Rapport Coulombe - Deux ans et toujours pas de virage vert

Deux ans jour pour jour après le dépôt du rapport Coulombe sur la forêt québécoise, dix groupes écologistes québécois ont reproché hier au gouvernement Charest de ne pas avoir même amorcé le virage vert en forêt qu'il s'était engagé à prendre, tout comme celui de la démocratisation de la gestion.

En conférence de presse hier dans la Vieille Capitale, les dix grands groupes écologistes ont accusé le gouvernement Charest de laisser stagner sur les tablettes du ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) toutes les priorités environnementales mises en avant par la commission Coulombe, notamment l'aménagement écosystémique de la forêt, la création d'aires protégées, le recours au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) pour l'examen des coupes projetées, la certification environnementale de l'industrie ainsi que l'instauration d'un vérificateur des forêts.

Les principaux groupes écologistes réunis à Québec hier pour dresser ce bilan peu flatteur sont le Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE), Nature-Québec, la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP), le Fonds mondial pour la nature (WWF), Greenpeace, le Regroupement national des conseils régionaux de l'environnement (RNCREQ) ainsi que divers organismes régionaux.

La commission Coulombe avait confirmé l'état de surexploitation de la forêt québécoise et les modes d'exploitation dommageables pour les écosystèmes dont dépendent d'autres activités économiques et la pérennité du patrimoine biologique québécois. Ces façons de faire se perpétuent aujourd'hui, ont soutenu les dix groupes. Le MRNF tente encore, comme à l'époque des ministres Guy Chevrette et Jacques Brassard, de «rassurer la population plutôt que de régler les problèmes de fond», en réaction notamment au film L'Erreur boréale, qui avait déclenché une véritable crise de confiance à l'endroit des gestionnaires privés et publics du patrimoine forestier.

Les groupes ont tout particulièrement dénoncé hier la «timidité des efforts» consacrés à la mise en place de la gestion écosystémique, un mode de gestion qui balise l'exploitation commerciale par les exigences de survie et de protection des écosystèmes. Le ministère, ont-ils dit, continue plutôt d'utiliser la vieille rengaine moralisante de «l'équilibre entre environnement et économie», que remet en question le concept de développement durable. Non seulement, ont-ils fait valoir, Québec n'a encore modifié aucune pratique forestière en fonction de ce nouvel ordre de priorité, il n'a même pas accouché d'un plan d'action pour y parvenir.

Par ailleurs, la recommandation de la commission d'instituer des aires protégées sur 8 % du territoire d'ici la fin de l'année 2006 et de 12 % d'ici 2010 «est toujours à l'étude» et, pis encore, pas une seule aire protégée, désignée dans le cadre de la stratégie québécoise, n'a encore été instaurée par le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Claude Béchard.

Enfin, ont conclu les dix groupes, Québec n'a pas encore requis l'aide du BAPE pour assurer une gestion plus transparente de la forêt, tout comme il n'a émis aucune directive pour lancer un mode de certification valable de l'exploitation forestière. Enfin, si Québec a bel et bien créé le poste de forestier en chef, il a omis, selon eux, l'autre proposition du rapport Coulombe visant à créer un poste de vérificateur des forêts pour contrôler la gestion du MRNF et la rigueur du forestier en chef.

Les groupes écologistes québécois ont remis cet automne une liste d'actions prioritaires au titulaire du MRNF, le ministre Pierre Corbeil, qui recoupent les recommandations centrales du rapport Coulombe, en plus d'avoir fait pression pour que Québec accouche enfin de son plan d'action pour la modernisation de la gestion forestière.
1 commentaire
  • Suzann Méthot - Inscrite 15 décembre 2006 08 h 24

    Toujours pas de virage vert, ni de virage bleu! Par Suzann Méthot

    La situation qui afflige les forêts québécoises s'inscrit harmonieusement avec l'exploitation des autres ressources naturelles! En effet, non seulement les forêts mais aussi les rivières et les ressources pélagiques se retrouvent au sommet de leur pauvreté. Il est plus que temps de prendre non seulement le virage vert, mais aussi le virage bleu. De plus, ce sont les gens des régions qui en souffrent le plus: Les pêcheurs de la Gaspésie et de la basse Côte-Nord et les travailleurs forestiers du Saguenay, de la Côte-Nord et de la Gaspésie vivent précairement. Tous nos gouvernements ont vidé nos région de leur ressources sans en assurer la pérennité.

    Quel sera celui qui prendra réellement le virage vert et bleu? Ces régions sont à la base même de notre économie. Des solutions? Plutôt que d'infliger la surtaxe du pétrole aux consommateurs, les pétrolières devraient être contraintes de la verser directement au Gouvernement à même ses milliards de profits et ces fonds seraient destinés au développement des régions et à la protection des ressources naturelles.

    Plutôt que de subventionner l'Industrie en lui accordant des taux visiblement trop généreusement bas d'électricité, HQ devrait augmenter leur taux préférentiel et verser une quote part dans un fonds des régions. L'économie est certes liée à l'environnement, cependant, l'économie doit soutenir l'environnement et non le détruire. L'inverse nous conduira à notre perte.