Les avocats accueillent sobrement le départ de Bégin

Le départ du ministre de la Justice Paul Bégin ne suscite guère de pleurs dans le milieu juridique. À l'Association des substituts du Procureur général (ASPGQ), on rappelle l'inaction du ministre dans leur dossier. Au Barreau du Québec, on souhaite sobrement bonne chance à M. Bégin.

Les deux groupes ont déjà eu maille à partir avec le ministre. M. Bégin lui-même a évoqué hier le dossier des procureurs de la Couronne, dans lequel le premier ministre Bernard Landry est intervenu alors qu'une opération tenait son ministre hors jeu, pour justifier son départ.

«Il faut respecter la décision de M. Bégin, commentait hier Claude Girard, président de l'ASPGQ. Mais nous, tout ce qu'on voulait, c'était sortir publiquement parce que ça n'avait pas d'allure ce qui se passait!»

Me Girard assure n'avoir pas vu venir le départ de M. Bégin. Il ne croit pas non plus que cela influera sur le règlement du dossier des procureurs. Le ministre démissionnaire a pourtant dit voir dans la nomination d'un médiateur, auquel il s'opposait farouchement, un «risque de mettre en péril la politique gouvernementale en matière de négociation».

«Le premier ministre a reconnu que nous étions un cas d'exception et je ne pense pas que ça fasse tache d'huile, rétorque Me Girard. Il faut faire confiance au premier ministre. Il a pris une décision, et cela s'annonce de bon augure puisque, dès cette semaine, nous aurons une rencontre avec le médiateur.»

C'est là tout un changement par rapport à un dossier où rien ne bougeait depuis 18 mois, ajoute-t-il. «Nous étions le seul groupe de la fonction publique à ne pas avoir signé d'entente avec le gouvernement. Les procureurs se sentaient floués.» Les 310 substituts ont tenu dix journées d'études pour pousser le gouvernement à négocier avec eux par l'entremise d'un médiateur spécial.

Du côté du Barreau, on félicite encore le gouvernement d'avoir nommé un médiateur pour régler la question des procureurs. «Nous maintenons que c'était la bonne chose à faire», disait hier le vice-président du Barreau, Me Pierre Gagnon, même si cela a pu entraîner la démission du ministre responsable du dossier.

L'organisme, qui regroupe les 20 000 avocats du Québec, souhaite maintenant la nomination rapide d'un nouveau ministre. Il y voit l'occasion notamment de rediscuter de la révision du Code de procédure civile, dont le rythme d'implantation est tel «que les avocats ont peine à s'y retrouver», constatait hier Me Gagnon.