Pour la première fois, la femme d'un ancien premier ministre est candidate

Le chef du Parti québécois, André Boisclair, félicite sa nouvelle candidate dans la circonscription montréalaise de Crémazie, Lisette Lapointe, devant le regard amusé de son conjoint, l’ancien premier ministre Jacques Parizeau.
Photo: Jacques Nadeau Le chef du Parti québécois, André Boisclair, félicite sa nouvelle candidate dans la circonscription montréalaise de Crémazie, Lisette Lapointe, devant le regard amusé de son conjoint, l’ancien premier ministre Jacques Parizeau.

Pour la première fois dans l'histoire du Québec, la femme d'un ancien premier ministre a été choisie candidate à des élections provinciales.

La conjointe de Jacques Parizeau, Lisette Lapointe, a été élue par acclamation hier candidate du Parti québécois dans la circonscription de Crémazie, à Montréal, en présence de son mari, du chef André Boisclair, et d'autres députés.

Curieuse coïncidence, M. Parizeau a rappelé dans son allocution qu'il s'était présenté sous la même bannière dans cette circonscription, appelée Ahuntsic à l'époque. Il avait toutefois été battu.

«Je me retrouve dans le rôle étrange, bizarre, d'avoir à présenter ma femme, a-t-il évoqué devant les militants rassemblés dans l'auditorium du cégep Ahuntsic. C'est très difficile pour moi, on m'accusera d'être partial [...]. C'est une sorte de devoir: cette femme-là m'a tellement aidé que je ne pourrais pas me regarder dans le miroir si je n'essayais pas de lui rendre une partie de l'appui qu'elle m'a donné.»

En point de presse après son investiture, Mme Lapointe a confié que son mari s'adaptait à sa nouvelle fonction. Sourire en coin, elle a dit qu'elle prévoyait «souper» avec lui parfois pour lui demander conseil.

«Je vous avoue qu'il trouve ça un peu difficile, il ne sait pas trop comment l'aborder, ce rôle-là. Mais il m'accompagne, il m'accompagne vraiment, et je trouve ça très généreux de sa part [...]. C'est beaucoup, recommencer en politique, être sous les réflecteurs, mais avec sa grande générosité, il est très heureux que je fasse ce pas.»

La circonscription de Crémazie est représentée par la députée libérale Michèle Lamquin-Éthier depuis les élections de 2003. Les péquistes Jean Campeau et Manon Blanchet avaient été élus respectivement en 1994 et en 1998. «Je sais que ce n'est pas un comté facile», a admis Mme Lapointe. «Va falloir qu'on travaille fort pour le gagner», a poursuivi M. Boisclair.

Accommodement raisonnable

Par ailleurs, le chef du Parti québécois dit hier vouloir «dépoussiérer» des éléments de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, à la lumière du débat actuel sur l'accommodement raisonnable de citoyens de diverses croyances religieuses.

Selon lui, le leader de l'Action démocratique du Québec Mario Dumont a «du culot» de se poser en défenseur de l'identité québécoise et il l'accuse de friser la démagogie dans ce débat.

«Notre société vit bien avec la Charte québécoise, a commenté M. Boisclair hier en point de presse, au sortir de l'investiture de Lisette Lapointe. Est-ce qu'il y a des choses que je dépoussiérerais dans la Charte? La réponse est oui. [...] On est peut-être dû [sic] pour un débat sur la Charte pour la dépoussiérer.» Certains principes de la Charte s'inspirent du multiculturalisme, qui n'est pas la vision qu'il prône, a-t-il plaidé.

Des événements récents ont relancé la controverse sur l'accommodement raisonnable. Mario Dumont avait déclaré vendredi dans un quotidien montréalais que cette volonté d'accommodement «n'a plus de bon sens». Samedi, au congrès de l'ADQ, il s'est présenté comme le défenseur de l'identité québécoise.

«Je suis inquiet de la façon dont le débat pourrait tourner, de la façon dont M. Dumont l'a amorcé, a répliqué le dirigeant péquiste. [...] Le positionnement qu'il choisit me laisse penser qu'il est pire que le plus vieux des politiciens républicains américains.»

M. Boisclair a soutenu devant les journalistes que les décisions du YMCA et de la police de Montréal «n'ont simplement pas de bon sens». «C'est une erreur», a-t-il martelé dans son allocution. Mais le dirigeant péquiste a ajouté que c'est «irresponsable» de récupérer à des fins partisanes ces gestes isolés, faits de bonne foi par des organismes qui ne relèvent pas du gouvernement. Il a fait remarquer que «ces faits n'ont rien à voir avec l'accommodement raisonnable», qui est un concept juridique reconnu par les tribunaux.