Une autre pierre à l'édifice de l'OSM

Monique Jérôme-Forget, présidente du Conseil du trésor, et Line Beauchamp, ministre de la Culture.
Photo: Jacques Grenier Monique Jérôme-Forget, présidente du Conseil du trésor, et Line Beauchamp, ministre de la Culture.

Maintes fois annoncée, maintes fois reportée, la construction de la nouvelle salle de l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM) devrait finalement être complétée en 2011, selon le calendrier prévu par Québec, qui lançait hier l'appel de qualification pour trouver un promoteur capable de concrétiser ce projet culturel d'envergure, qui sera réalisé en partenariat public-privé.

L'annonce des trois consortiums retenus pour mener à bien ce projet de 105 millions de dollars aura lieu en avril 2007. L'appel de propositions sera ensuite lancé en juin et les consortiums auront jusqu'à la fin de l'année pour soumettre leur projet. Le gouvernement annoncera le gagnant en mars 2008. Les travaux débuteront la même année et la «salle de concert de calibre mondial» devrait être ouverte en 2011.

Le promoteur retenu sera responsable de la «conception, de la construction, du financement, de l'entretien et de l'exploitation de la salle sur une période de 30 ans», a expliqué hier la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget. Cela «exclut la gestion scénique et artistique», a ajouté la ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, précisant que «la conception architecturale est le critère le plus prépondérant dans l'appel de candidatures».

Mme Jérôme-Forget s'est d'ailleurs de nouveau portée à la défense des partenariats public-privé (PPP). Elle a souligné que le vérificateur général a déjà dit clairement «qu'il fallait modifier notre façon de faire au gouvernement». Et selon elle, la voie du PPP garantit des «coûts moins élevés». De plus, à l'échelle mondiale, «dans 85 à 90 % des cas, ces constructions se font en respectant les coûts et les budgets. Et quand les coûts sont dépassés, c'est que des politiciens ont décidé d'y ajouter d'autres demandes ou de faire des ajouts», a-t-elle lancé.

Québec a par ailleurs court-circuité le processus d'appel d'offres pour la conception scénique et acoustique de la salle, qui sera assurée par la firme Artec. «À l'échelle mondiale, des acousticiens réputés, ayant fait leurs preuves et répondant aux exigences de l'OSM, il ne s'en compte pas tant que ça. Il n'y en a pas six, sept ou neuf», a expliqué la ministre de la Culture. Selon elle, il était aussi essentiel que le gouvernement ait un «lien contractuel avec un acousticien» pour gérer cet «enjeu intangible». Artec devra suivre le projet sur une période de cinq ans.

La nouvelle salle, baptisée l'«Adresse symphonique», sera construite sur l'esplanade de la Place des Arts. D'une superficie de 15 000 mètres carrés, elle comptera 1900 places, trois balcons et un plateau pouvant accueillir jusqu'à 200 choristes et 120 musiciens. Les schémas préliminaires dévoilés hier rappellent la signature des salles de Lucerne et d'Edmonton. L'édifice ne devra pas dépasser en hauteur les autres bâtiments de la Place des Arts.

On est demeuré vague hier sur la façon dont le consortium choisi pourra tirer profit du projet. La direction du bureau du projet revient à Jean Roy, un spécialiste de la gestion immobilière. M. Roy a souligné hier que «la prémisse voulant que le soumissionnaire choisi retirera ses profits de l'exploitation est inexacte. Tous les revenus provenant d'une buvette, d'un restaurant, de l'accueil ou du vestiaire sont versés directement à l'utilisateur de la salle», soit l'OSM et la Place des Arts. Même chose pour le stationnement. Il n'aura «aucune influence sur l'aspect des revenus», a ajouté Mme Beauchamp. Concrètement, l'utilisation de la salle sera réservée à l'OSM 240 jours par année, la Place des Arts l'ayant à sa disposition le reste du temps.

La ministre Beauchamp s'est quant à elle voulue rassurante, soulignant que ce projet de «salle de concert de Montréal principalement dédiée à l'OSM» ne devrait pas être compromis, contrairement à ce qui est advenu du projet précédent. «Je verrai à ce que le calendrier soit impérativement respecté jusqu'à la signature de l'entente avec le partenaire finaliste, en mai 2008», a-t-elle promis hier. «Le projet que nous avons choisi d'annuler était avant tout, il faut bien le dire, une tour de bureaux payée par un gouvernement. Je pense que ce projet-ci fait l'objet d'un consensus, et je ne vois pas comment il pourrait être remis en question au cours des prochains mois, qu'il y ait des échéanciers électoraux ou pas», a-t-elle fait valoir.

Le député péquiste Daniel Turp a par ailleurs manifesté son scepticisme au sujet de cette réalisation hier. Selon lui, «au moment où on se parle, il y aurait déjà eu plusieurs concerts de l'OSM dans une nouvelle salle si on avait mené à bien le complexe culturel et administratif élaboré par le gouvernement Landry et approuvé peu avant les élections d'avril 2003. C'est comme si on avait perdu trois ans et demi». De plus, M. Turp juge que le projet présenté fait en sorte que «ce n'est plus une salle de l'OSM, c'est la salle de concert de Montréal».