Mouvement démocratie-souveraineté - Des intellectuels veulent regénérer le débat public

Québec — Déplorant la «confusion totale» des débats actuels mais aussi «l'état piteux de notre démocratie», sans oublier «l'idée de la souveraineté, somnolente», le juge à la retraite Marc Brière a décidé de fonder un nouveau Mouvement démocratie-souveraineté (MDS), qui tiendra son assemblée de fondation dimanche à Montréal. Le sociologue Guy Rocher et l'historienne Hélène Pelletier-Baillargeon y prendront la parole.

Récemment, M. Brière, 77 ans, hyperactif dans les milieux souverainistes depuis les années 60 (il a entre autres participé à la fondation du Parti québécois), a fait paraître une publicité dans nos pages, intitulée «Appel aux intellectuels québécois» et signée par quelque 40 personnalités, dont Claude Béland, ancien président du Mouvement Desjardins, Jean-Roch Boivin et Louis Bernard, anciens membres des cabinets de René Lévesque, Yves Duhaime et Jean-Pierre Charbonneau, anciens ministres, et Yves Michaud, le «Robin des banques». On notait aussi des noms très connus des milieux intellectuels et universitaires, par exemple l'écrivain Pierre Vadeboncoeur, les historiens Gérard Bouchard et Jacques Beauchemin, les juristes Julius Grey et Henri Brun, la journaliste Hélène Pedneault, l'ancien journaliste Paul Cliche, l'ancien recteur de l'UQAM Claude Corbo, les politologues Guy Lachapelle et Denis Monière, le philosophe Michel Seymour, les sociologues Jacques Beauchemin et Louise Vandelac, etc.

La réunion aura lieu à Montréal, à la salle DS-R 525 du pavillon De Sève de l'UQAM, au 315, rue Sainte-Catherine Est, à 13h15. L'invitation s'adresse toutefois uniquement aux «intellectuels», mot auquel M. Brière confère cependant une définition large: «Toute personne ayant atteint un niveau appréciable d'expertise "citoyenne" dans quelque domaine d'activité ou de pensée.» Le but est de former des cercles de réflexion et de discussion «sur l'avenir de la nation québécoise, le projet d'une citoyenneté québécoise, l'élaboration d'une constitution républicaine, la solidarité nationale». Les rencontres seront mensuelles et prendront la forme de 5 à 7 «dans un restaurant central».

Manifeste controversé

M. Brière avait créé une certaine commotion en mai lorsqu'il avait signé, avec les Beauchemin, Boivin, Lachappelle et autres, le Manifeste pour une approche réaliste de la souveraineté, dans laquelle ils affirmaient que 50 % des voix plus une ne suffiraient pas à réaliser la souveraineté. Ardent défenseur de l'adoption par le Québec, avant la souveraineté, d'une constitution québécoise, il avait fondé en 2002 une autre «patente» (pour reprendre son terme), le Mouvement pour une nouvelle constitution québécoise (MONOCOQ).

Joint à Montréal, le sociologue Guy Rocher a confié qu'il préparait pour dimanche un exposé sur la question de la souveraineté à partir d'un point de vue «très personnel». Il rappellera que l'ancien nationalisme canadien-français a ni plus ni moins conçu l'idée d'une «nation canadienne» affranchie de l'Empire puis du Commonwealth britanniques. «Nous, Canadiens français et Québécois, pouvons donc dire que nous avons une tradition d'intérêt pour la souveraineté.» Selon lui, l'idée d'indépendance du Québec «s'inscrit dans cette même trajectoire».