Québec accepte de payer l'équité salariale

Québec — Après trois décennies d'attente et d'incertitude, la patience des femmes employées de l'État sera bientôt récompensée: elles recevront, en avril 2007, toute la rétroactivité à laquelle elles ont droit depuis 2001 au chapitre de l'équité salariale.

Ainsi, pas moins de 360 000 travailleuses des secteurs public et parapublic pourront célébrer l'arrivée du printemps en se partageant 1,7 milliard de dollars.

La présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, n'était pas peu fière, hier, d'annoncer que son gouvernement renonçait d'en appeler de la décision rendue publique la veille par la Commission de l'équité salariale, même si ce choix entraînera une ponction supplémentaire à ce qui était prévu de 242 millions en fonds publics cette année.

En clair, la décision de Québec lève le dernier obstacle à l'application de l'entente conclue en juin dernier entre le gouvernement et les centrales syndicales, en vue de reconnaître à sa pleine valeur le travail effectué par les femmes.

Les employées de l'État oeuvrant dans des catégories d'emplois à prédominance féminine vont donc avoir droit à des ajustements salariaux récurrents — dans bien des cas substantiels — à compter de janvier 2007, sans compter un paiement forfaitaire pour les six dernières années, incluant les intérêts, qui sera versé en avril 2007.

Tout sourire, la ministre Jérôme-Forget, qui venait de convaincre ses collègues du conseil des ministres d'allonger les 242 millions manquants, a parlé d'une journée «historique» pour les femmes.

«L'équité, c'est réglé», a-t-elle dit en conférence de presse, en ajoutant que «le travail des femmes est désormais d'égale valeur à celui des hommes dans les secteurs public et parapublic au Québec».

Chose peu courante, la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, partageait pleinement l'enthousiasme de la présidente du Conseil du trésor. «Une grande page de l'histoire des femmes vient d'être écrite aujourd'hui», selon elle.

Par exemple, une infirmière au sommet de l'échelle peut s'attendre à voir son salaire être majoré de 5185 $ par année, à compter de janvier, sans compter un paiement de rétroactivité de 11 076 $.

Une enseignante dans la même situation aura droit à un salaire de 1588 $ plus élevé, en plus de recevoir un chèque de rétroactivité de 2578 $. Pendant ce temps, une préposée aux bénéficiaires verra son salaire augmenter de 2138 $ et encaissera un paiement de rétroactivité de 3848 $.

Pour le gouvernement, les coûts récurrents au chapitre de l'équité salariale s'élèveront à 825 millions de dollars par année. Quant au délai de cinq mois annoncé avant l'expédition des chèques, Mme Jérôme-Forget a dit qu'il était «physiquement impossible» de procéder plus rapidement.

À propos de la ponction supplémentaire de 242 millions dans les coffres de l'État, la présidente du Conseil du trésor a convenu que la somme «ne sera pas facile» à trouver dans un délai aussi restreint.

Vu l'importance des sommes engagées, Québec avait tenté d'étirer l'élastique au maximum et avait demandé à la Commission de l'équité salariale de l'autoriser à se prévaloir du délai ultime prévu par la loi pour payer sa dette aux femmes, soit le 21 novembre 2008.

Mais l'organisme, dans une décision divisée (à deux contre un), a conclu mardi que le gouvernement — contrairement à ce qu'il prétendait — avait les moyens de rembourser toute la rétroactivité due aux femmes depuis 2001 en six ans et sept versements, ce qui portait l'échéance ultime à novembre 2007.

Québec aurait pu en appeler à la Commission des relations du travail mais y a renoncé.