Démission d'un cinquième ministre - Pas question de promettre un référendum, réitère Bernard Landry

Le premier ministre Bernard Landry discute avec Paul Bégin. C’était en janvier dernier, lors du conseil national du Parti québécois.
Photo: Jacques Nadeau Le premier ministre Bernard Landry discute avec Paul Bégin. C’était en janvier dernier, lors du conseil national du Parti québécois.

Bien que l'ex-ministre Paul Bégin reproche au Parti québécois son manque d'ardeur à promouvoir la souveraineté et l'absence d'échéancier référendaire, le premier ministre Bernard Landry refuse de promettre un référendum tant et aussi longtemps qu'il n'aura pas les chances de le gagner. Si le chef du PQ a accueilli «avec regret» hier la démission de son ministre de la Justice, M. Landry a réitéré sa position sur la question nationale, mais il a toutefois évité de traiter de l'élément déclencheur de cette crise: sa propre décision de nommer un médiateur dans le conflit avec les substituts du Procureur de la Couronne, ce avec quoi M. Bégin était fortement en désaccord.

Tous deux surpris par cette démission, le chef du Parti libéral, Jean Charest, y voit un exemple de la «déroute» du gouvernement Landry, tandis que le député adéquiste François Corriveau constate un «signe d'usure du gouvernement».

Dans un bref communiqué, Bernard Landry dit comprendre l'«impatience» exprimée hier par Paul Bégin en ce qui concerne l'accession à la souveraineté. «Mais je demeure convaincu qu'il faudra tenir un référendum quand nous aurons les chances de le gagner, écrit le premier ministre. [...] Avant d'engager notre nation dans cette voie, il faut s'assurer d'avoir l'appui de la population, car ce sont les intérêts de l'État québécois qui doivent primer sur nos actions.»

Si le communiqué de M. Landry fait grandement état du «professionnalisme» et de l'«engagement pour la cause du Québec» de M. Bégin, une simple allusion fait référence au conflit avec les substituts du Procureur de la Couronne, l'événement qui a poussé le ministre de la Justice à claquer la porte. Le premier ministre avait en effet annoncé mercredi dernier la nomination d'un médiateur dans le conflit avec les 300 substituts du Procureur général afin de les faire rentrer au travail après dix jours de grève illégale. M. Bégin avait pourtant martelé qu'il n'était pas question d'effectuer un tel geste. Mais le jour de la décision de M. Landry, Paul Bégin subissait une intervention chirurgicale à un oeil. En conférence de presse, M. Landry avait alors indiqué que sa décision ne représentait pas un désaveu du travail de Paul Bégin. Ce dernier y a pourtant décelé un manque de confiance suffisant pour présenter sa démission au premier ministre, qui s'est pourtant refusé à commenter l'affaire dans son communiqué.

Ce geste de M. Bégin fait dire au chef libéral Jean Charest que le gouvernement Landry est actuellement «divisé», tant sur les «affaires courantes», comme le dossier des substituts du Procureur, que sur son «option fondamentale», la souveraineté. Pourtant, M. Charest appuie la décision prise par le premier ministre de nommer un médiateur.

Comme le rappelle le chef de l'opposition, il s'agit de la cinquième démission d'un ministre de premier plan du gouvernement Landry en 18 mois, en excluant celle, forcée, de David Levine. David Cliche, Gilles Baril, Jacques Brassard et Guy Chevrette ont précédé M. Bégin. «Voilà un membre "senior" du gouvernement du PQ qui dit tout haut ce que la population du Québec constate depuis plusieurs semaines: c'est le fait que ce gouvernement ne semble pas savoir où il va, a-t-il déclaré lors d'un point de presse tenu à son cabinet de Montréal. C'est un gouvernement qui semble en déroute.»

Les «divisions internes» au sein du PQ constatées par M. Charest sont également soulevées par le député de Saguenay de l'Action démocratique du Québec, François Corriveau. «[Cette démission] est un signe d'usure important chez le gouvernement, un malaise à l'interne», a-t-il affirmé en entrevue téléphonique au Devoir. Selon lui, cet événement doit s'ajouter aux révélations contenues dans un document de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et rendues publiques par Le Devoir, selon lesquelles des militants péquistes critiquent le trio Facal-Boisclair-Legault, jugés de droite. «Il a tout l'air d'y avoir une crise au PQ», a-t-il lancé.

Malgré de nombreux appels lancés par Le Devoir, aucun membre du conseil des ministres n'a voulu commenter la démission de M. Bégin.