Ottawa et Québec font cause commune pour la diversité culturelle

Invoquant l'urgence commune de mettre un frein à l'homogénéisation des cultures, Ottawa et Québec ont mis hier tout leur poids politique afin d'encourager les États américains à adopter massivement la Convention sur la promotion de la diversité des expressions culturelles. Leur espoir? Faire en sorte que soient réunies les 30 signatures nécessaires pour que la convention entre en vigueur d'ici la fin de l'année 2006.

Jusqu'à présent, moins d'une vingtaine d'États ont ratifié cette convention adoptée par la Conférence générale de l'UNESCO en octobre 2005. «On est plutôt optimiste et plutôt encouragé par l'état actuel des choses, a commenté la ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp. Il y a maintenant 16 pays qui ont totalement terminé la ratification de la convention, et on sait qu'on va atteindre le chiffre de 29 d'ici la fin de l'année.»

Pour entrer en vigueur, la convention doit être entérinée par au moins 30 États membres. Mais la ministre Beauchamp estime qu'il s'agit là d'un minimum. «Trente pays c'est le minimum; nous visons à ce qu'il y en ait beaucoup plus de manière à donner [à la convention] toute la force et la légitimité nécessaires.»

À ses côtés, la ministre du Patrimoine canadien Beverley Oda a confirmé l'intention de son gouvernement de «travailler de concert avec le Québec» pour encourager l'acceptation de la convention par un plus grand nombre de pays possible. «Nous tous, réunis aujourd'hui, savons qu'il est important que nos gouvernements prennent des mesures pour s'assurer que les citoyens puissent dire haut et fort ce qui les distingue.»

Les deux ministres étaient réunies hier, à Montréal, à l'occasion de la réunion des ministres et des hauts fonctionnaires chargés de la Culture au sein de l'Organisation des États américains (OEA). Pas moins de 34 États sont représentés au Ritz-Carleton où, jusqu'à ce soir, on discute à huis clos d'identité, de culture, de patrimoine et d'éducation. Il s'agit de la troisième édition de ce rendez-vous biennal créé en 2001, à Québec, lors du Sommet des Amériques.

Pour le Québec, il s'agit d'une tribune en or. Au cours d'entretiens particuliers avec ses homologues du Brésil et d'Haïti, Mme Beauchamp a en effet pu faire valoir combien il est important de participer activement à la mise en oeuvre de la Convention dès 2007. Jusqu'à présent, les États américains ont été peu nombreux à faire le saut. Sur 16 pays ayant ratifié la convention, seuls cinq sont américains. Une situation qui doit changer, estime Mme Beauchamp. «Un jour va se constituer la mise en oeuvre de la convention et là, bien sûr, il faut que les Amériques soient présentes en grand nombre.»

Le Québec ne cache pas sa crainte de voir les lois du marché s'appliquer au secteur culturel. Des lois qui ne peuvent que mener à une «vision monolithique des cultures voire à la disparition de certaines d'entre elles au profit des plus "rentables"», a dit la ministre Beauchamp dans son allocution. Un enjeu qui concerne tous les États américains. «Notre défi à tous, c'est de côtoyer un géant, les États-Unis, et d'être capable d'assurer un rayonnement en dépit de leur très fort rayonnement, car la culture est leur secteur numéro un. En terme d'exportation, ça passe devant l'automobile ou le pharmaceutique.»

Lorsqu'elle aura force de loi, la nouvelle convention permettra à la culture de ne plus être considérée comme une marchandise soumise aux diktats des accords commerciaux. Ce changement aura pour effet concret d'augmenter la marge de manoeuvre des États signataires, qui pourront alors élaborer les politiques de leur choix pour protéger leur industrie culturelle.