Québec dévoile un plan d'action pour promouvoir l'égalité des femmes

La ministre de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Carole Théberge, a dévoilé hier  une politique pour promouvoir l’égalité des femmes devant de nombreux groupes de femmes venus l’entendre à Montréal.
Photo: Jacques Grenier La ministre de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Carole Théberge, a dévoilé hier une politique pour promouvoir l’égalité des femmes devant de nombreux groupes de femmes venus l’entendre à Montréal.

Le gouvernement Charest a dévoilé hier une politique pour promouvoir l'égalité des femmes, mais le plan d'action, bien accueilli, a suscité auprès des militantes quelques réserves au sujet de la taille du budget et du «manque de poigne» des mesures de lutte contre la discrimination.

D'une durée de trois ans et doté d'une enveloppe de 24 millions, le plan prévoit 63 actions couvrant six grandes orientations, telles que la santé, la sécurité et la conciliation famille-travail. Les deux tiers des actions sont nouvelles, a déclaré hier la ministre de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Carole Théberge, devant de nombreux groupes de femmes venus l'entendre à Montréal.

La politique, intitulée Pour que l'égalité de droit devienne une égalité de fait, découle des consultations générales menées en 2005 devant la Commission des affaires sociales, un événement capital pour l'étude des inégalités hommes-femmes qui s'était soldé par le dépôt de 107 mémoires et la prise de parole de 75 groupes.

La société québécoise a fait des progrès notables au chapitre de l'égalité des sexes, a dit Mme Théberge en soulignant toutefois qu'il reste beaucoup de chemin à faire en raison des inégalités qui persistent. «Nous voulons tracer la marche à suivre», a-t-elle dit. «On veut maintenant que les intervenants en société viennent compléter» ce qui a été fait jusqu'à présent, a affirmé la ministre. La politique fait notamment appel à la participation des associations patronales et syndicales, des groupes sociocommunautaires, des Conférences régionales des élus et des petites et moyennes entreprises.

Détail des actions

L'enveloppe de 24 millions se divise comme suit: 4,9 millions pour contrer la violence faite aux femmes et poursuivre la mise en oeuvre du plan d'action 2004-2009; 6,9 millions pour permettre aux PME, aux associations patronales et syndicales d'implanter des mesures de conciliation travail-famille; 6,9 millions pour améliorer les conditions économiques des femmes vulnérables et diversifier les choix d'études; et 4,5 millions pour favoriser la participation des femmes aux instances décisionnelles.

De plus, 600 000 $ seront consacrés à implanter l'analyse différenciée selon les sexes (ADS), laquelle permet d'évaluer l'impact d'une politique ou d'un programme à toutes les étapes de leur création. L'ADS sera appliquée à une quinzaine de projets, lois et programmes qui restent à déterminer. Enfin, 300 000 $ iront à la promotion de comportements égalitaires, par exemple avec des concours auprès des jeunes et des interventions auprès des médias et des entreprises culturelles.

En marge du débat sur l'accommodement raisonnable, la politique fait brièvement référence à la «diversité religieuse» et reconnaît que «l'ouverture à la diversité, aussi riche de promesses qu'elle soit, génère parfois des tensions». À ce chapitre, le Conseil du statut de la femme (CSF) devra émettre un avis afin de déterminer «ce qui est négociable ou pas».

Parmi les autres actions, on note que le CSF aura aussi la responsabilité de publier un avis sur la sexualisation de l'espace public, et que Québec a entamé des démarches pour mettre en place un label «Égalité» à l'intention des entreprises qui s'efforcent d'instaurer des mesures de conciliation travail-famille. La politique fera l'objet d'un suivi tous les trois ans à l'Assemblée nationale.

Accueil positif mais prudent

La relation n'a pas toujours été facile entre le gouvernement Charest et les groupes de femmes, qui attendent toujours une politique gouvernementale en matière de conciliation travail-famille. Elles se souvenaient hier que le Parti libéral, à son élection en 2003, n'avait pas nommé de ministre en titre à la Condition féminine. Mme Théberge est en poste depuis février 2005.

Le mouvement des femmes du Québec a bien accueilli la politique hier, voyant dans le chapitre sur la violence l'élément le plus fort. La Fédération des femmes du Québec a cependant émis quelques critiques. «C'est un pas très important, mais le plan d'action manque de poigne», a dit sa présidente, Michèle Asselin. «On aurait voulu ça plus concret avec des mesures qui changent immédiatement les conditions de vie et de travail des femmes. Il y a peu d'argent, aussi, pour un si vaste chantier.»

Le CSF, présidé par Christiane Pelchat, s'est grandement réjoui de la politique en signalant lui aussi quelques bémols. Parmi ceux-ci, il a déploré que Québec n'ait pas encore déterminé les 15 projets et programmes qui seraient visés par l'ADS.

Aux yeux de la porte-parole du Parti québécois en matière de condition féminine, Jocelyne Caron, il aurait fallu au moins 45 millions. «Le financement n'est pas là. C'est du saupoudrage», a dit cette ancienne secrétaire d'État à la Condition féminine. «Maintenir le Conseil du statut de la femme, c'est beau, on l'avait demandé. Mais, dans plusieurs régions, il n'y a pas de répondante. Alors, il faut de l'argent neuf.»