Discussions intenses entre Québec et les spécialistes

La fédération a plusieurs fois affirmé qu’elle n’accepterait pas de s’asseoir à la table de négociations si la loi 37 n’est pas abrogée et si Québec ne propose pas une offre de départ bonifiée.
Photo: Agence Reuters La fédération a plusieurs fois affirmé qu’elle n’accepterait pas de s’asseoir à la table de négociations si la loi 37 n’est pas abrogée et si Québec ne propose pas une offre de départ bonifiée.

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et le gouvernement ont opéré un grand rapprochement, hier. Les deux parties ont passé plusieurs heures à discuter, alors que Québec a offert d'abroger la loi spéciale 37 en échange de garanties sur l'abandon des moyens de pression et la reprise des vraies négociations.

«Les discussions se sont intensifiées», a confirmé en fin de journée Isabelle Merizzi, attachée de presse du ministre Philippe Couillard. Au moment de mettre sous presse, la FMSQ et des représentants du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) poursuivaient toujours une réunion entamée à 14h. Le président de la FMSQ, Gaétan Barrette, participait directement aux discussions.

Le contenu exact des pourparlers demeurait inconnu, mais tant la FMSQ que le gouvernement parlaient de pas dans la bonne direction. Essentiellement, Québec est prêt à lever immédiatement la loi 37 si les spécialistes acceptent de reprendre la supervision des stages cliniques, actuellement suspendus dans les quatre facultés de médecine du Québec. La fédération devra aussi promettre d’arrêter tout moyen de pression si elle désire que les négociations officielles reprennent, avec dépôt d’offres et de contre-offres.
L’Assemblée nationale a levé ses travaux hier, ce qui veut dire que la loi ne pourrait être officiellement abrogée avant la reprise en 2007. «Mais nous sommes prêts à adopter un décret [en cas d’entente] pour suspendre l’application des mesures punitives contenuedans la loi», a expliqué Mme Merizzi. Ce sont ces mesures qui empêchent toute action concertée de la part des médecins. «On enlèverait les irritants, c’est ce qui est important», note l’attachée de presse de M. Couillard. Les dispositions financières de la loi demeureraient en vigueur en attendant un accord sur cette question.

Selon Isabelle Merizzi, ce scénario d’un décret pour annuler la loi «peut très bien être envisagé» dans un avenir très proche, compte tenu des avancées réalisées hier. «On parle encore de discussions, mais on pense être bientôt capable d’employer le terme négociation.» À la FMSQ, on indiquait que c’est «l’ensemble du dossier qui [était] en discussion» hier. Une fois la rencontre avec les représentants du MSSS terminée, Gaétan Barrette devait participer à une assemblée spéciale des délégués des 34 associations membres de la FMSQ.
La fédération a plusieurs fois affirmé qu’elle n’accepterait pas de s’asseoir à la table de négociations si la loi 37 n’est pas abrogée et si Québec ne propose pas une offre de départ bonifiée. Le 26 novembre, le gouvernement avait offert aux spécialistes un rattrapage salarial de 15 % d’ici 2014 pour commencer à combler l’écart de rémunération entre les médecins québécois et leurs collègues du reste du Canada. L’offre avait été immédiatement rejetée.
Trois jours plus tard, la FMSQ déposait une contre-offre demandant un rattrapage de 20 % d’ici 2010. Dans les deux cas, il s’agissait d’offres «de départ»: le montant final du rattrapage qui sera accordé doit être déterminé au terme d’une médiation. Mais la FMSQ ne reconnaît pas le principe même de la médiation et exige plutôt un processus liant qui s’apparente davantage à un arbitrage, une option refusée par Québec. Cette semaine, le ministre Couillard s’est cependant montré moins intransigeant sur cette question.
L’intensification des discussions entre les deux parties traduit l’urgence d’en arriver à un accord. Hier encore, le Dr Réjean Hébert, président de la Conférence des doyens des facultés de médecine du Québec, a réaffirmé que la session des stagiaires de l’Université de Sherbrooke touchés par les moyens de pression des spécialistes sera fortement compromise si les stages ne reprennent pas lundi. La situation varie d’une faculté à l’autre, mais partout, le temps presse.

L’Université de Sherbrooke avait demandé à ses étudiants de revenir en classe mercredi — en réponse à l’ordonnance du Conseil des services essentiels. Selon M. Hébert, 40 % des 108 étudiants touchés ont effectivement pu reprendre ces stages, leurs professeurs ayant fait fi du mot d’ordre de la FMSQ de boycotter les activités d’enseignement. Les autres en ont été quittes pour rentrer chez eux.