Trente ans après le 15 novembre 1976 - Boisclair invite le Canada anglais à prendre le «beau risque» à son tour

Militants, anciens et députés actuels se sont réunis hier à Québec pour commémorer le 30e anniversaire de l’arrivée au pouvoir pour la première fois du Parti québécois. Sur la photo, André Boisclair salue la foule.
Photo: Clément Allard Militants, anciens et députés actuels se sont réunis hier à Québec pour commémorer le 30e anniversaire de l’arrivée au pouvoir pour la première fois du Parti québécois. Sur la photo, André Boisclair salue la foule.

Québec - Devant un auditoire d’un millier de militants venus fêter le 30e anniversaire de la première victoire du Parti québécois, André Boisclair a exhorté ses troupes de s’inspirer du courage des «héros» de 1976 pour mener à la tenue d’un prochain référendum sur la souveraineté du Québec.

«On n’aura pas peur de poursuivre sur notre chemin. Ce sera d’autant plus agréable qu’il apparaît maintenant plus clair que jamais que l’affaire de la souveraineté, ce n’est pas l’affaire d’une génération», a lancé André Boisclair dans un discours livré sur le ton de la prédication.
Le chef péquiste arborait un macaron sur lequel il était inscrit : «Demain. nous appartient». Cette phrase a ponctué une partie de son discours . Il n’a pas manqué de s’en prendre aux «adversaires» de la souveraineté qui «sont capables de faire jouer les vieux arguments de la peur», de faire n’importe quoi comme au référendum de 1995 qu’ils ont gagné «de façon non-honorable».
André Boisclair a dénoncé ceux qui disent que ces sont les Canadiens qui ont raison «d’être fiers de leur identité», qui «pratiqueraient un nationalisme plus ouvert, plus rafraîchissant, plus moderne, plus branché. sur le monde d’aujourd’hui et que nous aurions une vision du passé, repliée sur nous-mêmes».
Plus tôt dans la journée, devant une vingtaine d’anciens députés péquistes, André Boisclair avait dit vouloir s’inspirer du «courage» de René Lévesque quand il a pris le Beau risque. «C’est à cause du Beau risque qu’on a eu le débat sur Meech, c’est à cause de son Beau risque qu’on a connu le référendum de 1995», a affirmé M. Boisclair. C’est maintenant aux fédéralistes de s’inspirer du courage de M. Lévesque. «Nos amis fédéralistes doivent ‘revisiter’ la question nationale. C’est à leur tour de prendre le Beau risque et d’engager avec les souverainistes un nouveau dialogue», a-t-il dit.
En cette soirée de commémoration, André Boisclair a invité les militants à ne pas céder à la nostalgie. Mais la nostalgie était certes au rendez-vous hier à L’Impérial de Québec rempli à capacité. La fête était animé par le comédien Emmanuel Bilodeau, qui a incarné René Lévesque à la télévision. Le chanteur Dan Bigras a fait une brève prestation. Des images de cette fameuse soirée électorale du 15 novembre 1976 au Centre Paul-Sauvé furent diffusées sur écran géant dont le discours de la victoire de René Lévesque.
Tous les anciens premiers ministres péquistes avaient été invités à cette soirée mais seul Bernard Landry a accepté d’y participer. Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, était également présent. Acclamé, Bernard Landry a livré une brève allocution dans laquelle il a désigné les mots qui avait dominé, selon lui, cette soirée électorale : surprise, espoir et fierté. Une vingtaine d’anciens députés péquistes élus en 1976 étaient de la partie.
Les 30 ans de la victoire du PQ furent aussi l’occasion pour le député de Borduas, Jean-Pierre Charbonneau, élu pour la première fois en 1976, de dire adieu à l’Assemblée nationale
Durant sa dernière allocution en Chambre, M. Charbonneau a renouvelé sa profession de foi souverainiste, pour sortir le Québec de «l’ambivalence confortable mais toxique» dans laquelle il se maintient, et a rappelé les engagements qui ont jalonné son parcours politique.
Ancien ministre responsable de la réforme parlementaire, M. Charbonneau a plaidé en faveur d’une réforme en profondeur du mode de scrutin, qui assurerait «une plus large participation citoyenne au processus décisionnel».
Il s’est également prononcé en faveur d’élections à date fixe.
«J’ai tenté de forcer le jeu et d’amener d’abord une profonde réforme parlementaire puis une véritable révolution de nos institutions démocratiques. J’ai proposé et propose toujours, comme le fondateur du Parti québécois d’ailleurs, un mode de scrutin qui traduise mieux la diversité de logique de notre société et qui assure que tout gouvernement reposera d’abord sur une volonté majoritaire du peuple plutôt que sur une majorité parlementaire issue presque toujours d’une minorité populaire qui peut parfois être aussi basse que
35 %», a dit l’ex-ministre.
Au printemps, il s’était associé au collectif Québec-Plus-Démocratie, prônant un large débat démocratique sur la question nationale. Il avait alors lancé l’idée qu’un gouvernement du PQ pourrait tenir un référendum sur autre chose que la souveraineté, et pourrait emprunter la voie autonomiste, si tel était le voeu de la population, avant d’être aussitôt rabroué par M. Boisclair.
Criminologue de formation et ex-journaliste du Devoir et de La Presse, il a été élu en 1976 député de Verchères, puis réélu en 1981 et 1985. Par la suite, il a s’est retiré de la politique à la fin des années 80 et au début des années 90 pour se consacrer à la coopération internationale en Afrique.
Il revient à ses anciennes amours, en septembre 1994, dans la nouvelle circonscription de Borduas où il sera réélu en 1998 et en 2003.
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Avec la Presse Canadienne