Autoroute 25: feu vert au projet avant la fin des consultations

Le ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Claude Béchard, a autorisé la semaine dernière les travaux préparatoires, en rives lavalloises, à la construction de l'autoroute et du pont de la 25, alors que la consultation publique qu'il a lui-même requise par décret n'est pas terminée.

En effet, les citoyens et groupes ont jusqu'à 16h cet après-midi pour remettre leurs mémoires et leurs recommandations sur les impacts sonores et visuels des travaux envisagés de même que sur le sort des milieux humides qui seront touchés par les nouvelles dessertes de l'autoroute. Selon les avis publics du ministère des Transports, la consultation doit aussi englober les mesures d'atténuation ainsi que les mesures de protection qui devraient être mises en place pour «la protection et la mise en valeur des milieux humides à Laval».

Mais mardi dernier, le 7 novembre, soit plus d'une semaine avant la fin de la période de consultation publique, le ministère de l'Environnement, par son directeur des évaluations environnementales, Jacques Dupont, signait le certificat d'autorisation qui donne le feu vert aux travaux.

Or c'est le conseil des ministres lui-même qui a exigé la tenue de cette consultation. En effet, la onzième des 33 conditions prescrites dans le décret d'autorisation de l'autoroute 25, adopté le 22 décembre 2005 par le conseil des ministres, exige du ministère des Transports du Québec qu'il tienne une véritable consultation sur les approches de la future autoroute du côté lavallois.

Les travaux en question ne sont pas des travaux mineurs: ils consistent à relocaliser l'avenue Roger-Lortie, dont une voie réservée aux autobus en direction nord jusqu'à la montée Masson; le début de la bretelle d'accès à la voie réservée direction sud, le réaligement de la montée Masson, de l'avenue Marcel-Villeneuve et du rang Saint-François, la construction de deux bretelles autorisant des échanges entre l'autoroute 440 et la montée Masson ainsi que le raccordement de l'avenue Roger-Lortie à la montée Masson et la relocalisation de l'accès à la polyvalente Leblanc.

Invité à commenter la précipitation des ministères des Transports et de l'Environnement ainsi que le non-respect de la onzième condition du décret de la 25, le porte-parole du Conseil régional de l'environnement de Montréal, André Porlier, a précisé que son organisme allait, dans un premier temps, saisir le Protecteur du citoyen de ce «manque flagrant de considération pour les processus démocratiques de consultation». Il raconte qu'on lui a dit au ministère de l'Environnement qu'on était très à l'aise avec la décision d'autoriser des projets une semaine avant la fin de la période de consultation préalable, prévue par la loi.

«On peut même se demander, a-t-il dit, si le certificat d'autorisation émis la semaine dernière est légal parce qu'il peut avoir été émis sur des bases incomplètes. Tout comme on peut douter de la valeur du rapport de consultation produit par le ministère des Transports, deux jours après la séance publique de consultation et une semaine avant le dépôt des mémoires. Il serait surprenant qu'on ait pu tenir compte de toutes les préoccupations des citoyens.» André Porlier s'interroge aussi sur la valeur des analyses réalisées par les gestionnaires environnementaux, qui délivrent un certificat d'autorisation 24 heures après avoir reçu le rapport du promoteur gouvernemental et sans exiger le respect du délai de la consultation publique officielle.

Pour le CRE de Montréal, l'attitude des deux ministères, celui qui demande et celui qui autorise, rejoint les mesures arbitraires adoptées par le gouvernement Charest pour modifier unilatéralement le schéma d'aménagement de la Ville de Montréal en septembre afin d'autoriser le prolongement de la 25 vers Laval. On est dans la même logique, ajoute-t-il, de l'étude d'impacts tronquée qui a été produite pour le prolongement de l'autoroute et le pont, où toutes les questions d'impacts biophysiques qui constituent une partie essentielle des audiences ont été soustraites au débat public, tout comme la question des péages, qui vont influencer le niveau d'utilisation de ce pont et, ultimement, l'étalement urbain.