L'opposition tente d'embarrasser Paul Martin

Ottawa — Les partis d'opposition ont décidé de mettre le camp Martin sur la sellette en le forçant à se prononcer sur des réformes parlementaires qui ne font pas l'unanimité dans les rangs libéraux. Pour y arriver, ils ont choisi deux propositions faites la semaine dernière par Paul Martin et que l'opposition défend elle-même depuis longtemps: l'élection des présidents de comités par les députés et l'examen parlementaire des nominations faites par le premier ministre.

Le Bloc québécois lancera le bal ce matin. Il profitera de sa journée d'opposition pour tenir un débat sur l'examen des nominations faites par le premier ministre. Il propose que les comités soient automatiquement saisis des nominations d'ambassadeurs, de dirigeants d'organismes de réglementation et de société d'État. Contrairement à Paul Martin cependant, il ne veut pas soumettre les juges au même processus.

Le premier ministre Jean Chrétien s'est déjà dit opposé à cette idée et la whip libérale Marlene Catterall a rejeté hier la tenue d'un vote libre sur la motion bloquiste. Si le gouvernement décide de s'y opposer, Paul Martin et ses partisans seront coincés. Ils devront soit voter contre le gouvernement ou contre le programme de leur candidat à la direction libérale.

Sans le vouloir, le Bloc semble toutefois leur avoir offert une porte de sortie. En effet, il ne va pas aussi aussi loin que l'ancien ministre. Selon un proche conseiller de M. Martin, la proposition bloquiste ne fait que rendre automatique le processus actuel alors que l'ancien ministre souhaite, lui, que l'examen en comité ait lieu avant la confirmation d'une nomination par le premier ministre.

L'autre test pour les libéraux aura lieu ce midi, lors de la réunion du comité de la procédure et des affaires de la Chambre. L'Alliance canadienne propose, comme M. Martin, que les députés membres d'un comité élisent leur président par scrutin secret. Ils sont actuellement imposés par le bureau du premier ministre.

Les libéraux sont officiellement contre la proposition allianciste mais une députée pro-Martin, Carolyn Parrish, a annoncé son intention de l'appuyer. À une condition par contre. Elle veut qu'on garantisse que les présidents seront, comme maintenant, des députés de l'équipe gouvernementale, sauf dans le cas des deux comités traditionnellement présidés par l'opposition. L'Alliance est prête à vivre avec ça et le Bloc aussi.

En fait, tous les partis d'opposition sont d'accord et ils n'ont besoin que d'un vote libéral pour avoir gain de cause, ce qui paraissait assuré hier. Mme Catterall a en effet soutenu qu'elle n'envisageait pas exclure Mme Parrish du comité pour la remplacer par un autre député.

Une fois adoptée au comité, la motion devra être présentée aux Communes et faire l'objet d'un débat, une nouvelle occasion de mettre en lumière les divergences au sein du Parti libéral.

Le gouvernement pourrait par conséquent vouloir attendre mais il est coincé. Le travail de la plupart des comités est paralysé et l'étude de plusieurs projets de loi arrêtée à cause de cette affaire. L'opposition refuse de bouger avant de savoir à quoi s'en tenir.