C. difficile: Couillard demande une enquête publique du coroner

Québec — Après le onzième décès causé par la bactérie C. difficile à l'hôpital Honoré-Mercier de Saint-Hyacinthe, le gouvernement Charest a décidé, hier, de demander au coroner de mener une enquête publique sur cette série fatale.

À l'issue de la réunion du conseil des ministres, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, a annoncé que le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, avait demandé, par lettre, à la coroner en chef Danielle Bellemare qu'une enquête publique soit menée afin d'élucider les raisons des infections au Clostridium difficile qui ont touché 31 patients de l'hôpital Honoré-Mercier ces derniers mois, selon le dernier décompte.

«Ce qui est anormal, ce n'est pas d'avoir un cas — là ou ailleurs — d'infection, c'est qu'on en ait trop dans une période réduite et que, semble-t-il, d'après les informations qui ont été transmises dans les documents internes de l'établissement, des déviations majeures des protocoles, qui, pourtant, ont été communiquées, auraient été observées dans l'établissement», a indiqué M. Couillard dans un point de presse.

Théoriquement, c'est au coroner de décoder si enquête il y aura et si celle-ci sera publique. Le bureau du coroner n'a pas fait de difficulté: il y aura une enquête publique conduite par Me Catherine Rudel-Tessier, a confirmé la porte-parole Marie-Ève Bilodeau. Me Rudel-Tessier a mené l'an dernier l'enquête sur des décès survenus dans des résidences privées de personnes âgées.

Pendant le déroulement de l'enquête du coroner, le gouvernement et le ministre pourront éviter de répondre aux questions sur la série de décès à l'hôpital Honoré-Mercier. «L'enquête suit son cours», pourra-t-on répliquer. La coroner en chef souhaite que le rapport de Me Rudel-Tessier soit rendu public à l'intérieur d'un délai d'un an, a fait savoir la porte-parole. Nombre d'événements pourraient survenir d'ici là, à commencer par des élections générales au Québec.

Selon M. Couillard, l'enquête ne portera pas sur les infections à C. difficile et ne cherchera pas non plus à identifier les coupables. «Si on commence la question "Qui a fait ça, qui est responsable?", il y a une chose de sûre, on n'apprendra et on n'aura pas de leçon valable en fin de processus», a-t-il dit, citant son expérience, lui qui a participé à maintes reprises, en tant que médecin, à des examens de complications et de décès survenus dans les hôpitaux. «La question à poser, c'est: qu'est-ce qui s'est passé?», a fait valoir le ministre.

Lors de la période de questions à l'Assemblée nationale, M. Couillard a soutenu qu'il était actuellement «tout à fait sécuritaire» pour un patient de se faire traiter à l'hôpital Honoré-Mercier, où la situation est redevenue «sous contrôle». Rappelant que la prévalence du C. difficile avait chuté de 40 % depuis que le ministère a déployé son plan d'action, M. Couillard a dit qu'«il n'est absolument pas nécessaire de recommander aux Québécois de retarder, de différer ou d'annuler une visite ou un traitement à l'hôpital compte tenu de la situation actuelle». Selon le ministre, «nos hôpitaux sont parmi les plus sécuritaires au monde».

Le chef de l'opposition officielle, André Boisclair, a voulu, hier, se faire l'écho de l'inquiétude de la population. «Non seulement le monde a peur, au Québec, d'aller sur nos routes, il a peur d'aller dans les hôpitaux», a-t-il lancé au premier ministre Jean Charest.

La porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, Louise Harel, a signalé que les données sur le programme de surveillance des infections à C. difficile qui figurent sur le site Internet du ministère avaient du retard. Les dernières données remontent à la fin de juin. Elle en a aussi appelé à la tolérance zéro. «Est-ce que ce qui serait responsable, justement, ce ne serait pas de viser la tolérance zéro en matière d'infections nosocomiales? Le ministre, quand il parle, c'est de résignation [qu'il] parle. Je ne pense pas que ça console les familles éprouvées par les décès à Honoré-Mercier.»

La tolérance zéro en cette matière est chose impossible, a rappelé M. Couillard. «Il n'y a pas un pays au monde, il n'y a pas un système de santé au monde qui a zéro infection nosocomiale. En temps normal au Québec, compte tenu de l'incidence prévisible, il y a de 2000 à 3000 cas par année de C. difficile», un fait qui s'avérera même quand le Parti québécois reviendra au pouvoir, a dit M. Couillard.