Attractions hippiques mise sur les jeunes familles pour relancer les hippodromes

Le promoteur veut cesser de centrer les activités des hippodromes sur les hommes à chevaux.
Photo: Jacques Nadeau Le promoteur veut cesser de centrer les activités des hippodromes sur les hommes à chevaux.

Depuis dix ans, le gouvernement du Québec maintient l'industrie des courses de chevaux en vie grâce au respirateur artificiel. Sous le Parti québécois, la situation a complètement dérapé, menant à des irrégularités mises au jour cette semaine par le vérificateur général. Le gouvernement libéral a décidé de procéder à la privatisation des hippodromes tout en les subventionnant. Avec ce changement s'instaure une nouvelle vision.

Les jeunes familles et les enfants sont au coeur de la stratégie de relance de l'industrie des courses de chevaux au Québec. Le nouveau propriétaire des hippodromes, Attractions hippiques, propose en partenariat avec Loto-Québec de créer des centres de divertissement où les paris sur piste, les appareils de loterie vidéo, les spectacles et de l'animation pour tous les âges en feraient des lieux festifs.

En entrevue hier au Devoir, le sénateur Paul J. Massicotte, propriétaire d'Attractions hippiques, a plaidé en faveur de ce nouveau concept que Loto-Québec nomme Ludoplex. Il estime que l'industrie a trop misé jusqu'à maintenant sur les hommes à chevaux plutôt que sur les clients. Il veut renverser la vapeur.

«Il faut que ce soit l'fun, et pas seulement pour le parieur. On essaie de présenter un concept où les gens vont s'amuser. À Las Vegas, ce n'est pas seulement le jeu qui intéresse les gens, c'est l'hôtel, les spectacles, les choses qui bougent. C'est le plus gros changement qu'on doit faire. C'est un défi de marketing énorme», a expliqué M. Massicotte.

L'idée n'est pas totalement nouvelle. Dans le nord de l'Ontario se trouve l'hippodrome Georgian Downs, qui est un «racino» (contraction des mots race, «course» en anglais, et «casino») et qui combine donc les courses de chevaux et des jeux de casino. Chez nos voisins ontariens, on parie cinq fois plus qu'au Québec.

Ici, le client type des hippodromes est un homme de 66 ans. Pour le sénateur Massicotte, dont l'entreprise a obtenu (après un appel d'offres public) la gestion des quatre hippodromes du Québec, l'avenir n'est pas de ce côté: il veut donner un nouveau souffle à l'industrie.

«Il faut que je rajeunisse ma clientèle. Il faut que les jeunes couples, les familles viennent ici s'amuser, indique-t-il. Loto-Québec veut aussi que sa clientèle soit plus jeune. Ils veulent plus de happenings et d'animation.»

Pour y parvenir, Attractions hippiques veut entre autres mettre l'accent sur «le cheval qui est l'athlète» et développer des journées thématiques. Il donne l'exemple de l'hippodrome de Philadelphie, où les jeunes familles reçoivent une attention particulière le dimanche. «Les jeunes n'entrent pas nécessairement dans les salons de paris mais il y a des choses pour eux. L'enfant peut avoir des cours d'équitation pendant que le monsieur va parier à l'intérieur», précise M. Massicotte.

Dans cette vision, l'hippodrome Blue Bonnets, qui doit déménager dans la couronne nord (Laval étant la priorité), est appelé à devenir le fleuron de l'écurie d'Attractions hippiques. On y trouvera un hippodrome, un salon de jeu (propriété de Loto-Québec), un bar sportif destiné à une clientèle de 25-35 ans et une salle de spectacles de 500 places. «Il faut devenir la place de spectacles à Laval», dit M. Massicotte.

Des experts sont à définir les obstacles, les délais et les coûts dans ce dossier. Les terrains convoités se trouvent en zone agricole. «Il peut y avoir des surprises, surtout sur le plan environnemental. On pense qu'on connaît notre site, et oups!, on découvre une zone humide ou des crapauds. Et ça peut avoir des conséquences majeures. Donc, on va avoir un plan B», indique le sénateur.

De plus, l'installation de l'hippodrome et du salon de jeu nécessitera un changement de zonage municipal ainsi qu'un investissement puisqu'il faudra construire une route d'accès au site. «C'est comme un centre d'achats, il faut que ce soit très visible et facile d'accès», précise M. Massicotte, qui se réjouit de l'appui public du maire de Laval, Gilles Vaillancourt.

Un terrain de cinq à sept millions de pieds carrés est envisagé. L'hypothèse de s'implanter en surplomb de la carrière désaffectée située derrière le palais de justice de Laval semble écartée. «On est prêt à nous donner le terrain et, politiquement, ça plairait à bien du monde. Mais le coût additionnel est d'au moins 100 millions», souligne le sénateur.

Loto-Québec prend part au choix du terrain dans la mesure où c'est la société d'État qui établit les critères auxquels la société Attractions hippiques est assujettie. L'emplacement ne doit pas être à proximité d'une école, entre autres.

Par ailleurs, Paul J. Massicotte a tenu à commenter les informations publiées hier par Le Devoir à propos de l'embauche de cadres supérieurs de la Société nationale du cheval de course (SONACC) par son entreprise. Selon lui, ces personnes sont «très honnêtes», bien que le vérificateur général ait montré du doigt le laxisme de la haute direction de la SONACC.

«Il y a un problème de perception et on va le corriger. Il ne faut pas que la population doute de ça. Je ne veux pas être associé à quelque chose qui n'est pas intègre à 100 %. Je suis très sévère sur ce plan. Je ne suis pas achetable. Je ne suis pas redevable. J'ai avisé les hommes à chevaux dès le départ: il n'y aura pas de magouille, sinon je congédie immédiatement. J'ai ma réputation et des valeurs», assure Paul J. Massicotte.

Pour le reste, le sénateur se réjouit que le gouvernement ait jugé que sa «stratégie de redressement était la meilleure».