Jean Charest et Benoît Pelletier présentent la nouvelle politique québécoise - Le Québec réintègre le giron de la francophonie canadienne

Québec — Le gouvernement Charest a dévoilé hier en grande pompe une nouvelle politique qui marque le retour du Québec «dans le giron» de la francophonie canadienne.

Aux côtés de plusieurs représentants d'associations de Canadiens français et d'Acadiens, le premier ministre Jean Charest et le ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Francophonie canadienne, Benoît Pelletier, ont rendu publique la nouvelle politique en matière de francophonie canadienne, un document d'une trentaine de pages intitulé «L'avenir en français».

«Jamais un gouvernement au Québec n'a fait autant pour renforcer les liens entre les Québécois et les autres francophones du Canada», a dit Benoît Pelletier dans une allocution prononcée devant quelques centaines de personnes réunies au Salon rouge du Parlement. «Le Québec, qui a effectivement réintégré le giron de la francophonie canadienne, est là pour y rester.»

Interrogé en conférence de presse sur l'assimilation des Canadiens français et des Acadiens, M. Pelletier a parlé «d'un phénomène d'américanisation, d'anglicisation très réel pour l'ensemble de la planète». Il n'est pas question de baisser les bras: la politique dévoilée hier vise justement à renforcer la langue française au Canada, a-t-il indiqué. Ce renforcement «passe par l'unité de la francophonie canadienne. Le Québec en fait partie sociologiquement, il en fera partie politiquement. Il va assumer au sein de cette francophonie un rôle de leader», a poursuivi le ministre, qui ne voit pas de contradiction entre cette «francophonie canadienne unifiée» et le fait que le Québec soit une nation.

Le ministre a rappelé qu'une «rupture brutale» est survenue en 1967 lorsque les Québécois ont affirmé leur identité propre lors des États généraux du Canada français. Cette identité est maintenant bien établie, et le Québec peut désormais «être partie prenante à ce concept de la francophonie canadienne», estime-t-il.

De son côté, Jean Charest a déclaré que «la défense et la promotion active des intérêts et de l'identité du Québec au sein du Canada passe par une collaboration étroite avec les communautés [francophones] enracinées de longue date aux quatre coins du Canada.» Rappelant que le poids démographique des francophones hors Québec diminue, M. Charest a toutefois indiqué que les gouvernements provinciaux «sont davantage sensibilisés au développement des communautés» francophones. «On peut affirmer sans se tromper qu'en 2006 les droits linguistiques des francophones québécois et de l'extérieur du Québec sont mieux protégés», estime le premier ministre.

Seul en conférence presse, Benoît Pelletier a évoqué ses «préoccupations» à l'égard du traitement réservé par le gouvernement conservateur aux francophones hors Québec. Le ministre a d'ailleurs envoyé une lettre à la ministre de la Francophonie et des Langues officielles, Josée Verner, pour se plaindre des compressions budgétaires, imposées par le gouvernement Harper, qui affectent les services offerts aux communautés francophones et qui ont notamment conduit à l'abolition du programme de contestations judiciaires.

Le gouvernement Charest n'a toutefois pas l'intention de se substituer à Ottawa et d'accorder une aide financière à ces communautés pour leur permettre de défendre leurs droits devant les tribunaux.

Présentée par Louise Beaudoin, la dernière politique du Québec à l'égard des communautés francophones et acadiennes du Canada remonte à 1995. Depuis lors, sous les différents gouvernements péquistes, Québec se contentait d'assister comme observateur aux conférences fédérales-provinciales sur la francophonie canadienne. Le gouvernement libéral y participe depuis 2003.

Pour ce qui est des mesures concrètes, la nouvelle politique est dans la continuité des programmes actuels. Pour 2006-2007, le Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes (SAIC) consacre à divers programmes de coopération 2,4 millions, soit une hausse de 6 % par rapport à l'année précédente, tandis que les différents ministères et organismes étatiques allouent 2,7 millions pour des activités sectorielles. Le programme de médecine de l'Université de Sherbrooke, destiné à des étudiants du Nouveau-Brunswick, est un exemple de cette coopération.

Une nouveauté toutefois: le Québec et les communautés francophones annonceront sous peu la création du Centre de la francophonie des Amériques qui aura pignon sur rue à Québec.

Pour rédiger sa politique, le gouvernement Charest a consulté les communautés canadiennes-françaises et acadiennes. Aussi, elles ont bien réagi à l'annonce. La Société nationale de l'Acadie, notamment, s'est réjouie «des mesures positives adoptées par le gouvernement du Québec pour réintégrer la francophonie canadienne».

En revanche, le porte-parole de l'opposition officielle en matière de francophonie canadienne, Jonathan Valois, a déploré que le Québec réintègre «le giron» de la francophonie canadienne. «Le pire, c'est qu'on en est fiers. M. Pelletier nous dit que nous sommes tous des Canadiens français. On remet entre les mains du gouvernement fédéral une partie de notre autonomie qu'on avait depuis la politique de 1995. On accepte d'être une parmi 10 communautés francophones du Canada à cette table fédérale.»