Aires protégées : Québec songe à passer outre aux normes internationales

Le ministre du Développement durable, Claude Béchard
Photo: Jacques Nadeau Le ministre du Développement durable, Claude Béchard

Québec — Ce n'est pas demain la veille que le Québec pourra se vanter d'avoir bâti un réseau d'aires protégées d'une superficie correspondant aux normes internationales.

Le gouvernement Charest, pourtant prompt à se positionner sur la scène internationale en leader en matière d'environnement, n'a pas été capable jusqu'à maintenant de respecter ses engagements en ce domaine, et ce, même s'ils sont loin d'égaler les normes mondiales.

La Presse canadienne a appris que le ministre du Développement durable, Claude Béchard, songeait même à renoncer à l'engagement qu'il avait pris de redéfinir — pour le rendre conforme aux normes internationales — le concept d'aire protégée.

S'il va dans ce sens, et il doit trancher la question au cours des prochaines semaines, le Québec s'éloignerait encore plus de son objectif d'exclure de toute activité industrielle au moins 8 % de son territoire, d'ici la fin du présent mandat.

La définition actuellement en vigueur au Québec, floue à souhait, permet au gouvernement d'inclure dans son calcul des territoires qui, normalement, ne devraient pas y figurer, si l'on s'aligne sur ce qui se fait ailleurs.

Ainsi, le Québec se retrouve dans une situation un peu loufoque où le gouvernement prétend protéger 5,8 % de son territoire, tandis que les groupes écologistes rabaissent sa performance à 3,4 %, en se fondant sur la définition prônée par l'Union mondiale pour la nature (UICN).

Engagement ferme

Le 12 avril dernier, le ministre Béchard avait pourtant pris un engagement ferme: dans les prochains mois, le Québec publierait son registre des aires protégées, qui afficherait une toute nouvelle définition, plus restrictive, du concept, conformément aux attentes des groupes écologistes qui s'alignent sur l'UICN.

Mais le gouvernement est piégé: s'il resserre la définition, atteindre l'objectif du 8 % serait pratiquement impossible d'ici à la fin du mandat, soit selon toute vraisemblance dans quelques mois à peine.

Qui plus est, le statut de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres carrés de forêts supplémentaires serait en jeu, source d'inquiétude pour l'industrie forestière dans plusieurs régions.

Si, au contraire, il rompt sa promesse, il risquerait de perdre la face auprès des écologistes et sur la scène internationale, et le Québec y perdrait en crédibilité en affichant des pourcentages basés sur de fausses prémisses.

Interrogé à ce propos au cours des derniers jours, le ministre se dit plongé dans un dilemme et convient que le temps est venu d'afficher ses couleurs. Mais son idée n'est pas encore faite.

«Il y a deux courants de pensée, et il faut vraiment trancher entre les deux. Il va falloir que je me décide», admet-il, en entrevue.

Chose certaine, au cours des prochaines semaines, le ministre Béchard annoncera de quel côté il penche, tout en créant un certain nombre d'aires protégées, la plupart en forêt boréale.

Le Québec y gagnerait environ 1 % de territoires protégés supplémentaires, selon ce que l'on a appris, mais l'on sera toujours loin du compte, à l'approche de l'échéance électorale. «Quand on a pris l'engagement de se rendre à 8 % avant la fin du mandat, c'était 8 % selon l'ancienne définition», explique le ministre Béchard, disant chercher à s'entendre avec les groupes écologistes sur une définition commune.

Le message qu'il leur envoie est le suivant: «vous ne pouvez pas me demander d'adopter une définition qui ferait en sorte qu'on défend 3,4 % demain matin, au lieu de 5,8 %, puis là me dire que je dois maintenir mon engagement de 8 % pareil d'ici la fin du mandat. Ça ne marche pas», plaide le ministre.

Donc, s'il ne réussit pas prochainement à convaincre les groupes d'accepter que Québec renonce à atteindre un «vrai» 8 % à court terme, «on va garder la même définition», prévient-il.

Le Québec traîne les pieds

S'il est un domaine où le Québec traîne les pieds, c'est bien celui-là. Car ce n'est pas 8 %, mais bien 12 % du territoire qui est considéré le seuil minimal à atteindre, selon la Commission mondiale sur l'environnement et le développement.

Au Canada, le Québec fait figure de parent pauvre. L'Ontario a déjà protégé 9 % de son territoire, tandis que la Colombie-Britannique et l'Alberta dépassent les 12 %. Dans l'ensemble, le Canada se situe à 10 %.

Il y a deux ans, dans son rapport, la commission Coulombe avait grondé le gouvernement Charest et lui avait demandé de protéger 8 % de son territoire en 2006 et 12 % de son territoire situé en forêt boréale d'ici 2010.

Concrètement, la différence de perception quant au pourcentage de territoire protégé tient à savoir s'il faut inclure ou non dans le calcul deux territoires: l'île d'Anticosti — où l'on effectue de la coupe forestière — et le Grand-Nord, où on trouve les territoires de mise bas du caribou.