Pas de hausses de taxes mais des tarifs augmentés

Le chef de l’Action démocratique du Québec, Mario Dumont.
Photo: Jacques Nadeau Le chef de l’Action démocratique du Québec, Mario Dumont.

Québec — Si l'Action démocratique du Québec (ADQ) remporte la victoire aux prochaines élections, les contribuables n'auront pas à subir des hausses de taxes et d'impôts. Mais ils devront s'habituer à des augmentations régulières des tarifs et se préparer au dégel des droits de scolarité.

Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, accompagné de la recrue adéquiste Gilles Taillon, ont dévoilé hier le programme électoral du parti intitulé «Une vision. Un plan. Une parole. Un plan A pour le Québec». Cette plate-forme qui tient en 27 pages ne comprend pas de cadre financier et ne s'arrête pas aux détails. «Ce programme-là, c'est le "quoi", c'est ce que l'ADQ a l'intention de faire», a précisé M. Dumont. «On va avoir l'occasion de revenir et de préciser le "comment" et le "combien".»

Que ce soit en santé ou en matière de finances publiques, le programme dévoilé hier demeure fidèle aux grandes orientations dégagées par l'ADQ en 2003. La plate-forme électorale reprend également la position autonomiste définie par Mario Dumont en 2004.

Le parti préconise cependant l'abolition des commissions scolaires, comme l'ont réclamé les militants adéquistes dans une proposition adoptée lors de leur congrès à la fin du mois dernier. En outre, l'ADQ rejette l'idée d'instaurer un revenu minimum garanti comme en 2003 et veut plutôt serrer la vis aux assistés sociaux aptes au travail en forçant leur «retour en emploi nécessaire». En contrepartie, le parti promet de bonifier l'aide aux bénéficiaires inaptes au travail.

On voit là l'influence de Gilles Taillon qui, à titre de président du Conseil du patronat du Québec, préconisait en 2002 de couper les vivres aux bénéficiaires après une période de cinq ans passés à l'aide sociale. Il ne s'agit pas de ça, a-t-il précisé. Mais tant M. Dumont que M. Taillon sont restés muets sur les moyens coercitifs ou autres qu'ils envisagent. «Il nous paraît que l'aide sociale comme mode de vie, et comme mode de vie qui se passe d'une génération à l'autre, ça doit cesser», a souligné le chef adéquiste.

En matière de famille, l'ADQ poursuit une politique nataliste: une allocation de 5000 $ à la naissance ou à l'adoption d'un troisième enfant et le remboursement des frais raisonnables assumés pour le traitement de l'infertilité. Mais la mesure qui pourrait s'avérer la plus onéreuse, c'est d'offrir à toutes les familles une allocation «significative» mais pas encore chiffrée pour chaque enfant d'âge préscolaire qui n'a pas recours aux services de garde à 7 $. Cette allocation toucherait toucher 250 000 enfants.

L'ADQ investira davantage en éducation, un des seuls postes budgétaires du gouvernement, avec la politique familiale, que le parti projette d'augmenter. L'abolition des commissions scolaires permettrait de transférer une part de leur budget de 400 millions vers les écoles, a indiqué M. Taillon, un ancien président de la Fédération des commissions scolaires. Les dirigeants adéquistes ne préciseront que plus tard quelle structure allégée remplacerait les commissions scolaires.

On préconise également un bulletin universel chiffré, la multiplication des écoles publiques à vocation particulière et l'enseignement intensif de l'anglais aux 5e et 6e années du primaire.

En ce qui concerne les finances publiques, Mario Dumont promet de rétablir l'objectif d'un «véritable déficit zéro» et de réduire les dépenses de l'État. Il souhaite abolir le Fonds des génération, un «raté de marketing» des libéraux. Il estime que la réingénierie libérale fut «un échec complet». L'ADQ propose une révision complète de l'appareil bureaucratique, de «faire le ménage», de réduire la taille de l'État. Il n'est plus question, comme en 2003, d'abolir la sécurité d'emploi des employés de l'État. On profitera des départs à la retraite et on ne veut pas se fixer d'objectifs précis. «C'est un exercice qui est un peu glissant, un peu dangereux, surtout quand on n'est pas soi-même au gouvernement. Ça fait un peu idéologique de mettre un chiffre ou un pourcentage», a dit M. Dumont.

L'ADQ promet de protéger le pouvoir d'achat de la classe moyenne. Il s'engage donc à ne pas augmenter les impôts et les taxes, tout en indexant pleinement les tables d'impôt. Les hausses de tarifs sont toutefois inévitables: tarifs d'électricité, primes de la Société d'assurance automobile du Québec (SAAQ), frais de garde ou droits de scolarité. L'ADQ cherchera à éviter les chocs tarifaires.

La hausse des droits de scolarité sera compensée par une augmentation des bourses accordées aux étudiants les moins bien nantis.

Dans le secteur de la santé, l'ADQ ne déroge pas à son programme qui fait largement appel au secteur privé dans le but d'améliorer l'accès aux soins. L'ADQ mettrait en place un système de santé mixte (secteurs public et privé ainsi que le milieu coopératif).

En matière de développement économique, l'ADQ mise avant tout sur le développement de la filière hydroélectrique. Mario Dumont juge que ce fut une erreur de ne pas construire la centrale de Grande-Baleine, un projet qui avait suscité l'opposition des Cris dans les années 90 et qui avait été abandonné par Jacques Parizeau. L'acceptation du projet par les autochtones est «souhaitable», s'est contenté de préciser le chef adéquiste.

En qui a trait à la question nationale, l'ADQ table sur une vision «autonomiste», une affirmation sans la séparation. Le Québec ne se définirait plus comme une province du Canada, mais se désignerait «État autonome du Québec». Une constitution serait adoptée, sans passer par un référendum. L'ADQ instaurerait aussi un seul rapport d'impôt pour les contribuables. À cet égard, Mario Dumont a admis qu'il s'agit d'un «point audacieux» et que son gouvernement ne ferait pas de «gestes unilatéraux». Enfin, l'ADQ veut entamer des négociations constitutionnelles. «Il n'y a pas d'ouverture, mais il n'y a pas de fermeture complètement» de la part d'Ottawa à ce sujet, a dit Mario Dumont.

Au nom du gouvernement Charest, la ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, à titre de responsable de la campagne électorale des libéraux, estime que ce programme, qui ne contient aucun engagement financier, est «extrêmement mince». Selon elle, l'électorat n'a que faire d'une constitution pour le Québec et de «changer le nom du Québec». L'abolition des commissions scolaires va à l'encontre des objectifs de décentralisation en faveur des régions, a par ailleurs souligné Line Beauchamp.
6 commentaires
  • Robert Henri - Inscrit 19 décembre 2006 07 h 00

    Dumont

    Les mots me manquent tellement ce gars là est déconnecté de la réalité et des volontés populaires. La preuve, il devrait comprendre depuis qu'il tente de faire rentrer don parti et ses idées et que rien ne fonctionne.

    Retourne chez toi, avec ta maman, petit Mario...

  • Simon Leduc - Inscrit 19 décembre 2006 07 h 46

    Mario Dumont et l'ADQ, le vrai et seul changement possible pour le Québec

    Mise à part sa position constitutionelle (je suis souverainiste), je suis tout à fait en accord avec le nouveau programme électoral de l'ADQ. Il faut faure le ménage et réduire la taille de l'État, donc l'abolition des Commissions scolaires en serait le premier geste. Sur le plan de la santé, si on veut que notre système de santé fonctionne bien, il faut instaurer un système mixte (public-privé) pour permettre de désengorger le système public qui est en très mauvaise état.

    Également, l'introduction du secteur privé dans la santé permettrait de réduire les listes d'attentes car les contribuables riches pourraient payer pour leur soin de santé en ayant recours au système privé, donc la classe moyenne et les pauvres pourraient se faire soigner plus rapidement dans le système public. En matière d'écducation, je suis pour le dégel des frais de scolarité car cela permettrait aux Universités d'aller chercher l'argent qu'ils leurs manquent pour bien fonctionner. Évidemment, il faudrait bonifier le régime de prêts et bourses pour aider les étudiants les moins bien nantis.

    Simon Leduc
    étudiant en science politique à l'Université de Montréal.
    sleduc@hotmail.com

  • VD - Inscrite 19 décembre 2006 11 h 44

    NON ADQ

    Le parti de Mario Dumont dit qu'il veut sauvegarder le pouvoir économique de la classe moyenne...en haussant les tarifs hydroélectiques, les frais de scolarité et la coisation à la SAAQ. Paradoxe adéquiste. Au centre à droite. Où l'on ne parle pas d'imposer correctement les multinationales et les banques. On préfère en demander plus aux pauvres. C'est plus facile puisque ce ne sont pas eux qui graisses les coffres du parti. Maudit.


    Le seul et vrai changement ne passe pas par l'encouragement de la hausse des tarifs en vigueur, surtout pas en éducation. L'éducation n'est pas un prévilège, c'est un droit. Bien sûr, on veut donner plus de bourses aux pauvres, mais pour avoir accès à ces dites bourses, il faut tout de même avoir reçu le maximum de prêt possible. Donc, ce que Dumont veut c'est : un maximum de bourses pour un maximun d'endettement ! Youppi ! Vous voulez étudier ?? Allez vous endettez !

    Donc, le changement ne doit pas s'opérer à cette classe sociale, mais bien à celle de nos fameuses banques qui poursuivent leur stratégies de paradis fiscaux sans que personne ne les empêche. Imposons les riches VÉRITABLEMENT avant ls pauvres.

    Malheureusement, ce n'est pas l'ADQ qui portera ce discours, lui qui a été créé dans l'optique de faire augmenter la popularité de la droite au Québec. On a juste à regarder ce qui est derrière, comme l'Institut économique de Montréal, (IEDM) et qui est à ses côtés, comme Léon Courville, ancien no2 de la Banque Nationale.

  • Luc Boivin - Inscrit 19 décembre 2006 13 h 08

    Je suis d'accord M. Dumont

    Je suis d'accord avec son programme, ca pourrait peut-être nous aider à nous sortir de notre pauvreté. Oui à l'augmentation de tarif d'électricité, le Québec donne sa plus grande richesse, son électricité aux alumineries entre autre. Est-ce que les albertains donne leur pétrole ? Si les québécois acceptaient de payer l'électricité au prix du marcher ce serait 8 milliards de plus que le Québec irait chercher par année...

    Avec 8 milliard tu élimine le déficit et tu paie une partie de la dette de 120 milliard et d'ici 10-15 ans nous somme aussi riche que les albertains...ou presque !

  • Pierre-Yves Pau - Inscrit 19 décembre 2006 13 h 52

    Parlant de minceur...

    Parlant de minceur, la ministre Line Beauchamp se réfère sans doute plutôt au bilan famélique du gouvernement Charest: voilà un premier ministre qui n'a livré aucune, vous m'avez bien lu aucune des promesses électorales majeures sur lesquelles il a été élu: rien sur les baisses d'impôts, rien de réforme de la fiscalité (taxe sur le capital, indexation des tables d'impôts), rien pour corriger la trajectoire du système éducatif, des centaines de millions gaspillés en vain dans le système de santé - plutôt que de s'attaquer à la source du problème, l'absence de concurrence, alors que la Cour suprême avait pourtant déblayé le chemin), une "réingéniérie" avortée au premier froncement de sourcil des syndicats, un dégel des frais de scolarité universitaire escamoté sous la "menace" de quelques trublions étudiants de la classe moyenne, et pour finir en beauté une rafale de "gadgets" pré-électoraux tous aussi bidons les uns que les autres, des enveloppes de 24 million aux lobbys féministes, à ce "plan vert" qui ne tient pas debout. Incurie, inaction, et esbrouffe: ce qu'on dit devient plus important que ce que l'on fait.

    Alors "mince" est peut-être encore trop généreux pour qualifier le bilan du gouvernement Charest, c'est "transparent" qu'il faudrait utiliser. Mario Dumont n'est pas sans défauts, en particulier sa "carrure" politique parait bien étroite au regard des défis que son parti prétend affronter, et sa campagne sur l'accomodement raisonnable est indéniablement teintée de démagogie populiste. Mais il faut bien reconnaître que c'est le seul sur la scène politique à articuler clairement les priorités du Québec.

    Alors, à tous les lecteurs qui comme moi on voté Libéral aux dernières élections provinciales, croyant naïvement que Jean Charest allait faire ce qu'il promettait de faire, puisqu'il était "prêt", je dis: si quelqu'un vous fourre une fois, honte à lui; s'il vous fourre deux fois, honte à vous.