Les médecins spécialistes rejettent l'offre bonifiée de Québec

La guerre larvée entre Québec et les spécialistes ne connaîtra pas de répit. Hier, les spécialistes ont rejeté une nouvelle offre bonifiée du gouvernement, qui promettait au moins 10 % d'augmentation salariale à compter de 2008. Une proposition inacceptable pour les médecins, qui refusent de négocier quoi que ce soit tant que la loi 37 sera en vigueur.

Sitôt déposée, sitôt rejetée. Le gouvernement a tenté hier de mettre un peu d'eau froide dans la bouilloire des médecins spécialistes, déposant de nouvelles offres proposant notamment aux spécialistes et aux omnipraticiens un rattrapage salarial minimal de 10 % à compter de 2008. Les spécialistes ont répliqué vivement: l'offre est «inacceptable».

La tentative de Québec de renouer le dialogue avec les spécialistes a donc échoué une fois de plus. Par la voix du nouveau président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), le radiologiste Gaétan Barrette, la fédération a catégoriquement rejeté en début de soirée la proposition du gouvernement.

«Nous demeurons sous le régime d'une loi spéciale, et c'est inacceptable», a indiqué M. Barrette, qui a promis une direction «plus ferme» que celle de son prédécesseur, Yves Dugré. Réunis en assemblée spéciale hier pour élire le successeur de M. Dugré, les spécialistes ont estimé que la proposition gouvernementale ne «respecte pas les termes des lettres d'entente» qui ont été signées avec Québec ces dernières années.

Les moyens de pression vont continuer dans les prochains jours, a averti Gaétan Barrette, en citant l'exemple des obstétriciens qui ont menacé cette semaine de ne plus pratiquer d'accouchements à partir du 1er janvier. «Ils ont exprimé leur impatience... Ce n'est pas une consigne de la fédération, mais à la limite, je les encourage. La situation actuelle n'est pas normale. Les spécialistes ne sont pas traités équitablement dans notre société.» M. Barrette a laissé entendre que la FMSQ pourrait maintenant avoir de la difficulté à contenir la grogne de ses membres. «Nous nous assurerons que les moyens de pression à notre portée prennent la plus grande ampleur possible.»

L'offre présentée par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, proposait que le salaire des spécialistes soit augmenté de 10 % à compter du 1er avril 2008, pour commencer à diminuer le fossé qui existe entre la rémunération des spécialistes québécois et celle de leurs collègues canadiens. Deux ans plus tard, un autre réajustement de 2,5 % aurait été fait.

Québec prévoyait toutefois payer plus que ce qu'il a annoncé hier à compter de 2010. Le gouvernement voulait ainsi entamer dès maintenant le processus de médiation réclamé par les spécialistes pour régler en profondeur la question du rattrapage salarial par rapport aux spécialistes canadiens. Les recommandations du médiateur auraient pu être effectives en avril 2010 et bonifier l'offre annoncée hier, qui se voulait un point de départ pour les discussions. Mais pour la FMSQ, pas question de médiation sans une offre «plus substantielle» et, surtout, pas sous le coup d'une loi spéciale.

La proposition du gouvernement comprenait également le rétablissement du facteur d'évolution de pratique à 2 % (la loi accordait 1,5 % par année, montant prévu pour payer le salaire des nouveaux médecins) et un engagement ferme de conclure un accord sur la question de l'assurance-responsabilité professionnelle.

Cette dernière a été mise en lumière cette semaine par la menace des obstétriciens et des radiologistes de ne pas renouveler leurs assurances pour 2007 — donc de ne plus pratiquer —, si Québec ne négocie pas le partage du paiement des primes. Mais la fédération a été claire hier soir: il n'y aura aucune négociation tant que la loi 37 sera en vigueur. «Et il n'est pas question de régler une partie du dossier: nous le règlerons dans sa globalité ou pas du tout», a mentionné M. Barrette.

370 millions de plus

Au total, la proposition du gouvernement aux spécialistes aurait ajouté 370 millions au cadre financier de 468,5 millions fixé en juin par la loi 37. Cela signifiait que l'enveloppe consacrée à la rémunération des spécialistes aurait augmenté de 45 % et que le revenu moyen de ces médecins aurait grimpé au final de

29 %, selon les estimations de Québec, que contestent les spécialistes. Ceux-ci gagnent actuellement 232 000 $ par année, contre 342 000 $ pour leurs homologues canadiens.

Québec s'était engagé à combler en partie cet écart dans une lettre d'entente signée en 2003, mais mise sur la glace depuis. Le gouvernement reconnaît un écart de 10 % avec le reste de la profession canadienne (après pondération de plusieurs facteurs), alors que les spécialistes affirment que cet écart salarial est de l'ordre de 40 %.

En présentant son offre hier matin, Philippe Couillard avait dit souhaiter qu'elle arrive à calmer le jeu. «Actuellement, on est dans une situation qui n'est bénéfique pour personne, pas plus pour le gouvernement que pour la fédération et ses membres, et surtout pour les citoyens. Alors, il faut reprendre ces travaux-là [la médiation].» Le ministre avait ajouté qu'il «comprendrait difficilement qu'une telle ouverture ne soit pas accueillie favorablement».

Québec a par ailleurs réitéré qu'aucun moyen de pression ne serait toléré dans cette guerre larvée. Mercredi, le Conseil des services essentiels avait décidé de faire enquête sur la menace des obstétriciens.

L'offre faite aux spécialistes vaut aussi pour la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ). Contrairement à la FMSQ, la FMOQ a déjà entamé avec Québec le processus de médiation sur le rattrapage salarial. Aux dires du président Renald Dutil, la proposition d'hier «ne change pas grand-chose»: la fédération tenait pour acquis qu'un rattrapage de 10 % était un point de départ à la médiation. Québec a aussi reconnu cet écart dans une lettre d'entente. Les omnipraticiens estiment pour leur part que l'écart salarial les séparant de leurs collègues canadiens est de l'ordre de 35 % (environ 172 000 $ de revenu moyen contre 238 000 $ ailleurs au Canada).