Le Bloc n'a pas l'intention de provoquer des élections sur l'Afghanistan, selon Pierre Paquette

Québec — Le Bloc québécois cherche maintenant à nuancer la stratégie que son chef Gilles Duceppe a pourtant évoquée lundi, soit de faire tomber le gouvernement Harper sur la question de l'Afghanistan avant le dépôt de son budget.

C'est du moins ce que le député de Joliette, Pierre Paquette, s'est employé à faire hier. «Il n'a jamais été question à court terme de défaire le gouvernement sur la mission en Afghanistan», a-t-il dit, précisant que «le budget va arriver d'abord» et affirmant même ceci: «Nous souhaitons que le budget soit déposé.»

Bien qu'il ait répété sa position à plusieurs reprises, le politicien a toutefois gardé une porte ouverte en refusant de s'engager formellement au nom de son parti à ne pas présenter de motion sur l'Afghanistan avant le budget. «Je ne peux pas m'engager», a-t-il dit, ajoutant tout de suite ceci: «Mais on n'a pas prévu présenter une motion non plus, et je ne pense pas qu'il y aura une journée d'opposition où le Bloc québécois sera en mesure d'en déposer une.»

M. Paquette, qui s'exprimait lors d'un point de presse au Château Frontenac après un discours du ministre conservateur Lawrence Cannon devant la Chambre de commerce de Québec, a souligné que personne ne savait quand les travaux parlementaires à Ottawa devraient reprendre. «Il y a toutes sortes de rumeurs qui circulent.» Autre indétermination: «On ne sait pas ce qui peut se passer comme événement en Afghanistan. Il pourrait y avoir des retraits de pays qui pourraient nous amener à accélérer notre réflexion», a-t-il précisé.

Faire tomber le gouvernement avant le budget empêcherait les conservateurs au pouvoir de proposer leur solution au déséquilibre fiscal, comme Stephen Harper l'avait promis le 19 décembre 2005 à Québec. Se montrant très conciliant, le député bloquiste et ancien syndicaliste en vue a déclaré: «Nous, on travaille pour que ce soit réglé. Si M. Cannon veut que ce soit réglé dans le prochain budget, il aura l'appui du Bloc québécois.» À ses dires, «tout ce qui renforce le Québec renforce aussi le mouvement souverainiste», et tous, souverainistes comme fédéralistes, ont intérêt à ce que l'État du Québec puisse remplir pleinement ses missions en santé, en éducation et en culture, entre autres.

À propos de l'Afghanistan, M. Paquette a soutenu que la position du Bloc n'est pas de se retirer à tout prix de ce pays. «On veut que le gouvernement prenne le temps de réfléchir au rééquilibrage de la mission.» Selon M. Paquette, à l'heure actuelle, le Canada dépense 9 $ dans le domaine militaire pour 1 $ dans la reconstruction.

«Duceppe Express»

Précédemment, M. Cannon avait livré un discours très partisan où il s'était montré hargneux à l'endroit du Bloc québécois et n'avait tiré qu'une seule flèche sur «les orgies de corruption» des commandites pour le nouveau chef libéral Stéphane Dion. Il a dépeint le Bloc comme un parti qui avait fait de «l'impuissance» une vertu. Après avoir ridiculisé «l'armée pacifiste» proposée par le Bloc, il s'en est pris à l'idée, évoquée par le chef bloquiste, d'un train à grande vitesse Québec-New York, qu'il a baptisé «Duceppe Express» non rentable. Sur l'Afghanistan, il a eu cette phrase: «Pour le Bloc, il est plus facile de renverser un gouvernement démocratiquement élu au Canada que de combattre les ennemis de la liberté à l'étranger.»