Quel avenir pour l'ADQ ?

Mario Dumont table sur une vague comme celle qui a porté les conservateurs de Stephen Harper lors des dernières élections fédérales.
Photo: Jacques Grenier Mario Dumont table sur une vague comme celle qui a porté les conservateurs de Stephen Harper lors des dernières élections fédérales.

Trois-Rivières — Y a-t-il un avenir pour l'Action démocratique du Québec? L'ex-président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Gilles Taillon, pense que oui puisqu'il vient d'accepter la présidence de cette formation politique, fondée il y a maintenant 12 ans. Et compte tenu des faibles appuis recueillis par l'ADQ dans les récents sondages, on ne peut pas accuser Gilles Taillon de faire preuve d'opportunisme crasse.

Dans l'entrevue qu'il a accordée au Devoir en vue du sixième congrès général de l'ADQ, qui s'ouvre aujourd'hui, Mario Dumont refuse de considérer que les prochaines élections générales représentent, pour son parti, celles de la dernière chance. «L'histoire d'un peuple n'a pas de dernière chance», affirme M. Dumont.

N'empêche qu'il est forcé d'admettre que «ce ne serait pas satisfaisant» si l'ADQ ne réussissait pas à obtenir mieux que les 12 ou 15 % que lui accordent les sondages. Il est difficile d'imaginer Mario Dumont se retrouver à l'Assemblée nationale après les prochaines élections aux côtés de deux ou trois députés «néo-créditistes», pour reprendre l'expression d'un chroniqueur, pendant toute la durée d'un mandat.

«On ne peut pas préparer une élection avec des "si" et des "peut-être" et des lendemains», dit-il. Le chef adéquiste n'a pas l'intention de se préparer au pire.

L'arrivée de Gilles Taillon est providentielle pour Mario Dumont. C'est excellent pour le moral des troupes et c'est surtout excellent pour le moral du chef, qui a connu une année difficile, avoue-t-il, disant voir dans cette adhésion un argument pour en susciter d'autres.

Non seulement Gilles Taillon a été président du CPQ, il a aussi une solide expérience de l'administration publique. Il a été vice-président de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) et également vice-président de la Fédération des commissions scolaires du Québec. Avant même que sa nomination ne soit annoncée, il a été associé à la rédaction des propositions qui seront débattues au congrès. «Il est reconnu universellement [sic] comme quelqu'un de modéré, de réfléchi dans ses positions, quelqu'un [qui est doté] d'un bon jugement», dit M. Dumont. Il a à coeur «de présenter des propositions politiques qui soient concrètes, qui soient applicables».

Des leçons retenues

En matière de programme, M. Dumont a beaucoup appris de la débâcle des élections de 2003. «C'était un mauvais programme», a-t-il déjà reconnu. Aux prochaines élections, l'ADQ n'abandonne pas ses objectifs, «mais on va arriver avec des mesures plus simples et mieux construites».

Il cite l'exemple des fameux bons de garde que l'ADQ avait inscrits à sa plate-forme électorale en 2003, qui auraient permis aux parents d'acheter des services de garde sous toutes les formes (CPE, garde en milieu familial, garderies privées, garde à la maison), une mesure complexe et difficile à expliquer. Aujourd'hui, l'ADQ propose une mesure beaucoup plus simple: une allocation compensatoire pour les parents qui n'envoient pas leurs enfants dans les garderies à 7 $ par jour. «Quand il y a 125 candidats qui font campagne là-dessus, les explications sont moins lourdes et moins longues», souligne Mario Dumont. On n'a qu'à imaginer le pauvre candidat adéquiste forcé d'expliquer dans une assemblée de cuisine les tenants et aboutissants de la flat tax lors de la campagne de 2003.

Jusqu'à maintenant, l'ADQ avait toujours refusé les étiquettes de gauche ou de droite. «Ce sont des appellations incontrôlées et incontrôlables», a déclaré Jean Allaire au Devoir. Mais n'en déplaise à ce fondateur de l'ADQ, ce refus des étiquettes est chose du passé. «Aujourd'hui, les adéquistes disent que leur parti est de centre-droite», souligne Mario Dumont. C'est d'ailleurs inscrit dans les nouveaux documents de l'ADQ. «S'autodéfinir plus clairement, c'est un facteur de cohésion.»

L'ADQ cherchera à éviter les positions extrêmes, ce qu'elle n'a pas toujours réussi à faire par le passé. «Les extrêmes au Québec, ça ne marche pas. C'est sûr qu'il faut se tenir au centre-droit», dit Mario Dumont. Le conservatisme moral n'a pas sa place ici.

Mario Dumont est toujours persuadé qu'il existe dans l'électorat québécois une inclination pour des positions plus à droite, malgré la performance actuelle de l'ADQ et la chute des conservateurs de Stephen Harper dans les sondages au Québec. Cette baisse est due en bonne partie au refus du gouvernement conservateur de respecter le protocole de Kyoto, selon Mario Dumont. «Il y a un thème — et c'est prouvé dans le monde — pour lequel il n'y a plus d'axe droite-gauche, surtout chez les plus jeunes générations, et c'est l'environnement», fait-il observer.

Il existe donc de l'avenir pour la droite au Québec. «Je suis sûr que ça peut rallier la majorité silencieuse, Mais pour les rallier, il faut avoir plus de Gilles Taillon», estime-t-il.

«La pertinence d'idées un peu plus à droite au Québec, pour moi, c'est une urgence. C'est sain. C'est nécessaire», livre-t-il. «Le Québec est allé trop loin de l'autre côté pendant une trop longue période. Le Parti québécois, avec son programme de centre-gauche, a livré la marchandise, y compris à des époques où c'était nécessaire.» Mais au gouvernement, le Parti libéral «n'a eu aucun courage». C'est un parti qui n'a «aucun tonus en matière d'idées politiques», un parti qui, «plus que jamais aujourd'hui, n'a d'autre objectif que la recherche du pouvoir, que de dépenser de l'argent pour se maintenir au pouvoir». C'est pourquoi le Québec a besoin d'un «recentrage», argue-t-il. «Je crois à l'équilibre des sociétés.»

Les visées adéquistes dans le domaine de la santé restent essentiellement les mêmes qu'en 2003 mais, encore là, elles sont exprimées plus simplement: les Québécois pourront payer de leur poche ou prendre de l'assurance privée pour obtenir des soins ou des traitements fournis exclusivement par le système de santé public à l'heure actuelle. «On va faire beaucoup campagne là-dessus», signale le chef adéquiste. «Si on avait à dire ce qui est le plus fondamental dans les changements que l'ADQ amène, c'est sûr que c'est la santé.»

Mais ce sont sans doute les mesures destinées à la famille, des mesures essentiellement natalistes, qui apparaissent les plus séduisantes pour la classe moyenne, les jeunes familles en particulier, la cible de prédilection de l'ADQ. Ainsi, les militants adéquistes débattront en fin de semaine d'une proposition pour verser aux familles un «baby bonus» de 5000 $ pour la naissance d'un troisième enfant et les suivants. L'ADQ entend également proposer que la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) couvre l'ensemble des frais pour les traitements de l'infertilité et que l'État offre une aide financière pour l'adoption internationale.

Dans les circonscriptions francophones à l'extérieur de la région de Montréal, l'ADQ compte faire des percées en profitant de la division du vote entre péquistes et libéraux. Gilles Taillon affirmait cette semaine que l'ADQ est capable de ravir des votes au PQ dans ces comtés. Déjà, on concède l'île de Montréal, où l'appui à l'ADQ est marginal, en deçà, bien souvent, du Parti vert. «S'il y a un mouvement ou une vague [en faveur de l'ADQ], c'est difficilement de Montréal qu'elle va partir», reconnaît le chef adéquiste.

Mario Dumont table sur une vague comme celle qui a porté les conservateurs de Stephen Harper lors des dernières élections fédérales, leur procurant dix sièges. «Quelques semaines de campagne de plus et ils en auraient peut-être eu 30», avance-t-il.

«Tous les résultats sont possibles», affirme le chef adéquiste. Le meilleur comme le pire. Après la montée fulgurante de l'ADQ dans les sondages en 2002 et l'effondrement aux élections de 2003, Mario Dumont est bien placé pour le savoir.