Les spécialistes diagnostiquent une ouverture

Les médecins résidents ont manifesté hier leur mécontentement devant un des moyens de pression des spécialistes, qui consiste à boycotter plusieurs activités d’enseignement.
Photo: Jacques Nadeau Les médecins résidents ont manifesté hier leur mécontentement devant un des moyens de pression des spécialistes, qui consiste à boycotter plusieurs activités d’enseignement.

Au lendemain du rejet formel par les médecins spécialistes d'une offre salariale bonifiée de Québec, le nouveau président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) a accueilli «favorablement» la réaction du ministre de la Santé et des Services sociaux, qui appelle une fois de plus au dialogue et n'exclut pas totalement la levée de la loi spéciale 37. Mais l'heure n'est pas encore à la prise d'un rendez-vous, loin de là.

Le ministre Philippe Couillard a réitéré hier en conférence de presse qu'il souhaite voir la FMSQ «revenir à la table sur la base de la proposition de départ» faite jeudi. «Il ne s'agit pas de dire que la question [du rattrapage] va se régler à 12,5 %», a-t-il rappelé. Il semble que la FMSQ n'ait pas capté cette caractéristique de l'offre et qu'on l'ait interprétée comme une offre plus ou moins finale sur le rattrapage salarial auquel les spécialistes pourraient avoir droit au cours des prochaines années.

«Ce que j'ai entendu aujourd'hui est favorable», a indiqué Gaétan Barrette, élu jeudi soir à la tête de la FMSQ. «Je ne saute pas au plafond, mais il y a une ouverture. M. Couillard a reconnu le problème de la parité salariale et il n'a pas dit qu'il n'était pas question d'abroger la loi 37.»

Interrogé à ce sujet, le ministre a affirmé que la question était «prématurée» mais ne l'a pas rejetée. «Il y a beaucoup de travaux à faire. Le gouvernement doit se préoccuper de la sécurité des patients [...]. Il y a plusieurs préalables à ce qu'on puisse éventuellement discuter de cette question.» M. Couillard a notamment justifié le maintien de la loi adoptée en juin dernier par les menaces de moyens de pression que font planer certains spécialistes depuis quelques semaines, notamment les obstétriciens. «Pour l'instant, la loi nous semble entièrement justifiée et nécessaire dans l'optique de protéger les patients.»

En entrevue au Devoir, M. Barrette a souligné que le retrait de la loi est pourtant une question «sine qua non» à toute reprise du dialogue. «Et ça va prendre une proposition plus généreuse, a-t-il dit. Si on va en médiation, il faudrait que le point de départ soit tel qu'on ait l'assurance de terminer dans une fourchette acceptable.» La FMSQ considère que le rattrapage de base de 12,5 % offert par Québec représente moins que ce que le gouvernement avait promis en 2003 dans une lettre d'entente. Selon M. Barrette, la différence de salaire entre les spécialistes québécois et canadiens est désormais plus grande qu'à l'époque.

Après avoir affirmé jeudi soir que la grogne des spécialistes pourrait être difficile à contenir, M. Barrette a mentionné hier qu'il croyait «qu'un règlement pourrait survenir assez rapidement [en cas de levée de la loi 37] pour que les actions individuelles des membres ne soient pas mises en application».

Selon le ministre Couillard, l'élection de M. Barrette comme président de la FMSQ «transmet le climat qui règne à la fédération». Il note que le nouveau président «est associé à une aile plus rigoureuse et plus revendicatrice», mais il n'en «fait pas un obstacle». En tant que président de l'Association des radiologistes depuis 1999, Gaétan Barrette a souvent mis en branle des moyens de pression au sein de la FMSQ. En juin dernier, il écrivait à la fédération pour lui demander de réagir coup pour coup à la stratégie du gouvernement. Il désirait aussi que ses membres ne prennent pas de nouveaux rendez-vous avec des patients cet automne. M. Barrette avait également été fort actif à l'occasion d'un bras de fer précédent entre Québec et les spécialistes, en 2002 et 2003.

Les jeunes

Premières victimes de ce conflit, les étudiants en médecine du Québec ont mené deux actions publiques hier pour dénoncer la stagnation du débat. La Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ) et la Fédération médicale étudiante du Québec (FMEQ) s'inquiètent toutes deux des conséquences du boycottage par les spécialistes de plusieurs activités d'enseignement, un des moyens de pression adoptés par la FMSQ.

Selon Martin Bernier, président de la FMRQ, la situation actuelle pourrait retarder l'entrée en pratique des futurs médecins. À l'heure actuelle, surtout à l'Université de Montréal, le mouvement des spécialistes a forcé l'annulation de plusieurs cours et d'examens physiques assistés, en plus d'avoir mis un terme au stage pratique d'environ 200 étudiants, les spécialistes ne les acceptant tout simplement plus lors de leur tournée auprès de patients.

La FMRQ appuie officiellement les revendications salariales des spécialistes mais pas leurs moyens d'action. La FMEQ a pour sa part effectué hier une marche de protestation entre l'hôpital Notre-Dame et les bureaux montréalais du ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard.