Québec n'avait pas saisi l'ampleur de la crise de l'industrie forestière

Nathalie Normandeau
Photo: Jacques Nadeau Nathalie Normandeau

En raison d'une crise dont il n'avait pas prévu la gravité, le gouvernement Charest est forcé de revoir son tout nouveau programme d'aide à l'industrie forestière. Le tout dans un contexte où il cherche à marquer des points dans les régions.

Québec — La ministre des Affaires municipales et des Régions, Nathalie Normandeau, a reconnu hier que le gouvernement Charest n'a pas vu venir la grave crise que traverse l'industrie forestière à l'heure actuelle.

«Personne n'aurait imaginé que les impacts auraient été aussi brutaux», a affirmé Mme Normandeau dans une allocution prononcée à l'ouverture des assises annuelles de la Fédération québécoise des municipalités (FQM).

L'industrie forestière éprouve «un problème structurel, un problème qui est complexe, un problème qui est profond. Il n'y a pas de solution miracle», a-t-elle prévenu.

Le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Raymond Bachand, est en train de revoir le programme d'aide annoncé dans le budget de mars dernier, a confirmé son cabinet hier. «La crise s'est aggravée depuis le budget», a indiqué Mme Normandeau en conférence de presse.

Croisé hier à ces assises du monde municipal, le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Pierre Corbeil, a expliqué que le ralentissement soudain du marché immobilier aux États-Unis a entraîné une chute du prix du bois d'oeuvre, un facteur délétère pour l'industrie forestière québécoise qui s'ajoute à la valeur élevée du dollar canadien et à sa faible productivité.

Administrées par Investissement Québec, les mesures totalisant 425 millions et visant la modernisation de l'industrie sont de peu de secours pour remédier à la crise. Selon Radio-Canada, le gouvernement aiderait les entreprises en investissant dans leur fonds de roulement, assurant la simple survie des sociétés plutôt que de se limiter à leur modernisation.

Les assises annuelles de la FQM s'ouvrent «dans une atmosphère de crise», a souligné Bernard Généreux, président de cette fédération des petites municipalités rurales. «On est en mode angoisse.»

Dans son discours d'ouverture, M. Généreux s'est montré critique à l'endroit du gouvernement en ce qui a trait à la décentralisation en faveur des régions. Exprimant son «impatience», il a dénoncé «la pauvreté des résultats» en la matière. Cette décentralisation a pourtant fait l'objet d'un protocole d'entente signé par le premier ministre Jean Charest lors du Forum des générations, en octobre 2004.

La ministre Normandeau a voulu tempérer cette impatience en promettant de lancer cet automne des «bancs d'essai» avec quelques MRC — la ministre a évoqué le nombre de trois — auxquelles le gouvernement céderait des responsabilités et les ressources pour les assumer.

Le gouvernement entend aussi reconduire les pactes ruraux, un des éléments de la Politique nationale de la ruralité mise en place par le gouvernement. Mme Normandeau a même promis d'y consacrer davantage que les 90 millions en cinq ans consentis lors de la phase initiale.

La ministre a également promis de mettre en vigueur une nouvelle politique de la ruralité le 1er avril 2007, assortie d'une politique du développement des territoires.

Enfin, Bernard Généreux a dénoncé le maintien du taux de la taxe scolaire en dépit de l'explosion des rôles municipaux d'évaluation foncière, une hausse de taxe qui aboutira dans le fonds consolidé du gouvernement plutôt que dans les coffres des commissions scolaires. C'est une «situation qui s'apparente à un détournement de fonds», estime M. Généreux.

Le gouvernement Charest a décidé de mettre l'accent cet automne sur les régions et la ruralité afin d'améliorer ses chances de réélection. La crise de l'industrie forestière ainsi que les difficultés éprouvées par le secteur agricole ne lui facilitent toutefois pas les choses.

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