L'ADQ recrute l'ancien porte-parole du patronat

Gilles Taillon
Photo: Jacques Nadeau Gilles Taillon

L'Action démocratique du Québec s'est trouvé un nouveau président en la personne de Gilles Taillon. L'ancien président du Conseil du patronat voit dans le parti de Mario Dumont la troisième voie qu'appellerait à grands cris la communauté d'affaires.

Québec — L'Action démocratique du Québec confirme qu'elle campe résolument à droite de l'échiquier politique en désignant à sa présidence l'ancien président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Gilles Taillon.

Accompagné par le nouveau président de l'ADQ, le chef Mario Dumont en a fait l'annonce hier en conférence de presse. Gilles Taillon remplace Yvon Picotte, qui demeure au parti pour s'occuper de l'organisation électorale. M. Taillon a été désigné «par acclamation» puisqu'il était le seul candidat en lice vendredi, jour de clôture des mises en candidature en vue du congrès de l'ADQ qui se déroulera en fin de semaine à Trois-Rivières. M. Dumont a aussi indiqué que le parti trouverait à M. Taillon une circonscription dans laquelle se présenter aux prochaines élections générales.

«Dans la communauté des affaires, depuis plusieurs semaines, plusieurs mois, la nécessité d'une troisième voie fait l'objet de toutes les rumeurs», a dit Gilles Taillon. Or nul besoin de créer de toutes pièces cette troisième voie puisqu'elle existe en l'ADQ.

Pourtant, à titre de président du CPQ, poste qu'il a occupé de 1998 à 2006, M. Taillon n'a pas ménagé les louanges à l'endroit du programme électoral libéral en 2003 et des discours inauguraux du premier ministre Jean Charest. C'est «musique à nos oreilles» avait-il dit du discours inaugural de 2003 en se réjouissant de l'accent mis sur la réduction de la taille de l'État et les baisses d'impôt. Lors du discours inaugural de 2004, M. Taillon s'était dit «fier» de son contenu.

«Les changements annoncés étaient de la musique à mes oreilles; les changements effectués n'ont pas résonné», a déclaré, hier, M. Taillon. Il a accusé le gouvernement libéral de «stagnation», d'«immobilisme» et d'avoir «peur de faire des changements à cause des résistances».

En 2002, Gilles Taillon s'était opposé au programme adéquiste en matière de santé. L'ADQ propose encore aujourd'hui d'accorder aux Québécois la possibilité de payer de leur poche les soins de santé dont ils ont besoin. M. Taillon estimait que le financement à la fois public et privé de la santé conduit à des «des systèmes qui coûtent beaucoup plus cher». À l'ADQ, on a précisé, hier, que M. Taillon s'exprimait jadis pour le CPQ et qu'il appuie totalement le programme actuel de l'ADQ en matière de santé.

Son arrivée à la présidence du parti n'a «pas peinturé l'ADQ à gauche», a ironisé M. Taillon. L'ADQ est une formation de centre droit, selon lui. «Ce n'est pas un parti de la communauté des affaires», a-t-il soutenu. «Dans quelques semaines, quand vous verrez le programme et les engagements, vous ne pourrez pas qualifier l'ADQ d'extrême droite.»

Gilles Taillon ne croit pas qu'il soit «suicidaire» de se joindre à un parti qui croupit dans le creux de la vague avec des intentions de vote qui oscillent autour de 12 %, selon les derniers sondages, et dont les appuis dans la grande région de Montréal sont insignifiants. Avec son chef «crédible», «une offre politique sérieuse» et «une bonne explication», l'ADQ peut remonter la pente, croit-il.

Sur la question nationale, M. Taillon a rappelé que l'ADQ défend une position autonomiste et réclame des changements constitutionnels, se présentant comme une troisième voie entre «le fédéralisme à genoux» des libéraux et «la séparation à tout crin» des péquistes. Il trouve injustifiée l'assertion qui veut que l'ADQ divise le vote fédéraliste et favorise le PQ. «Un vote adéquiste peut aussi priver le PQ de votes souverainistes. Si on s'en va dans l'autonomie, on ratisse aussi dans la clientèle du PQ.»

Mario Dumont, qui ne s'émouvait guère des rumeurs d'élections à l'automne que, selon lui, le PQ alimentait, a souligné que la véritable période préélectorale s'amorce pour l'ADQ. Les contributions des quelque «10 000 membres et adhérents aux activités» ont permis de rembourser la dette qui se situe maintenant sous la barre du million de dollars, a-t-il précisé. «Notre banquier dort sur ses deux oreilles.»

De toute façon, s'il fallait que les critères pour juger de la valeur des partis politiques reposent sur leur santé financière respective, «donnons le Québec sur un plateau d'argent aux libéraux», a lancé M. Dumont. «On pourrait faire une longue réflexion collective: comment le parti le plus impopulaire de l'histoire du Québec, conspué par son peuple, a fait des records de campagnes de financement? Il faut remonter à Tommy D'Errico pour trouver l'équivalent.»

Joint hier, le président de la FTQ, Henri Massé, qui a côtoyé pendant plusieurs années M. Taillon, son homologue patronal, lui a souhaité bonne chance sur un ton légèrement ironique. «Je savais qu'il avait un faible pour la droite, mais pas pour une droite à ce point à droite», a-t-il dit.