Une accusation qui tombe à plat

Québec — L'opposition officielle pensait porter un grand coup en dévoilant que le gouvernement Charest avait inscrit à la dette, en 2005-06, un déficit caché de quatre milliards de dollars. Mais, manque de pot, cette révélation embarrassante est survenue le jour même où l'agence de notation de crédit Moody's augmentait la cote du Québec de Aa3 à Aa2.

À l'Assemblée nationale, le chef de l'opposition officielle, André Boisclair, a accusé le gouvernement de manquer de transparence quand il augmente la dette du Québec de quatre milliards alors qu'il fait «des belles publicités pour dire qu'il met 500 millions dans le Fonds des générations», un fonds créé pour réduire la dette.

Le premier ministre Jean Charest a eu le beau jeu en répliquant que la firme Moody's venait tout juste de relever d'un cran la cote de crédit du Québec après l'avoir augmentée en juin dernier. «Il y a des fois où les choses tombent vraiment bien», a dit Jean Charest, chanceux comme un bossu.

Le ministre des Finances, Michel Audet, en a remis en soulignant que la cote de crédit du Québec, «croyez-le ou non, est au niveau maintenant de 1975, avant les référendums péquistes». Avant aussi un certain 15 novembre 1976, quand pour la première fois le Parti québécois a pris le pouvoir.

Le député de Rousseau et critique de l'opposition officielle en matière de finances, François Legault, a signalé que Moody's avait amélioré la cote du Québec en raison d'un changement de méthodologie. Ce changement s'applique aux cotes de plusieurs États d'Amérique et de huit provinces canadiennes. Or les cotes des provinces canadiennes ont aussi été revues à la hausse et le Québec passe de 7e à la dernière place, avec Terre-Neuve-et-Labrador, la Nouvelle-Écosse et l'Île-du-Prince-Édouard, a indiqué M. Legault.

Au cours d'une conférence de presse en matinée, alors qu'il ignorait que la cote de crédit du Québec avait été relevée, M. Legault a exposé le fait que la dette nette du Québec était passée de 99 milliards à 104,7 milliards en 2005-06, soit une augmentation de 5,7 milliards, une information contenue dans les comptes publics 2005-06 publiés à la fin d'octobre. La majeure partie de cette somme, soit 3,4 milliards, provient d'une modification comptable visant les transferts — essentiellement la péréquation — du gouvernement fédéral.

Dans son rapport de mars dernier, le vérificateur général, Renaud Lachance, a calculé que les gouvernements successifs avaient inscrit des déficits d'une valeur de 5,3 milliards depuis l'adoption, en 1996, de la Loi sur l'équilibre budgétaire, désignée sous le vocable de «loi sur le déficit zéro». De ces déficits accumulés, une somme de quatre milliards est imputable au gouvernement libéral et 1,3 milliard au gouvernement péquiste.