Congrès de l'Action démocratique du Québec - Accommodement raisonnable: Charest doit fixer une limite, dit Dumont

Mario Dumont demande au gouvernement Charest de clarifier les choses.
Photo: Jacques Nadeau Mario Dumont demande au gouvernement Charest de clarifier les choses.

Trois-Rivières — Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a accusé le gouvernement Charest de «laisser pourrir» la situation en matière d'accommodements raisonnables qui, dans certains cas, ont dépassé les bornes.

«La première chose que ça prendrait, c'est une colonne vertébrale», a lancé hier Mario Dumont lors d'une conférence de presse tenue en marge du caucus élargi qui précède le sixième Congrès général de son parti.

Comme il l'a fait jeudi dans une entrevue accordée à la Presse canadienne, le chef adéquiste a dénoncé la décision du CLSC Parc-Extension d'interdire aux hommes de participer avec leurs femmes à des cours prénataux en raison d'accommodements consentis aux communautés sikhe, hindoue et musulmane. «C'est quand même gros; ce n'est plus de l'accommodement raisonnable», estime-t-il.

«L'égalité entre les hommes et les femmes au Québec en 2006, ce n'est pas touchable. C'est fondamental», a fait valoir M. Dumont.

Il voit dans cette décision du CLSC une «dérive de la Charte des droits» qui devrait faire l'objet d'un débat public. «On a surtout tenté d'éviter la question», a-t-il déploré. Or, pour «l'équilibre entre les communautés, la cohésion de la société, il y a beaucoup plus de danger à laisser pourrir la situation. Quand on écoute les commentaires des gens, c'est sûr qu'il y a une frustration qui naît au Québec. D'établir des règles du jeu claires, ça rendrait service à tout le monde».

«Il y a un rattrapage à faire qui requiert un leadership et qui requiert de nommer les choses», a-t-il poursuivi, invitant les leaders des communautés culturelles à se montrer raisonnables dans leurs demandes d'accommodements. «Ici, au Québec, on est une majorité qui n'a pas besoin de vivre dans la peur d'être traitée d'intolérante. Le Québec est exemplaire en matière de générosité, de tolérance et d'égalité de ses citoyens», a-t-il dit, en insistant sur le respect de «nos valeurs communes».

Le caucus élargi de l'ADQ a réuni, hier, les cinq députés adéquistes et la vingtaine de candidats déjà choisis pour porter les couleurs du parti. Ce sixième Congrès général qui s'ouvre aujourd'hui réunira quelque 400 militants. L'ADQ s'est trouvé un slogan — «Un plan A pour le Québec» — bien à propos pour un parti qui ne peut envisager un plan B à l'issue des prochaines élections.

Lors de la conférence de presse, Mario Dumont était accompagné par le président de l'ADQ, Yvon Picotte, qui tire sa révérence après avoir occupé cette fonction pendant deux ans et présidera la prochaine campagne électorale du parti, et par son successeur, l'ex-président du Conseil du patronat du Québec, Gilles Taillon.

À titre de président du CPQ, Gilles Taillon s'était opposé aux propositions de l'ADQ en matière de santé, soit de permettre aux Québécois de payer de leur poche pour les soins et traitements couverts à l'heure actuelle par le système public. Son point de vue n'est plus le même. «J'ai évolué dans ma pensée, a-t-il dit. Quand un système est incapable d'offrir des services accessibles à tous les citoyens, il faut regarder d'autres solutions.»

Par ailleurs, Mario Dumont a pris le parti des médecins spécialistes dans le conflit qui les oppose au ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, à l'égard de leur rémunération. Il a qualifié de «gaffe» la loi spéciale imposée aux médecins spécialistes au printemps dernier, alors qu'ils n'avaient entrepris aucun moyen de pression. L'offre que vient de présenter Philippe Couillard le laisse sceptique, alors que le ministre a déjà renié la signature du gouvernement. Les médecins n'ont «aucune raison de croire le messager», estime-t-il.

Le chef adéquiste a aussi dénoncé la situation dans les urgences, qui ne se serait pas améliorée alors que sur papier, en raison de changements dans la façon de compter les patients, l'attente a diminué. «Philippe Couillard aura beaucoup plus agi sur les images et sur les informations disponibles que sur la qualité des soins.»

Selon le chef adéquiste, le bilan du gouvernement Charest en matière de santé est «pitoyable» malgré un accroissement significatif des dépenses dans ce secteur depuis la victoire des libéraux en 2003. «Ils ont mis 4,2 milliards, presque toutes nos marges de manoeuvre, en santé, et la situation ne s'est pas véritablement améliorée», juge Mario Dumont, ce qui constitue, à ses yeux, une démonstration de la nécessité d'ouvrir grande la porte au secteur privé dans la santé.