Paris - Ségolène Royal boude Jean Charest

Paris — De passage à Paris pour une conférence sur l'environnement, le premier ministre Jean Charest en profitera pour déjeuner ce matin avec le principal candidat de la droite à l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy. Toutefois, contrairement à André Boisclair, qui avait décroché la semaine dernière des entretiens avec les deux principaux prétendants à la présidence, le premier ministre a essuyé un refus de la candidate socialiste. Au bureau de Ségolène Royal, on a prétexté un «déplacement» rendant impossible de trouver un moment propice durant les trois jours que Jean Charest passera à Paris. La candidate était à Grenoble hier soir et n'a pas annoncé de déplacement à l'étranger.

«Malheureusement, les horaires ne coïncidaient pas. Il y aura d'autres occasions sans doute pour nous de se rencontrer», a déclaré le premier ministre. Jean Charest ne rencontrera pas non plus son homologue Dominique de Villepin, auprès de qui il dit ne pas avoir sollicité de rendez-vous, mais il s'entretiendra ce matin en tête-à-tête avec le président Jacques Chirac.

La semaine dernière, la candidate socialiste avait provoqué la colère de Stephen Harper et de Stéphane Dion en évoquant les «valeurs qui nous sont communes, c'est-à-dire la souveraineté et la liberté du Québec». De Davos, en Suisse, Jean Charest avait emboîté le pas à ses collègues fédéraux et reproché à Ségolène Royal «de tenter d'influencer les Québécois». Le premier ministre ne voit pas de lien entre ces événements et la réponse de la candidate à ses demandes d'entretien.

Lors du déjeuner avec Nicolas Sarkozy, les anciens premiers ministres Jean-Pierre Raffarin et Alain Juppé se joindront à eux. Le premier est le commissaire français des fêtes du 400e anniversaire de Québec alors que le second copréside la Conférence pour une gouvernance écologique mondiale, à laquelle Jean Charest participe jusqu'à demain.

Initiative personnelle du président Jacques Chirac, cette conférence rassemble sur une base informelle des responsables politiques et d'organisations non gouvernementales d'une soixantaine de pays. La rencontre vise à promouvoir la création d'un organisme de l'ONU qui serait à l'environnement ce que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) est à la santé.

Le premier ministre du Québec et le président de la France avaient déjà discuté de cette question en 2003 lorsque Jacques Chirac avait passé des vacances au Québec. Jean Charest juge que l'atmosphère n'a jamais été si propice à des progrès. «On sent que ça bouge», a-t-il dit, même à Washington et à Ottawa, qui viennent tous deux d'amorcer un virage vert. «Ce que je sens, c'est que c'est beaucoup poussé par l'opinion publique. [...] L'enjeu n'est plus de savoir s'il y a un réchauffement climatique mais ce que nous devons faire.»

Deux ateliers

Jean Charest interviendra à deux ateliers. Le ministre canadien de l'Environnement, John Baird, participe aussi à l'événement. Jean Charest dit avoir prévu une discussion avec son homologue afin d'échanger des informations. «On se coordonne sans pour autant demander de permission. On n'est pas dans ce monde-là.» Le premier ministre compte notamment faire valoir l'exemple de la concertation environnementale qu'entretient le Québec avec les six États américains et les quatre provinces canadiennes de l'est de l'Amérique du Nord.

Jean Charest juge positif le virage environnemental qui s'amorce à Ottawa. Mais il estime néanmoins que si le gouvernement canadien veut appliquer les traités environnementaux, «il devra trouver une façon que nous soyons d'une façon ou d'une autre à la table».

Hier, Jean Charest a rencontré Laurence Pariseau, présidente du MEDEF, équivalent français du Conseil du patronat. Comme il le fera lors d'un tête-à-tête avec Jacques Chirac aujourd'hui, il s'est entretenu avec elle du projet de création d'une zone de libre-échange transatlantique entre l'Union européenne et le Canada.

«Stratégiquement, ce serait une très belle occasion pour l'Union européenne de se faire une tête de pont sur les Amériques et en particulier pour la France», a dit Jean Charest. L'entente pourrait tout particulièrement porter sur des domaines comme la mobilité de la main-d'oeuvre et la coopération scientifique et technique, qui relèvent des provinces. Jusqu'ici, les responsables français se sont cependant montrés très peu enthousiastes devant ce projet depuis longtemps défendu par Jean Chrétien.

Jean Charest n'a pas voulu commenter la grogne qui se manifeste au Parti québécois à l'endroit d'André Boisclair. «On va laisser le soin aux gens du Parti québécois de faire leurs débats.» Il a cependant dit se réjouir du succès du récent voyage du chef péquiste à Paris. «C'était très important à mes yeux que M. Boisclair puisse avoir une visite qui était au plus haut niveau», a-t-il dit. Le premier ministre avait d'ailleurs donné des indications en ce sens à la délégation générale. «Quand on est à l'extérieur du Québec, on laisse tomber les considérations partisanes.»
1 commentaire
  • Catherine Paquet - Abonnée 2 février 2007 00 h 58

    Qui boude qui ?

    Et si c'était M. Charest qui boude Ségolène Royal ? Il me semble que si on ne détient pas d'information venant directement de Mme Royal ou de son entourage proche, il aurait mieux valu écrire: Ségolène Royal boude-t-elle Jean Charest?

    Georges Paquet

    georgespaquet@sympatico.ca