisse à désirer, surtout en ce qui concerne les résumés destinés aux décideurs et aux relais d'opinion. Conclusion : le « consensus des experts » est une légende. Et fort heureusement pour la science, qui a besoin du dissensus, de la critique et de l'objection pour progresser !

    Références : Michaels P.J. (ed.) (2005), Shattered Consensus. The True State of Global Warming, Rowman & Littlefield, lanham.

  • Line Gingras - Abonnée 3 février 2007 15 h 50

    Plaisantin ou incompétent?

    Monsieur John Baird vient de voir la lumière. Ou bien il plaisante, ou bien nous avons tout lieu de nous interroger sur sa capacité de diriger le ministère de l'Environnement.
    http://chouxdesiam.hautetfort.com

  • Fernand Trudel - Inscrit 4 février 2007 14 h 03

    Harper agi, Dion monologue...

    Qui a dit que ce gouvernement fait rien ou qu'il est incompétent ou que ce sont des plaisantins ? Stéphane Dion, son ami et conseiller Steven "Greenpeace" Guilbault et Line Gingras ? Nous ne sommes pas dupes de ce réchauffement médiatique...

    Alors comment se fait t'il que le pire désastre écologique dans l'est du Canada a subit de nombreuses analyses, de rapports et de comités depuis 1977 sans qu'aucune action concrète soit prise au point où l'usine de Sydney Steel a passé au feu en 1994 créant un autre désastre pire que celui de St-Basile au Québec. Où était ce cher Stéphane Dion tout ce temps ??? Lui qui se préoccupe au plus haut point de l'environnement.

    Le gouvernement Harper, en moins d'un an, a agi et fait plus que Dion, ses libéraux et leurs amis écolos en 20 ans.

    Ainsi le 28 janvier dernier, Michael M Fortier, ministre de Travaux publics et des Services gouvernementaux Canada déclarait : «C'est une journée mémorable pour la population de Sydney. Notre entente, qui consiste à entreprendre le nettoyage de ces sites contaminés, démontre une fois de plus l'engagement du nouveau gouvernement du Canada à prendre des mesures concrètes et mesurables dans le domaine de l'environnement ».

    Il était venu annoncer que le nouveau gouvernement du Canada et la Nouvelle-Écosse investissent 400 millions de dollars pour le nettoyage des étangs bitumineux et des sites des fours à coke de Sydney. En 1999, le fédéral avait annoncé des travaux de 37,6 millions qui ne se sont pas matérialisés et aujourd'hui la dégradation du site oblige 10 fois plus d'investissement public. Naturellement, faisant semblant d'ignorer cette importante nouvelle, messieurs Dion et Guilbault n'en ont soufflé mot.

    Alors qui n'agi pas et qui est le véritable plaisantin...

    Au fait, Steven Guilbault va t'il voter Bloc, Libéral ou Parti Vert aux prochaines élections fédérales car ils sont tous conseillés par lui ???