Les propriétaires de bars veulent la suspension de la loi sur le tabac

Les propriétaires de bars qui réclament des modifications à la loi québécoise sur le tabac mise en place le 31 mai dernier vont tenter, lundi prochain en Cour supérieure, d'en obtenir la suspension, uniquement pour les bars.

Pour y parvenir, ils vont évoquer la fermeture de certains bars et les pertes d'emplois qui en découlent, ainsi que la baisse des revenus notée dans les bars, les brasseries, les tavernes et les pubs qui, craignent-ils, devrait s'accentuer au cours de la saison hivernale.

En conférence de presse, hier, les représentants de l'Union des tenanciers de bars du Québec, avec en tête Peter Sergakis, ont signalé que Statistique Canada avait évalué à 10 % la baisse des ventes dans les débits de boisson uniquement pour le mois d'août. Quant aux principaux brasseurs, ils auraient enregistré une baisse de revenus provenant des ventes faites dans les bars de 12 % au cours des derniers mois.

Devant le juge de la Cour supérieure, M. Sergakis et son avocat Julius Grey déposeront une dizaine de déclarations assermentées signées par des tenanciers de bars ayant dû fermer leurs portes ou qui sont sur le point de le faire en raison de la loi antitabac. Parmi eux, Martine St-Gelais, de Girardville (au nord-ouest de Roberval), Paul Toulouse, de Beauceville (qui a fermé son établissement le 3 septembre et mis à pied 32 employés), Sylvain Bessette, de Saint-Hubert, qui a fermé le Brooklyne le 16 juin et mis à pied neuf employés.

«Notre requête visant l'annulation de la loi sur le tabac va être entendue l'an prochain. Vu les baisses des ventes et les fermetures de bars, on cherche à faire suspendre la loi, seulement dans les bars, d'ici à ce que notre requête soit entendue», a expliqué dans un entretien téléphonique M. Sergakis, qui possède une quinzaine de bars, dont le Complexe Sky, dans le village gai à Montréal.

M. Sergakis craint particulièrement les mois d'hiver. «À l'heure actuelle, les gens peuvent encore fumer à l'extérieur sans avoir de gros manteaux. Ils me disent qu'ils ne viendront plus bientôt parce qu'ils ne voudront pas aller fumer dehors», a-t-il rapporté.

Il note que les habitudes de consommation sont en train de changer, au détriment des bars. «Les gens vont au dépanneur et achètent de la bière ou vont à la Société des alcools. Puis ils rentrent à la maison et boivent et fument avec leurs amis.»

M. Sergakis relate avec envie ce qui s'est produit il y a quelques années en Colombie-Britannique.

«Quatre-vingt-dix jours après l'entrée en vigueur de la loi antitabac, les ventes ont fortement chuté. Le gouvernement s'est assis avec les tenanciers de bars et ils ont convenu de séparer les établissements en deux parties étanches, dont l'une pour les fumeurs avec une bonne ventilation», a-t-il signalé.